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MANQUEMENTS - Vérités sur les causes du naufrage : Une si longue chaîne de culpabilités Votre email
26-09-2007

Le Joola avant le naufrage
Le Joola avant le naufrage
Une conjonction de manquements caractérisés et répétés imputables à chacun des services ayant pris part à la gestion du Joola a, sans conteste, contribué de façon déterminante, à la survenance du naufrage du bateau. Ainsi, le rapport d’enquête de la commission alors mise en place par Me Wade, pour déterminer les causes du drame, n’y est pas allé avec le dos de la cuillère pour souligner les défaillances de tous les responsables.

Le rapport de la commission d’enquête sur les causes du naufrage du Joola n’a pas failli à sa mission, en sériant les «causes lointaines et/ou les enchainements des causes» ayant conduit au drame, survenu dans la nuit du 26 au 27 septembre 2002, lors duquel plus de 1800 personnes ont perdu la vie. Dans la série des responsabilités de ce naufrage, les causes sont imputées aux différents services qui s’activaient autour de la gestion générale du navire.

D’une part, le document ne ménage pas le constructeur du navire compte tenu des défaillances notées dans la conception du bateau. «Cela pose la responsabilité du constructeur en ce sens que tous les ballasts sont centraux, une situation qui ne permet pas de redresser une gîte pour un transfert ou embarquement de ballasts.» Autre reproche au constructeur allemand, c’est la position des hublots du pont principal qui sont si bas qu’ils embarquent de l’eau à partir de 20 degrés d’inclinaison. D’où les «vices de construction» déduits par la commission.

Et vient la part de responsabilité des autorités politiques qui avaient confié la gestion nautique au corps de la  «Marine nationale alors que cette structure n’est pas censée être en mesure d’observer et d’appliquer les règles fixées par l’Organisation maritime internationale (Omi) pour la conduite des navires marchands». Car, les experts de la commission rappellent que la conception des navires marchands est différente de celle des navires militaires et mieux, la formation des officiers n’obéit pas aux mêmes procédures. Ce mélange de genre a fait que «l’équipage militaire embarqué à bord du Joola n’ait rempli les conditions requises au plan international pour assurer de telles charges».

Il s’y ajoute, s’émeuvent les rédacteurs du rapport, «le ministre de l’Equipement de l’époque (Ndrl : Youssou Sakho) qui était au courant de toutes les irrégularités alors constatées au moment de la remise à l’eau du Joola n’a pas hésité à prendre part au voyage inaugural du 10 septembre 2002 en compagnie de son collègue des Forces Armées, Youba Sambou». Ce qui avait fait dire au chef d’Etat major de la Marine marchande qu’il avait la «caution morale» des services de l’inspection du Joola.

joola_3.jpgD’autre part, les causes du naufrage imputables à la Marine marchande semblent être plus importantes, en ce sens que ce sont ses services qui devraient jouer le rôle de gendarme pour ce qui concerne l’application stricte et le respect des normes de sécurité. A en croire le rapport de la commission, «les auditions des responsables des services de la Marine marchande ainsi que l’étude des documents techniques du Joola font ressortir sans équivoque que ces services ont accompli avec peu de rigueur les missions qui leur étaient dévolues». Cela s’est manifesté par des «procédures de contrôle et d’inspection du navire plus que laxistes».

En effet, le rapport explique que les services de la direction de la Marine marchande, notamment l’inspection de visite annuelle et l’inspection centrale de sécurité, ont, de décembre 1995 à septembre 2002, fait preuve de «négligences caractérisées parce que répétées» dans l’accomplissement de leur mission. «Les titres de sécurité sur la validité desquels ils devaient veiller n’ont jamais été contrôlés avec rigueur», regrette-t-on. Alors que, poursuit le document, l’inspecteur maritime n’a, toutefois, pas estimé une seule fois devoir faire prendre une décision d’interdiction d’appareiller à l’égard du Joola, conformément à l’article 40 du Code de la Marine marchande. Cela, en dépit des «manquements constatés au plan des titres de sécurité et du non-renouvellement, depuis 1998, du permis de navigation délivré au Joola».

