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NUIT DU PROPHETE A TIVAOUANE, MÉDINA BAYE, LÉONA NIASSÈNE, THIÉNABA, MÉDINA GOUNASS, THIÈS, DAKAR... Votre email
19-03-2008
ImageAUX SOURCES D'UNE CONFRÉRIE QUI SE CONFOND AVEC LE GAMOU

{xtypo_dropcap}L{/xtypo_dropcap}a célébration demain du «Maouloudoul Nabi» ou «Gamou», est un excellent prétexte pour ouvrir une fenêtre sur la «tariqa» tidjane, qui compte des millions d’adeptes à travers le monde. Et dont les représentants au Sénégal ont pour noms : El Hadji Omar Tall, Seydi El Hadji Malick Sy, El Hadji Ibrahima Niasse dit Baye, El Hadji Ahmadou Ndiéguène, Serigne Thiénaba, El Hadji Amadou Dème de Sokone …

La Tidjaniya fut fondée par Cheikh Aboul Abbas Ahmed Att-Tijani vers 1781 à Aïnou Mahdi, en Algérie, où il est né vers 1737. Il est décédé vers 1815 à Fès au Maroc où il fut inhumé. Avant son entrée dans la voie spirituelle, le saint homme avait passé toute sa prime jeunesse à étudier les sciences islamiques, qu'il a fini par maîtriser à la perfection. Aussi, à peine âgé de sept ans, avait-il totalement mémorisé le Saint Coran. À 21 ans, il maîtrise toutes les sciences islamiques. D'origine chérifienne, il est descendant d'Ali Ibn Abi Talib, par l’Imam Al Hassan, un des fils du cousin et gendre du Prophète (Psl). Tous les éducateurs qui l'ont accueilli comme étudiant, furent frappés par les dons exceptionnels du jeune Cheikh Ahmed AT-Tidjani.

Pérégrination pour Dieu

Jusqu'à l'âge de 40 ans, le fondateur de la Tidjaniya fit d'incessants déplacements pour la quête du haut savoir et pour entrer en contact avec les grands maîtres de la Voie initiatique. Après des études au sein même de sa famille, il passa une partie de sa vie à Fès où il poursuivit sa formation jusqu'en 1758. Il revint plus tard, en 1798, s'établir dans ce carrefour prestigieux de la spiritualité musulmane. Son retour à Fès intervient après des séjours à Tlemcen en Algérie, à Sousse en Tunisie, à la Mecque, à Médine, au Caire et suite à une retraite dans un oasis du Sahara. Parmi les grands maîtres du Maghreb qu'il a eu à côtoyer dans sa pérégrination vers Dieu, figurent Abu Mohammed Al-Teib, Ahmed AI-Sakali, Mohammed -Al Wanjeli, Abdallah Al-Arabi, Abul Abass Ahmed Al Tawach, Abi Abdallah Mohammed Ben Abdul Rahman AI-Azari et Moulay Idriss. En Égypte, sur le chemin du pèlerinage à La Mecque, il prit le «wird» de la «Khalwatiyya», sous la conduite du saint égyptien Mahmoud Al-Kurdi, grand maître de cet ordre mystique. Il adopta pendant quelque temps, les principes et règles de l'ordre. Et c'est lors de leur rencontre qu'Al-Kurdi prédit à Cheikh Ahmed AT-Tidjani l'accession à une station spirituelle qui dépasse la sainteté suprême. À son retour du pèlerinage, le futur fondateur de la Tidjaniya séjourna de nouveau auprès du maître Mahmoud Al-Kurdi. Il attira autour de sa personne de nombreux savants d'Égypte à la recherche de connaissances complémentaires.

Creuset de secrets divins et de connaissances ésotériques

À La Mecque, le Cheikh recueillit, par des modalités subtiles, divers secrets divins et connaissances ésotériques du maître Aboul Abass Ahmed Ben Abdallah Al-Hindi. Ce dernier, sans même le voir physiquement, le déclara son héritier et celui d'Ali, cousin du Prophète (Psl). Lors de son séjour à Médine, le Cheikh entra en contact avec un autre saint de grande envergure, Cheikh Mohammed Ben Abdul Karim Al Saman. Le saint médinois lui confirma les prédictions déjà faites par Al-Kurdi. De tous les maîtres rencontrés, ceux qui ont le plus marqué le fondateur de la Tidjaniya, furent sans aucun doute, le cheikh egyptien de la «Khalwatiyya», Mahmoud Al-Kurdi, et le Mecquois Abdallah Al-Hindi. Leurs relations redéfinissaient toutefois les rapports classiques maître-disciple ; chacun tirant profit de l'autre, au plan mystique et des secrets divins. Il s'agissait donc d'une obédience réciproque voulue par Allah. Concernant les stations spirituelles qui jalonnent la Voie mystique musulmane, Cheikh Ahmed AT Tidjani les avait toutes acquises avant l'âge de quarante ans. Il avait aussi été élevé au titre de Cheikh ou de «Moukhadam» (lieutenant) par différents maîtres déjà évoqués, au nombre de quarante.

