| MARIAGES ARRANGES DANS LA COMMUNNAUTE HAAL PULAAR - I |
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| 25-12-2007 | ||||||
Les aventures ambiguës de Mantes-La jolie. Le mariage entre Françaises d’origine sénégalaise et jeunes sénégalais afini d’être ancré dans la tradition des Haal Pulaar de Mantes-La Jolie, banlieue parisienne de l’Île-de-France.
Ici, les critères de choix pour décrocher le bon mari
épouse, des coutumes bien oxydées du Fouta. L’on se marie encore avec un cousin
du Sénégal ou « Blédard» pour perpétuer une tradition bien établie dans la
grande famille des Hal Pulaar. Ces mariages arrangés par les parents font
foison et créent des heurts entre générations, la division s’installe dans des
familles jusque-là épargnée. Union de raison ou mariage arrangé, Weekend
est allé jusqu’en Ile de France pour chercher à en savoir plus. L’avis de ce jeune du Val Fourré trouve écho auprès d’une dame, Oulimata Dème, mère de famille, habitante du quartier de Godeau depuis 20 ans. Elle confirme, assise dans son salon : «J’ai proposé à ma fille de marier son cousin installé au Sénégal, parce qu’ils avaient le même sang de Torodo dans les veines. Mes enfants ne doivent pas se marier à n’importe qui, chacun ases propres règles dans la vie.» Conservatrice pur jus, cette mère de 3 filles et de 4 quatre garçons, se dit prête à aller au conflit et à se séparer de ses filles si elles enfreignent sa décision. Deux des filles de Oulimata Dème, encore à la maison, Aissata, 22 ans, étudiante à la Faculté de science et de l’éducation et Ourèye, 17 ans, élève en classe de terminale, ne mouftent pas devant leur maman. Mais, loin du regard pesant de leur mère, elles sortent les griffes et crient leur indignation. Aissata, la grande-sœur, rouspète à grands mots : «Ce n’est pas acceptable de nous donner en mariage à des gens qu’on ne connaît qu’à travers les photos et des courriels échangés.» Sa cadette, Ourèye, du haut de ses insouciances maniérées, ne dit pas autre chose : «On va à l’école, on sort avec des mecs et un beau jour, on nous balance un gars du bled.» Mais, malgré leurs protestations de jeunes fillesde leur époque, les deux sœurs reviennent à plus de lucidité et reconnaissent leur impuissance devant la situation, ne s’imaginant pas tenir tête à leurs parents. Aissata : «Si on me propose quelqu’un, je ne vais jamais refuser devant mon père. Ouh la la ! Il va me tuer», chahute-t-elle dans un fou rire. Parce que dans ce Val Fourré étreint par le conservatisme des parents, soit on est soumise, soit on est une «pute» reniée par toute la famille. «Pourquoi devrions-nous accepter sous nos toits des filles qui ne feraient pas ce que nous voulions dans ma maison», tranche le vieux Kalidou Bâ. Ses deux filles sont mariées à des «blédards». Le mariage «forcé ou arrangé» des filles du Val Fourré avec leurs cousins «blédards» est le fruit d’un processus bien élaboré qui passe par le retour aux origines, au Sénégal, dès le bas âge, et une préparation quasi opportune. Le rituel est savamment agencé par les parents : 1) La fille née en France est envoyée vers l’âge de 12 ans en vacances au Sénégal avec pour prétexte de lui faire découvrir sa famille au bled. 2) Elle fait connaissance avec sa famille du Sénégal et se familiarise avec ses cousins «blédards». 3) Le contact commence alors à se nouer avec le cousin et les parents font une proposition et toute la famille se réunit pour discuter de l’offre qui a été faite. 4) Si les parents sont d’accord, l’on convainc la fille que l’un de ses cousins lui demande en mariage. 