| MARIAGES ARRANGES DANS LA COMMUNNAUTE HAAL PULAAR - II |
Fatimata Sall et Mahfouz Bâ ont en commun de se démarquer des mariages en cours entre cousins dans la communauté Haal Pulaar du Val-Fourré. Ils sont deux porte-drapeaux du front du refus qui ose, pour l’instant, se rebeller contre le diktat des parents.
C’est une fille du monde, de la France qui croit ferme en sa liberté et à son indépendance. Elle porte un pantalon noir, un haut et un bandeau de la même couleur qui protège son abondante chevelure. Elle est de l’ethnie Puular, mais se dit ouverte au monde. A Mantes-la Jolie où ses copines ont trouvé facilement «chaussures à leurs pieds» en convolant en justes noces avec des «blédards», Fatimata Sall, 22 ans en février prochain, peine à trouver «l’homme de sa vie». Qui ne sera pas forcément un «blédard». Cette fille déterminée n’a pas les mêmes rêves que ses amies. Elle veut trouver sa voie toute seule, malgré les cris d’orfraie et les propositions de ces parents. Elle dit: «Il y a quatre- cinq ans à peu près, mon père m’a demandé si je pouvais faire connaissance avec un cousin mais cela ne m’a pas trop intéressé. Parce que le mariage de famille ce n’est pas mon truc. Et puis, après ils ne se sont pas pris la tête. Ils m’ont dit: «Vas-y, c’est à toi de choisir la personne que tu veux, tu n’es pas obligée de choisir forcément un Sénégalais, mais, fais en sorte qu’il soit musulman.» En fait, ils me laissent le temps de choisir.» Elle le dit calmement, sans fanfaronnade, ni crainte excessive de la réaction des parents. Elle pense que le temps des œillères est fini. Elle dit d’un ton sec, façon titiparisien : «J’ai refusé un cousin proposé par mes parents, mais ça n’a pas déteint sur les relations avec eux. Ils me comprennent bien. Le problème, c’est que je préfère qu’on me laisse choisir. Je ne vais pas accepter qu’on choisisse pour moi. C’est à moi de faire mon choix», explique-t-elle sereinement. Et si c’était un juif? Fatimata semble prise d’un fou rire: «Non! Je préfère qu’il soit musulmantout court.»
Mahfouz Bâ, dreadlocks au vent, dégaine de basketteur, est
le pendant de Fatimata. Ce trentenaire volubile abhorre, lui aussi, ces
traditions d’un autre temps et d’une autre époque. Mahfouz campe le décor de
son front du refus: «Pourquoi, je ne marie pas avec ces filles? C’est parce que
le mariage commence à se gâter déjà quand le «blédard» arrive en France chez la
famille de la mariée. Ce sont les copines de la fille qui commencent déjà à influencer
la mariée, en regardant les chaussures qui sont à la porte d’entrée, voir s’il
y a des chaussures de marque, ou si le mec parle français. Si ce n’est pas le
cas, les copines font signe à la mariée pour qu’elles les rejoignent à la
cuisine. Et là, elles lui disent: «Ton mec, ça craint.» Et la fille si elle
n’est pas solide commence à créer un gros scandale à ses parents et veut tout
arrêter. Il faudra un trésor de supplices pour qu’elle revienne à sa décision»,
explique-t-il, en mimant les gestes. Il renchérit: «Cette mentalité me fait
peur. Souvent des filles, qui avaient refusé au début, acceptent de revenir sur
leurs décisions. Parce que le père leur fait part de tous les sacrifices consentis
pour entretenir la famille pendant toutes ses années. Pis, on leur dit souvent
que si elle voulait tuer son père avant l’heure, elle n’avait qu’à refuser. Car
cela allait porter atteinte à l’honneur de la famille et les filles sont
souvent sensibles à ce discours.»
Fatimata, étudiante en commerce international, fait l’effort de ne jamais ternir
sa réputation dans ce coin où les commérages ne manquent pas, ou les insoumises
sont souvent associées aux putes. Elle compte bien se marier un jour, mais ne
s’obstine pas à dénicher le prince charmant à tous les coins de rue. Elle prend
son temps: «J’attends, je ne me presse pas.» Mahfouz Bâ, lui, piaffe de revenir
au Sénégal pour se choisir une fille du terroir. C’est son rêve: «Je compte me
marier très bientôt, mais je ne sais pas encore avec qui. Je vais continuer à
vivre en France pour l’instant, mais je préfère de loin retourner au pays que
de rester ici. Car parmi ce qui retarde encore mon mariage, c’est de trouver
une femme qui comprend ma culture, ma tradition.» Mahfouz Bâ quête l’âme sœur.
Fatimata Sall, elle, lève les yeux au ciel pour dénicher l’oiseau rare, cet
homme qui va réchauffer ses froides soirées mantoises. Et s’ils étaient faits
pour s’entendre ?
