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MARIAGES ARRANGES DANS LA COMMUNNAUTE HAAL PULAAR - I Votre email
25-12-2007
ImageLes aventures ambiguës de Mantes-La jolie. Le mariage entre Françaises d’origine sénégalaise et jeunes sénégalais a
fini d’être ancré dans la tradition des Haal Pulaar de Mantes-La Jolie, banlieue parisienne de l’Île-de-France.

Ici, les critères de choix pour décrocher le bon mari épouse, des coutumes bien oxydées du Fouta. L’on se marie encore avec un cousin du Sénégal ou « Blédard» pour perpétuer une tradition bien établie dans la grande famille des Hal Pulaar. Ces mariages arrangés par les parents font foison et créent des heurts entre générations, la division s’installe dans des familles jusque-là épargnée. Union de raison ou mariage arrangé, Weekend est allé jusqu’en Ile de France pour chercher à en savoir plus.

mantes_la_jolie.jpg Le Val Fourré somnole encore, cet après-midi de septembre automnal, de sa monotonie chaleureuse. Cette cité chaude des Yvelines (banlieue ouest parisienne), immense foyer de familles immigrées, debout à l’extrémité de Paris extra-muros, est plongée dans ses carrés gris et ses habitudes indifférenciées. Le bitume, deux cents mètres de longs et vingt de large, a remplacé le sable au Val Fourré. A droite, un jardin transformé en terrain de foot par des mômes qui courent derrière un ballon ou se multiplient dans des jeux de leur âge. A gauche, un parking bigarré où stationnent des véhicules de toutes marques et de toutes couleurs. Sous le feuillage, le quartier de la Garenne, une cité de Mantes-la Jolie (44 499 habitants), est fourré dans ses aises rebelles que perturbe par moments le vrombissement récalcitrant de motos montées par de jeunes cascadeurs fougueux, heureux de tirer le quartier de sa torpeur.

Un chemin goudronné et large aux murs ornés de graffitis mène à une barre d’immeubles blancs à volets verts et au charme évanoui, où les paraboles et les linges suspendus aux fenêtres toisent le coin. Le peuple du Val Fourré se terre dans ses studios. Parmi eux, la famille Diao, nichée au premier étage de la Garenne, dans une tour éteinte aux escaliers crasseux.

Dans le salon qui respire le Sénégal, un portrait d’un couple de jeunes mariés fixe le visiteur. Portée par une sérénité maquillée de sourires du bonheur, Baba et Hawa Diao posent pour le meilleur et le pire. Leur allégresse de nouveaux époux s’affiche partout et s’étale sur les murs d’une fraîcheur immaculée. Sur une des photos, la mariée fait admirer sa robe, sur une autre, elle se tient à côté de son beau-père. Ces instantanés racontent l’extase partagée du jeune couple. Une touchante histoire d’amour, sorte de conte de fées au pays des désillusions libérées, de deux êtres unis par un destin espiègle. L’appartement scintille de la complicité de ce ménage «entre cousins» que tout, ou presque, séparait. D’un côté, un «blédard»* échappé des griffes de la grande banlieue dakaroise aux rêves confus. De l’autre, une française d’origine sénégalaise à l’identité confuse.

Le mari, Baba Diao, 29 ans, jeune Sénégalais de Pikine au physique de sahélien et Haal Pulaar bon teint, coule désormais des jours heureux et aérés dans le quartier de la Garenne. Mais le parcours de ce jeune homme revenu de ses cauchemars épouse les contours d’un rêve clair-obscur transformé en providence inespérée. Aujourd’hui, délivré des tentacules d’une vie de gueux, Baba se surprendrait presque à renier son passé ingrat, ces moments glauques où il se morfondait dans sa banlieue crottée, se tournant les pouces à longueur de journée et se réveillant tous les jours avec la drôle d’impression de plomber son existence.