LES MENSONGES DE LA MARINE MARCHANDE

Ainsi, les investigations de la commission d’enquête ont permis de constater des contre-vérités dans l’établissement de certains documents de suivi et de contrôle du Joola. En effet, il est mentionné dans le rapport que «le Bureau Veritas n’a pas émis de certificat de franc-bord en cours de validité, lequel est expiré depuis avril 1991, et la commission de visite n’en a pas fait cas». Pire, «la preuve de la délivrance de certificats de sécurité pour navire à passagers, ou de sécurité armement et de sécurité radio n’a pas été rapportée à la commission, alors que la commission des visites avait confirmé, dans ses mentions, que ces documents ont été contrôlés valables». Ce qui est en porte à faux avec le seul certificat trouvé et qui a été délivré par le Bureau Veritas et qui a expiré depuis avril 1991.

Autre mensonge de la commission de visite, c’est le fait qu’elle ait mentionné que «Le Joola détenait un permis de navigation, alors que la Marine marchande n’a pas renouvelé ce document depuis juin 1998». Il en est de même concernant les radeaux de sauvetage dont les inspecteurs de visite ont trouvé normaux, alors que les systèmes de largage hydrostatique ne fonctionnaient pas. D’ailleurs, le rapport précise que  «cette seule défaillance était suffisante pour retenir le navire à quai». De même, le document des membres de la commission révèle que l’examen du dernier permis de navigation du Joola délivré par les services de la Marine marchande fait apparaître que «le navire peut transporter 650 passagers et, pire, qu’il est construit et équipé pour faire le tour du monde avec ses passagers». Or, relève le rapport, «sur le certificat intérimaire du Bureau Veritas délivré en 1990, il est clairement indiqué que le Joola pouvait transporter juste 536 passagers et 44 membres d’équipage et ne pouvait aller au-delà de 50 miles ou 6 heures de côtes».

«Sur quelle base le directeur de la Marine marchande s’est référé pour délivrer un tel permis de navigation», ainsi s’interroge-t-on dans le rapport de la commission d’enquête. Et de noter que «pour signer un tel document, les services de la Marine marchande devraient s’assurer que Le Joola détenait tous les certificats délivrés, soit par ses services, soit par d’autres organismes». Or, fait-on constater : «Aussi bien pour sa rotation inaugurale du 10 septembre que pour celles qui l’ont suivi, en particulier les voyages du 25 au 26 septembre, le navire ne pouvait disposer d’aucun de ces titres de sécurité.» Et pourtant, interpellé sur l’absence de réaction de ses services quant à la situation d’irrégularité permanente dans laquelle se trouvait Le Joola, le directeur de la Marine marchande a déclaré, devant la commission d’enquête, que «la demande d’interdiction d’appareiller le navire devrait provenir de ses services, ce qui n’a pas été le cas». Jusqu’au naufrage qui a fait périr près de 2 000 âmes innocentes.

Etat-major de la Marine nationale : Sur les flots de l’insouciance et de la légèreté

Un permis de navigation en expiration depuis neuf ans, une classification suspendue depuis 1995, défaut de certificat de sécurité pour navire à passagers et de certificat de franc-bord et absence de licence d’exploitation radio entre autres. Malgré tous ces manquements, le chef d’Etat-major de la Marine nationale, son chef de bureau et son commandant qui exploitaient le navire ont décidé de faire appareiller Le Joola à partir du 10 septembre 2002. Pour justifier «cette grave irrégularité», le chef d’Etat-major de la Marine a allégué avoir «la caution morale du ministre de l’Equipement et des Transports qui a pu visiter le navire avant le voyage inaugural et y a pris part», lit-on dans le document de la commission d’enquête.

Ainsi, celle-ci trouve «légère» cette justification car, selon elle, «elle dénote, encore une fois, un mépris affiché par l’autorité militaire quant au respect des textes». Par ailleurs, il a été constaté par les membres de la commission que l’Etat major a reçu un devis pour la réparation des systèmes de largage hydrostatiques, mais «il n’a pas jugé nécessaire de les réparer». Il s’y ajoute que les bouées de détresse n’étaient plus entretenues et leur présence à bord n’était plus prouvée.

Toujours dans le lot de récriminations faites à l’Etat major de la Marine nationale, l’on note que «Le Joola ne prenait jamais de contact avec Dakar-Radio pour communiquer, ou prendre des bulletins météo ou des informations liées à la sécurité de la navigation en mer». En plus, lors du naufrage, l’Etat-major a envoyé un «Avurnav à diffuser, alors que dans ce cas, un Sos ou May Day était plus adéquat».
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