5) Une fois lamajorité atteinte, la fille subit la pression de sa famille pour épouser le cousin du bled. 6) La fille, française de nationalité, revient de nouveau au pays après des contacts par téléphone ou courriels pour célébrer le mariage et prendre rendez-vous à l’ambassade de France au Sénégal pour initier les premières démarches d’obtention du papier. 7) Le garçon dépose alors à l’ambassade et comme son conjoint est français, il devient de fait désirable au pays de Marianne. «Tout le monde y trouve son compte, corrobore A.G un«blédard» qui, lui aussi, épousé une cousine de Mantes-La Jolie. La familleà Paris trouve ce qu’elle considère comme un bon mari à leur fille, la famille au Sénégal voit leur fils prendre le chemin rêvé de l’Europe. C’est ainsi que le business marche.» «C’est une fierté de donner en mariage sa fille à un Sénégalais» Au quartier des aviateurs, à Blériot, au deuxième étage d’un immeuble,Fatmata Gassama est occupée à remettre de l’ordre dans son appartement. Ses six garnements s’amusent dans le salon et fouttent le bordel. Fatma peste dans son dialecte : «Restez sur place les enfants, allez dans votre chambre.» Haal Pulaar au teint noir, Drianké à la quarantaine affichée, Fatmata Gassama ou Madame Goloko en ville, revendique avec ostentation ses origines et une façon d’être conservatrice. Elle ne parle pas wolof, se débrouille à peine en Français, malgré qu’elle soit en Hexagone depuis 1983. Sa fille ânée, A.G, s’est récemment mariée avec son cousin sénégalais et Fatmata s’en porte à merveille. Lovée dans son douillet canapé, à côté de sa fille et d’une télé en veilleuse, Fatmata lance d’un ton sec : «Le mari de ma fille est un parent proche du père de ma fille. On choisit chez nous d’organiser le mariage entre les membres d’une même famille. C’est une manière de respecter la coutume. Je choisis de donner la main de ma fille à un homme du bled, en espérant qu’il soit de notre caste. S’il est des nôtres, alors il sera honnête avec elle, car nous pensons que notre fille doit se marier avec un musulman. Pour nous, c’est une fierté de donner en mariage sa fille à un Sénégalais.» Sa fille, A.G, assistante médicale dans le civil, hoche la tête. Sous les yeux de sa maman, la fille Goloko ne cache pas son bonheur du moment. Ses pommettes semblent gonflées de plaisir : «Mon mari venait souvent ici dans le 78 (Val Fourré). Mes parents m’avaient juste parlé d’un jeune homme bien, un cousin à moi, ensuite je l’ai rencontré, on a échangé nos numéros et c’est parti. Depuis notre mariage, mes parents sont très contents de moi. C’est une fierté pour moi aussi d’avoir un mari.» En l’absence du père, la maman, qui s’échine à éduquer ses huit enfants dans cette banlieue parisienne réputée difficile, veut que l’exemple fasse tâche d’huile chez ses autres enfants. Son image dans la grande famille et le salut de la tradition sont à ce prix. «Si les parents du mari de ma fille française d’origine sénégalaise sont au pays, cela va permettre à la fille de ne pas couper avec ses racines, reprend Fatmata Gassama. Et je trouve que c’est très important qu’elle aille voir les réalités de ses beaux-parents.» «Difficile de voir sa fille vivre en concubinage avec un Blanc» Dans les différents quartiers du grand ouest parisien, à Blériot, Mermoz, Nungesser, Coli, Ader, jalonnés d’immeubles de quatre à sept étages abritant 456 logements où s’entassent de nombreuses familles immigrées, le mariage entre Françaises d’origine Sénégalaise et «blédards», est une manière pour les parents installés dans ces coins réputés difficiles d’éviter à leur progéniture les pièges d’une France de la banlieue, abandonnée à elle-même, qui survit sous les oripeaux d’une violence et d’une délinquance sans borne.