Le veinard, heureux papa d’un petit garçon de 2 ans, se frotte aujourd’hui les yeux et ouvre grand ses ambitions en France, en père de famille presque accompli. La trajectoire du Pikinois est un raccourci de vie que bon nombre de jeunes Sénégalais ont exploré et épousé dans cette France froide, recroquevillée sur elle-même et parfois violente contre ses hôtes. Comme beaucoup d’autres «blédards», partis du Sénégal, Baba Diao doit «presque tout» à sa femme française d’origine sénégalaise, Hawa, qui lui a ouvert grandes les portes de la France par le biais d’un «mariage arrangé par les parents», en même temps qu’elle le sauvait d’une précarité certaine. Très à l’aise dans son appartement qu’il a acquis après deux ans de boulot à l’usine Renault Flin France, Baba Diao jette, cet après-midi là, son regard apaisé sur Marseille-Toulouse, un match de foot de la L1 française, en compagnie de ses potes, irréductibles du Psg, qui s’amusent des déboires phocéens. Baba se réajuste, prend la parole et revient sur la rencontre de sa vie : «Ma femme, c’est ma cousine. Parce que son père et le mien sont des frères de sang. C’est vrai que nous nous étions connus quand nous étions jeunes, mais  il faut dire que ce sont les parents qui ont précipité le mariage, parce qu’on ne nous connaissions pas avant. Nous nous  échangions des coups de fil. A chaque fois qu’elle venait en vacances  au Sénégal, elle s’installait chez nous à Pikine. Nous nous sommes  mariés en juillet 2004, après on a réglé des papiers t je suis monté à Paris au mois de janvier2005.» Pour un aller simple du bonheur. Dans le vacarme des commentaires virils devant le téléviseur, manque  pourtant la touche féminine de Hawa Diao, 25 ans, l’épouse de Baba, partie rendre visite à ses parents dans un quartier environnant. Entre garçons, Thierno, Tidiane, Allou et Baba devisent nerveusement et se laissentinfluencer par les rebonds du match. «Marseille va encore perdre», «C’est une équipe qui ne vaut rien.» Ils se gaussent des errements marseillais, s’amusent, comme des mômes, du but réussi par Laurent Battles, l’attaquanttoulousain.

mariage_mixte2.jpg Le mariage, un visa pour la France

Dans ce Val Fourré encrassé, plus qu’ailleurs, le foot est l’opium dupeuple. Le petit appartement avenant du couple Diao, qui se chauffe àl’ambiance africaine à défaut de chauffage, est le lieu de retrouvailles des potes sénégalais pour les soirées foot. C’est le lieu aussi où aime à se raconter les galères passées au Sénégal et où on se retourne sur les itinéraires pour mesurer les réussites des uns et des autres. Comme celle de Thierno Bâ, un ami de Baba, ancien pompiste au Sénégal, qui gagnait bien savie au pays et qui a été extirpé pourtant de sa monotonie par sa future femme, «qui avait débarqué au Sénégal juste pour des vacances». Un mariage célébré en grandes pompes dans le quartier des Hlm avec cette cousine «francenabé». Thierno, regard animé, se souvient de ce jour comme si c’était hier : «Je me suis marié avec ma femme quand elle est venue en vacances au Sénégal. En fait, c’est une cousine à moi, elle est un peu de ma famille.

Mon père est le grand père de sa mère. C’est vrai quand elle était en France, on correspondait de manière régulière, on échangeait des nouvelles, je lui envoyais des courriels. Notre relation n’a pas duré longtemps, à peine un an. Après une année, tout s’est accéléré, ensuite je suis venu la rejoindre en janvier 2001 au Val-Fourré.»

Dans la communauté Hal Pulaar de Mantes-La Jolie, la tradition est à la pratique de cette «coutume» très appréciée dans les chaumières de cettelointaine banlieue parisienne. La première génération, les parents, posés dans le coin depuis une vingtaine ou trentaine d’années, rêvent tous de ces mariages ethniques et trouvent «très gratifiants» que leurs filles épousent leur cousin du bled. D’ailleurs, l’expression «blédards», très usitée par ces sénégalais de France, renseigne sur la mentalité des «francenabé» vis-à-vis de leurs cousins restés au pays. Il en sort une condescendance inconsciente et parfois un snobisme ringard rattaché aux lancinants problèmes des castes.  M.D, un jeune Haal Pulaar, posé au pied d’une barred’immeubles de la cité : «Ici, la règle c’est de donner la main de sa filleà un gars du bled à condition qu’il soit de la même caste.»