École d’humilité et de sagesse

Les enseignements qu'il convient de tirer de l'itinéraire du fondateur de la Tidjaniyya jusqu'à sa rencontre avec le Prophète, sont essentiels pour qui emprunte la voie spirituelle. Le premier est que Cheikh AT- Tidjani n'a jamais cherché à se faire valoir ou à faire du prosélytisme autour de sa personne. Il s'est, en permanence, confiné dans une humilité totale, en dépit de l'admiration que lui manifestaient différents maîtres dont la grande sainteté était reconnue. Pareil enseignement a été mis en exergue par la grande figure sénégalaise de la Tidjaniyya, El Hadji Omar Tall du Fouta, dans son ouvrage spirituel «Al Rimah» (Livres des lances). Le Cheikh Al-Murtada y dit en effet : «Le disciple qui cherche à se faire valoir avant d'avoir terminé son initiation, ne fera rien de bon». Il poursuit plus loin : «Ce qu'il faut, c'est être droit et sincère, rester humble malgré l'acquisition de certaines vertus, se considérer comme toujours imparfait et très loin d'égaler les saints, s'en remettre à Allah, demeurer attentif devant le but à atteindre...». Le deuxième enseignement réside dans la transmission à Cheikh Ahmed AT-Tidjani des modalités de sa mission au service de Dieu.

Un bréviaire intitulé «Jawahir el Maani»

Cheikh Tidjani a fait codifier la doctrine de sa confrérie dans le bréviaire intitulé «Jawahir el Maani», rédigé sous sa dictée par Haj Ali Harazim ben Beradah. Dès lors, le Sénégal fut la terre d'élection de cette confrérie. Le maraboutisme y paraît tellement caractéristique de l'Afrique noire, que certains observateurs, notamment européens, en viennent à le confondre avec l'ensemble de l'Islam. Il s'agit, cependant, d'un phénomène très général dans le monde musulman, où sous divers noms, on rencontre ces personnages religieux, plus ou moins lettrés, plus ou moins magiciens ou guérisseurs, parfois mystiques authentiques, souvent affiliés à une confrérie. Contrairement à l'esprit et à la lettre de la Révélation coranique, il est apparu partout, dans une religion sans clergé, comme l'intermédiaire privilégié entre la créature et le Créateur. Vu sous cet angle, il va donc sans dire que toutes les confréries et leur «Zawia» ont été vulgarisées par les Marocains, qui avaient une longue expérience de l'Afrique de l'Ouest, particulièrement les «fakih» berbères de Mauritanie, commandités par les savants de la capitale spirituelle de tout le Maghreb d'alors, Fès, mais aussi à partir de Marrakech. Pour rappel, le voyageur marocain Ibn Battouta, effectua sur les ordres du Sultan merinide Abou Inane, un séjour au Mali, où il a découvert un nombre important d'Arabes, dont une importante communauté marocaine de la région de Safi-Imazzigen (Mazagan par déformation des Portugais), à la cour de Mansa Souleïman. Il se lia d'amitié avec quelques savants marocains comme le juge Aboul Abbas Addoukali, le légiste Mohamed Ibn Alfakih, les lecteurs de Coran Abdalaouâhid, Chamseddine Ibn Annakouich et Ali Azzoudy.

Informé par Mohamed qu’il est le «Pôle caché»

Il reçut du Prophète à l’état de veille et non en rêve, la permission d'éduquer les créatures, en général et absolument. C'est aussi le Prophète en personne, qui l'a informé de vive voix, qu'il est le pôle caché «Maktûm», le sceau des saints «par l'intermédiaire duquel tous les saints, sans en avoir conscience, reçoivent l'influx des Prophètes». Après cette transmission et sur les directives du Messager de Dieu, le fondateur de la Tidjaniyya pouvait, dès lors, dévoiler à ses disciples l'importance de la voie et ce qu'il représentait lui-même. C'est ainsi que concernant les facettes de son statut élevé, il déclara : "Tout saint ne boit, n'est abreuvé que de notre mer, depuis la création jusqu'à la résurrection». Ou, «Tous les Cheikhs ont appris de moi l'inconnaissable... Je suis le seigneur des saints, comme Mouhamed est le seigneur des Prophètes». Ou encore : «Abd Al Qâdir Al Jilânî a dit : "Mon pied est sur le cou de tout saint", il parlait de ceux de son temps. Quant au mien, il est sur le cou de tout saint depuis Adam jusqu'au jugement à dernier». Un autre enseignement peut être relevé des modalités de la vision du Prophète par les saints, les gnostiques et les vertueux. Cheikh El Hadji Omar Tall s'y est étendu dans le livre cité plus haut. Il souligne : «On peut voir le Prophète (Psl) sous deux formes : sous l'aspect qu'il avait en ce monde, tel que le virent ses compagnons, ou sous l'aspect de son «essence», la sainte, pour les gnostiques précisément. C'est une lumière qui emplit entièrement le monde. Le gnostique, lui, voit cette lumière grâce à son intelligence. Cette essence peut aussi être incarnée par certains Cheikhs, auxquels le Prophète fait cet honneur et donne cette marque de distinction».