Le 21 mai 2007 dernier, un jeune du coin avait ouvert le feu sur un policier à l’angle d’une rue du Val Fourré, déclenchant une émeute dans le quartier. Des véhicules ont été «cramés», des arrestations opérées. Toute cette débauche quotidienne donne beaucoup de soucis aux parents, qui, dans un pur reflexe communautaire, préfèrent précipiter leurs filles dans les bras des cousins du «bled», afin de les soustraire des tentations déviantes ou des propositions indécentes des «autres». Thierno Bâ ne se voile pas la face : «Je pense que les parents de ma femme ont choisi de me confier leur enfant pour éviter les mauvaises fréquentations. Parce que j’ai vu de mes propres yeux des filles sénégalaises qui ont été détournées par des toubabs et cela a fait mal à leurs parents. Les parents perdent souvent toutes nouvelles de leurs filles qui s’adonnent à la perversion.»
Mariama Bâ, 19 ans, teint clair, charme Haal Pulaar, formes
généreuses, gouaille de titi parisien, a frôlé le pire. Elle s’était
entichée en cachette d’un un juif, à l’insu de ses parents. L’histoire d’amour
a duré deux ans, avant que sa famille, découvrant la supercherie, ne lui impose
un «mariage arrangé» avec un «blédard». Aujourd’hui, elle mène sans passion sa vie
de femme au foyer. «Mes parents m’ont mis la pression pour me dire qu’ils
voudraient que j’épouse un bon Sénégalais, un cas social. Ici, beaucoup de
parents se fâchent même quand une fille de notre communauté sort avec un
Français de souche. Ils te harcèlent. Alors, tu te dis, mieux vaut le faire avec
un Sénégalais.» Un aveu qui masque pourtant mal l’amertume de cette fille Haal
Pulaar au cœur pris en otage. «Ici, les parents jouent un rôle important
dans le mariage de leur fille, renchérit le volubile Thierno Bâ. C’est une
manière pour eux de canaliser la fille. C’est courant de voir des parents
perdre carrément le contrôle de leur progéniture. Et cela fait mal souvent de
voir sa fille vivre en concubinage avec un blanc.» Une honte aux yeux de la
communauté. Les couples arrangés entre cousins et cousines, ou membres de même famille, connaissent, à l’instar de tous les ménages, des hauts et des bas. Seulement, le moindre clash dans ces unions, dans lesquelles l’amour n’est pas le moteur, engendre des dommages collatéraux beaucoup plus graves que dans un couple normal. Souvent, c’est le «blédard», le plus souvent esseulé en Hexagone, qui subit l’assaut massif de sa belle-famille du Val Fourré. Thierno Bâ en porte encore des stigmates vivaces : «Je ne peux pas dire que nous formons un couple parfait, tous les couples ont des problèmes. Et ce qui est dommage ici, c’est que quand il y a des problèmes au sein du couple, tout le monde a son mot à dire, les parents s’y mêlent, les frères et sœurs de la fille essaient de vous coller tout le tort du monde et cela complique les choses. Les gens n’essaient même pas de comprendre et se rangent derrière la fille. Mais, je suis assez solide dans ma tête pour que ces choses ne me perturbent pas. Et je suis assez responsable pour gérer ma femme, je n’accepte pas qu’on puisse gérer mon ménage à ma place. Je sais comment faire, des fois, je réponds au coup par coup, des fois je laisse passer.»
Mais malgré le nombre croissant de divorces dans ces ménages
arrangés, les multiples couacs dans ces mariages de raison et les rares
rébellions de certaines filles rétives au diktat des parents (voir par
ailleurs), les unions entre les «blédards» et les filles françaises d’origine
sénégalaise continueront de prospérer dans le Val-Fourré. Comme de petits
arrangements dans une mafia du cœur. Comme un business de famille. Mor Talla GAYE (Envoyé spécial à Paris) Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir (Weekend magazine)
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