L’avis de ce jeune du Val Fourré trouve écho auprès d’une dame, Oulimata Dème, mère de famille, habitante du quartier de Godeau depuis 20 ans. Elle confirme, assise dans son salon : «J’ai proposé à ma fille de marier son cousin installé au Sénégal, parce qu’ils avaient le même sang de Torodo dans les veines. Mes enfants ne doivent pas se marier à  n’importe qui, chacun ases propres règles dans la vie.»

Conservatrice pur jus, cette mère de 3 filles et de 4 quatre garçons, se dit prête à aller au conflit et à se séparer de ses filles si elles enfreignent sa décision. Deux des filles de Oulimata Dème, encore à la maison, Aissata, 22 ans, étudiante à la Faculté de science et de l’éducation et Ourèye, 17 ans,  élève en classe de terminale,  ne mouftent pas devant leur maman.

Mais, loin du regard pesant de leur mère, elles sortent les griffes et crient leur indignation. Aissata, la grande-sœur, rouspète à grands mots : «Ce n’est pas acceptable de nous donner en mariage à des gens qu’on ne connaît qu’à travers les photos et des courriels échangés.» Sa cadette, Ourèye, du haut de ses insouciances maniérées, ne dit pas autre chose : «On va à l’école, on sort avec des mecs et un beau jour, on nous balance un gars du bled.» Mais, malgré leurs protestations de jeunes fillesde leur époque, les deux sœurs reviennent à plus de lucidité et reconnaissent leur impuissance devant la situation, ne s’imaginant pas tenir tête à leurs parents. Aissata : «Si on me propose quelqu’un, je ne vais jamais refuser devant mon père. Ouh la la ! Il va me tuer», chahute-t-elle dans un fou rire. Parce que dans ce Val Fourré étreint par le conservatisme des parents, soit on est soumise, soit on est une «pute» reniée par toute la famille. «Pourquoi devrions-nous accepter sous nos toits des filles qui ne feraient pas ce que nous voulions dans ma maison», tranche le vieux Kalidou Bâ. Ses deux filles sont mariées à des «blédards».

Le mariage «forcé ou arrangé» des filles du Val Fourré avec leurs cousins «blédards» est le fruit d’un processus bien élaboré qui passe par le retour aux origines, au Sénégal, dès le bas âge, et une préparation quasi opportune. Le rituel est savamment agencé par les parents : 1) La fille née en France est envoyée vers l’âge de 12 ans en vacances au Sénégal avec pour prétexte de lui faire découvrir sa famille au bled. 2) Elle fait connaissance avec sa famille du Sénégal et se familiarise avec ses cousins «blédards». 3) Le contact commence alors à se nouer avec le cousin et les parents font une proposition et toute la famille se réunit pour discuter de l’offre qui a été faite. 4) Si les parents sont d’accord, l’on convainc la fille que l’un de ses cousins lui demande en mariage. 5) Une fois lamajorité atteinte, la fille subit la pression de sa famille pour épouser le cousin du bled. 6) La fille, française de nationalité, revient de nouveau au pays après des contacts par téléphone ou courriels pour célébrer le mariage et prendre rendez-vous à l’ambassade de France au Sénégal pour initier les premières démarches d’obtention du papier. 7) Le garçon dépose alors à l’ambassade et comme son conjoint est français, il devient de fait désirable au pays de Marianne. «Tout le monde y trouve son compte, corrobore A.G un«blédard» qui, lui aussi, épousé une cousine de Mantes-La Jolie. La familleà Paris trouve ce qu’elle considère comme un bon mari à leur fille, la famille au Sénégal voit leur fils prendre le chemin rêvé de l’Europe. C’est ainsi que le business marche.»