Doctrine basée sur le Coran et la Sunna

La doctrine (tariqa) de la confrérie Tijâniyya est basée sur le Coran et la Sunna et réfute les hérésies blâmables. Elle tend à libérer le disciple du Cheikh, par une initiation spirituelle simple et accessible à tous et à toutes, permettant l'illumination sans conséquence, ni folie, par le biais d'une autorisation authentique. Le but de la voie est l'accès à la connaissance d'Allah par la «fana» et le «baqa» par la «salatoul fatiha». La période coloniale ne permettra pas un foisonnement de «Arifins», les maîtres étant plus préoccupés à protéger les bases islamiques, mais c'est à travers Cheikh Ibrahim Niasse que la «tariqa» reprit sa valeur et sa réalité. Il se proclama le Khalif de Cheikh Tidjani, chose que l'Imam de Fes, Cheikh Ahmed Soukeridj, lui confirma. C'est par lui que la «tariqa» se propagea dans le monde entier.

Introduite en Afrique par Cheikh Mohammed El Havew

À l'origine, la religion islamique ne connaissait guère de confréries, qui sont nées à la suite de ce qu'on pourrait appeler le mysticisme de l'Islam, le «tassaouf» ou soufisme. Ce mouvement mystique prit naissance dans le Moyen-Orient à la fin du VIIIème siècle de l'ère chrétienne, en réaction au formalisme desséché et vide des docteurs de la religion musulmane. Le soufisme semble systématiser l'effort personnel dans la recherche du salut et de l'anéantissement en Dieu. Les Soufis prescrivent à leurs adeptes le renoncement aux choses de ce monde, la continence, l'humilité et le respect scrupuleux des principes fondamentaux de la Sunna et du Coran. Ce mouvement s'est répandu en Afrique de l'Ouest par l'intermédiaire de deux confréries, essentiellement : la Qadriya et la Tidjaniya. La première a été fondée en Orient par Sidi Abou Mohamed Abdelkader Jaylani, celui que tout Bagdad surnommait le «Vivificateur de la foi» (Mohyiddin). Le «qadirisme» aurait été introduit en Afrique à la fin du XVIème siècle par Mohamed Abdel Krim El Maghili, le persécuteur des juifs sahariens. La seconde, la Tidjaniya, a été fondée à la fin du XVIIIème siècle par le Cheikh Aboul Abbas Ahmed Att Tidjani, dont le tombeau est à Fès, capitale spirituelle du Maroc. Cette voie a été introduite en Afrique par Cheikh Mohammed El Havew, le savant mauritanien de la tribu des Idaw Ali.

Tivaouane, le berceau au Sénégal

Le centre intellectuel et cultuel de la Confrérie est aujourd'hui à Aïnou Madi en Algérie, lieu de naissance de Cheikh Ahmad Att Tidjani, de fondation de la Confrérie en 1781, et où ses descendants ont été enterrés, générations après générations. Cependant, d'autres lieux de culte, plus ou moins importants, existent au Maghreb et en Afrique de l'Ouest. Cheikh Ahmed Att Tidjani repose dans un mausolée à Fès (Maroc) qui est, de ce fait, l'une des villes les plus visitées par les adeptes tidjanes. En outre, Tivaouane est connue pour être la ville sainte du tidjanisme en Afrique occidentale. La ville de Kaolack est également un important lieu de cette confrérie, grâce au rayonnement du grand marabout Baye Niasse, qui y avait élu domicile. Une localité où se trouvent les sites que sont Kossi, Taïba Niassène, Léona Niassène, etc. Il y a aussi Boussemghoun en Algérie, lieu où Cheikh Tidjani vit le Prophète en état de veille. Il y a Tamacin, la zawiya de Cheikh Al Islam Ibrahim Rayahi en Tunisie, Bandiagara au Mali, Chinguetti, Matamawlana, Babacar, Boghé, Ribat en Mauritanie, la zawiya de Cheikh Mouhammed al Arabi Açahih à Rabat.

(l'observateur)

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