«Elles préfèrent les esclaves des usines Renault»
A.G a le ton qui cogne. Et les mots qui saignentles tenants de la «glandouille»
: «Ce qui m’enrage quand je sors dans les rues de Mantes-la Jolie, c’est de
voir ces jeunes oisifs qui passent tout leur temps à s’adonner à la drogue,
jamais je ne pouvais accepter de me marier avec ces gars-là.» Heureusement pour
elle, ses parents lui ont déniché un charmant «blédard». Les Snoop, une bande
de joyeux drilles du quartier Laennec, font partie de «ces gars-là». De ces
jeunes français d’origine africaine désœuvrés, trafiquants de drogues ou
petites frappes des quartiers dont les pères de famille Haal Pulaar du Val
Fourré refusent qu’ils touchent au plus petit cheveu de leurs filles.
Déguisements à l’américaine, bling-bling autour du cou, jeans et jaquettes bien
enfilés, les Snoop squattent à longueur de journée le bas des immeubles
décrépis ou les cages d’escalier, déversent leur mal-être et leur mépris sur
les passants. L’un deux, Kade Baradji, d’origine malienne, bave d’aigreur: «Les
gens d’ici essaient de nous coller une mauvaise image qui ne nous correspond
pas. Et les médias y ont joué un grand rôle. Ici, on ne fait rien, on ne
nous offre aucune possibilité d’avoir du boulot, alors que voulez-vous qu’on
fasse? Comment peut-on épouser une fille dans ces conditions.» Son voisin,
Cheikhou Diouf, Sénégalais d’origine, porte sur lui tous les clichés du ghetto.
Il tire sur son mégot et pouffe: «Je ne m’imagine pas me marier avec une
sénégalaise de France. Non, elles préfèrent les gars du «bled», ces esclaves
des usines Renault! Non, les filles d’ici, merci!» fulmine-t-il. Il ne s’arrête
pas, déballant toute sa rancœur: «Ici, il n’y a pas d’horizons, je ne travaille
pas, alors comment voulez-vous que je me marie. Même mon père ne
travaille pas, il joue au loto. Ici, y’a rien», hurle-t-il. Ses copains
décident d’interrompre la discussion: «On te cause parce que tu viens du bled,
mais on ne kiffe pas les journalistes ici.» lance, à la volée, un des Snoop. La
bande se laisse aller dans un gros éclat de rires compulsifs.
L’argent, le nerf du mariage
Rien n’est gratuit, tout est calculé. Chez les Haal Pulaar de Mantes-la Jolie,
le mariage arrangé entre cousins ne répond pas exclusivement à un souci de
respecter une tradition bien établie. Il a aussi une incidence certaine sur le
portefeuille. «Les parents, qui choisissent de marier leur fille, font pour
la plupart vivre deux familles, l’une en France, l’autre au Sénégal parce
qu’ils y envoient régulièrement de l’argent. Et le fait de marier leur fille à
un membre de la famille restée au Sénégal, le plus souvent un cousin de la
fille, est comme un soulagement pour le beau-père.
Car son gendre, qui va venir en France gagner sa vie, va pour pouvoir envoyer de l’argent au Sénégal et faire souffler le papa de son épouse», explique Mahfouz Bâ, fin observateur des mariages de raison qui fleurissent dans le Val-Fourré.
En témoigne le cas de Baba Diao, qui avec ses 1500 euros net (975 000 Fcfa) par
mois, sans les droits et les congés payés, parvient à envoyer de l’argent à la
famille restée au Sénégal. Pendant ce temps, son oncle et beau-père, qui lui a
offert sur un plateau d’argent sa fille, s’occupe «uniquement» de sa petite
famille à Mantes. Baba Diao : «Ce que je gagne me permet de bien m’occuper de
ma famille et d’envoyer quelque chose au pays. C’est obligé.» Comme si c’était
un deal.
Mor Talla GAYE (Envoyé spécial à Paris)
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(Weekend magazine)





| Vos commentaires (1) |
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Posté par DIEYE
22-01-2008 07:38, J'ai parcouru votre texte sur les mariages arrangés dans la communauté pulaar. Je vous remercie d'avoir fait ses investigations. Seulement permettez-moi d'apporter quelques critiques. A vous lire, j'ai l'impression que ce n'est pas un pulaar très au fait des réalités de cette ethnie qui écrit. En parlant de ce qualificatif "blédard" que ces filles collent au immigrés, as-tu aussi pris le temps d'apporter la réplique dans ton texte pour le signifier que ces soi-disants blédards sont souvent des intellectuels plus diplômés qu'elles, plus civilisés qu'elles, car ne s'attardant pas à l'alcool ou la drogue. Dans votre analyse, il serait aussi intéressant de faire remarquer que ces filles là sont royalement ignorées par les français. Et il serait mieux pour elles de retourner à leur racine. Je développerai avec vous plusieurs idées suite à nos différents entretiens par écrit |
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