«C’est une fierté de donner en mariage sa fille à un Sénégalais»


Au quartier des aviateurs, à Blériot, au deuxième étage d’un immeuble,Fatmata Gassama est occupée à remettre de l’ordre dans son appartement. Ses six garnements s’amusent dans le salon et fouttent le bordel. Fatma peste dans son dialecte : «Restez sur place les enfants, allez dans votre chambre.» Haal Pulaar au teint noir, Drianké à la quarantaine affichée, Fatmata Gassama ou Madame Goloko en ville, revendique avec ostentation ses origines et une façon d’être conservatrice. Elle ne parle pas wolof, se débrouille à peine en Français, malgré qu’elle soit en Hexagone depuis 1983. Sa fille ânée, A.G, s’est récemment mariée avec son cousin sénégalais et Fatmata s’en porte à merveille. Lovée dans son douillet canapé, à côté de sa fille et d’une télé en veilleuse, Fatmata lance d’un ton sec : «Le mari de ma fille est un parent proche du père de ma fille. On choisit chez nous d’organiser le mariage entre les membres d’une même famille. C’est une manière de respecter la coutume. Je choisis de donner la main de ma fille à un homme du bled, en espérant qu’il soit de notre caste. S’il est des nôtres, alors il sera honnête avec elle, car nous pensons que notre fille doit se marier avec un musulman. Pour nous, c’est une fierté de donner en mariage sa fille à un Sénégalais.» Sa fille, A.G, assistante médicale dans le civil, hoche la tête. Sous les yeux de sa maman, la fille Goloko ne cache pas son bonheur du moment. Ses  pommettes semblent gonflées de plaisir : «Mon mari venait souvent ici dans le 78 (Val Fourré). Mes parents m’avaient juste parlé d’un jeune homme bien, un cousin à moi, ensuite je l’ai rencontré, on a échangé nos numéros et c’est parti. Depuis notre mariage, mes parents sont très contents de moi. C’est une fierté pour moi aussi d’avoir un mari.» En l’absence du père, la maman, qui s’échine à éduquer ses huit enfants dans cette banlieue parisienne réputée difficile, veut que l’exemple fasse tâche d’huile chez ses autres enfants. Son image dans la grande famille et le salut de la tradition sont à ce prix. «Si les parents du mari de ma fille française d’origine sénégalaise sont au pays, cela va permettre à la fille de ne pas couper avec ses racines, reprend Fatmata Gassama. Et je trouve que c’est très important qu’elle aille voir les réalités de ses beaux-parents.»

«Difficile de voir sa fille vivre en concubinage avec un Blanc»


Dans les différents quartiers du grand ouest parisien, à Blériot, Mermoz, Nungesser, Coli, Ader, jalonnés d’immeubles de quatre à sept étages abritant 456 logements où s’entassent de nombreuses familles immigrées, le mariage entre Françaises d’origine Sénégalaise et «blédards», est une manière pour les parents installés dans ces coins réputés difficiles d’éviter à leur progéniture les pièges d’une France de la banlieue, abandonnée à elle-même, qui survit sous les oripeaux d’une violence et d’une délinquance sans borne.

 

Le 21 mai 2007 dernier, un jeune du coin avait ouvert le feu sur un policier à l’angle d’une rue du Val Fourré, déclenchant une émeute dans le quartier. Des véhicules ont été «cramés», des arrestations opérées. Toute cette débauche quotidienne donne beaucoup de soucis aux parents, qui, dans un pur reflexe communautaire, préfèrent précipiter leurs filles dans les bras des cousins du «bled», afin de les soustraire des tentations déviantes ou des propositions indécentes des «autres». Thierno Bâ ne se voile pas la face : «Je pense que les parents de ma femme ont choisi de me confier leur enfant pour éviter les mauvaises fréquentations. Parce que j’ai vu de mes propres yeux des filles sénégalaises qui ont été détournées par des toubabs et cela a fait mal à leurs parents. Les parents perdent souvent toutes nouvelles de leurs filles qui s’adonnent à la perversion.»

Mariama Bâ, 19 ans, teint clair, charme Haal Pulaar, formes généreuses, gouaille de  titi parisien, a frôlé le pire. Elle s’était entichée en cachette d’un un juif, à l’insu de ses parents. L’histoire d’amour a duré deux ans, avant que sa famille, découvrant la supercherie, ne lui impose un «mariage arrangé» avec un «blédard». Aujourd’hui, elle mène sans passion sa vie de femme au foyer. «Mes parents m’ont mis la pression pour me dire qu’ils voudraient que j’épouse un bon Sénégalais, un cas social. Ici, beaucoup de parents  se fâchent même quand une fille de notre communauté sort avec un Français de souche. Ils te harcèlent. Alors, tu te dis, mieux vaut le faire avec un Sénégalais.» Un aveu qui masque pourtant mal l’amertume de cette fille Haal Pulaar au cœur pris en otage.  «Ici, les parents jouent un rôle important dans le mariage de leur fille, renchérit le volubile Thierno Bâ. C’est une manière pour eux de canaliser la fille. C’est courant de voir des parents perdre carrément le contrôle de leur progéniture. Et cela fait mal souvent de voir sa fille vivre en concubinage avec un blanc.» Une honte aux yeux de la communauté.

Dans la communauté Haal Pulaar ou Sarakholé du Val Fourré, les parents, restés à la marge des principes de fonctionnement de la société française de souche, s’autorisent tout, même le droit d’ingérence dans la vie maritale de leurs filles. «Il ne faut pas qu’on laisse les jeunes faire tout ce qu’ils veulent, il faut qu’on assiste ces couples qui sont encore jeunes», tente de convaincre G.M, un ancien ouvrier à l’usine Peugeot, dont la fille est mariée à un «blédard».  Seulement, la docilité a des limites et certaines filles, parmi les rares émancipées de la tutelle parentale, ont dressé des lignes jaunes autour de leur vie maritale. «Personne n’entre dans mon ménage, j’ai mis des barrières. Ah non, non ! Moi et mon mari, point barre», tonne Coumba Bâ, qui vit avec son mari, un blédard en situation irrégulière, quartier Mozart. Un vent de rébellion commencerait-il à souffler dans les entrailles du Val Fourré ? L’immanquable conflit de générations pointe-t-il déjà le bout du fusil ? «Non, s’interpose Kalidou Bâ, le papa de Coumba, qui vit au quartier Godeau. Si j’ai envie de dire à ma fille de faire ceci ou cela, c’est pour que son couple se porte mieux, même si elle me demande ne pas m’immiscer, je le fais parce que je suis son père.» Le vieux Bâ a vu dernièrement sa deuxième fille se séparer avec le «blédard » avec qui elle était mariée depuis 10 ans. «Pour éviter que les liens entre les deux familles ne soient ternis, j’ai entrepris personnellement des démarches pour que le couple se retrouve. Mais peine perdue», se désole-t-il.

Les couples arrangés entre cousins et cousines, ou membres de même famille, connaissent, à l’instar de tous les ménages, des hauts et des bas. Seulement, le moindre clash dans ces unions, dans lesquelles l’amour n’est pas le moteur, engendre des dommages collatéraux beaucoup plus graves que dans un couple normal. Souvent, c’est le «blédard», le plus souvent esseulé en Hexagone, qui subit l’assaut massif de sa belle-famille du Val Fourré. Thierno Bâ en porte encore des stigmates vivaces : «Je ne peux pas dire que nous formons un couple parfait, tous les couples ont des problèmes. Et ce qui est dommage ici, c’est que quand il y a des problèmes au sein du couple, tout le monde a son mot à dire, les parents s’y mêlent, les frères et sœurs de la fille essaient de vous coller tout le tort du monde et cela complique les choses. Les gens n’essaient même pas de comprendre et se rangent derrière la fille. Mais, je suis assez solide dans ma tête pour que ces choses ne me perturbent pas. Et je suis assez responsable pour gérer ma femme, je n’accepte pas qu’on puisse gérer mon ménage à ma place. Je sais comment faire, des fois, je réponds au coup par coup, des fois je laisse passer.»

Mais malgré le nombre croissant de divorces dans ces ménages arrangés, les multiples couacs dans ces mariages de raison et les rares rébellions de certaines filles rétives au diktat des parents (voir par ailleurs), les unions entre les «blédards» et les filles françaises d’origine sénégalaise continueront de prospérer dans le Val-Fourré. Comme de petits arrangements dans une mafia du cœur. Comme un business de famille.

A Mantes-la Jolie, les aventures sentimentales continuent d’être ambiguës.

Mor Talla GAYE (Envoyé spécial à Paris)   Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir (Weekend magazine)



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