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Les marchands ambulants embrasent Dakar
 
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ImageDes feux rouges brisés, des pneus et des véhicules incendiés, des ordures ménagères versées partout sur les chaussées, une odeur âcre de grenades lacrymogènes rend l’air irrespirable.

C’est dans cette atmosphère très lourde que Dakar a vécu la journée d’hier, mercredi 21 novembre. La capitale sénégalaise a été assiégée par des marchands ambulants qui manifestaient leur colère face aux mesures de déguerpissement décidées récemment par la plus haute autorité de l’Etat pour faire de Dakar “une ville moderne” , selon les propres termes du chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade.

Dakar brûle ! Les marchands ambulants ont tout simplement assiégé la capitale sénégalaise à leur manière. Mécontents certainement des mesures prises récemment par l’Etat de les déguerpir des artères du centre-ville, ils sont spontanément sortis dans la rue pour manifester leur colère, brûlant des pneus, incendiant des poubelles, déversant sur la chaussée les sachets en plastique contenant les ordures ménagères, etc. En l’espace de quelques minutes, toute la ville de Dakar avait l’image d’une ville en flammes. Les nuages de fumées s’élevaient de partout. Et les populations riveraines, sans se faire prier, entraient spontanément dans la danse pour décrier leur ras-le-bol.

“Dafa diot !“ Il était temps, lance une dame, le dos bien ceinturé par un foulard. “Nous sommes fatigués. Nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts. Nous avions beaucoup d’espoir avec Wade. Mais depuis son accession à la tête de l’Etat, la situation économique et sociale s’est gravement détériorée. Ce qui le préoccupe, lui, c’est de construire des routes. Or, celui qui n’a pas de quoi nourrir ses enfants n’empruntera jamais ces auto-routes à péage“, renchérit un autre manifestant. Surexcités par la présence des caméras, certains jeunes se déchaînent. “Nous sommes des transporteurs. Je veux que vous sachiez que le sucre que nous produisons ici au Sénégal est vendu à 450 F Cfa au Mali contre 650 F Cfa chez nous. Pourquoi ? Le gaz transitant par Dakar coûte 2100 F à Bamako contre 2700 F chez nous. Pourquoi ? Lu tax ?“ s’exclame un apprenti de car rapide, avant d’être porté comme un héros par l’assistance. Pourtant le pare-brise de son autocar portait des stigmates des pierres balancées par des manifestants.

La Sénélec de la Médina mise à sac

Un autre marchand ambulant embouche la même trompette. “Ce que je ne comprends pas, c’est le moment choisi par l’Etat pour nous déguerpir. Nous sommes à quelques jours de la fête de la Tabaski. Et c’est le moment où jamais de tout faire pour gagner quelque chose afin de pouvoir fêter comme tous les autres musulmans. Aujourd’hui comment allons nous faire, en tant que musulmans, pour acheter un mouton et habiller notre famille“, s’interroge-t-il.

En plus des propos très amers tenus par certains manifestants, d’autres se sont livrés à des actes de vandalisme. C’est ainsi que plusieurs véhicules de transport en commun ont été saccagés. Des passagers pris de panique par la furie des jeunes, armés de pierres et de gourdins, n’ont pu arriver à leur destination. “Certains ont pris la fuite sans récupérer leur monnaie“ témoigne un apprenti. Le centre-ville était devenu inaccessible. Pour joindre le marché Sahm situé à quelques encablures de l’hôpital Abbas Ndao, les chauffeurs étaient contraints d’utiliser des itinéraires inhabituels. La Rue 6 et l’Avenue Blaise Diagne étaient jonchées de pierres et de pneus en flammes. C’est face à une telle situation qui a frôlé le chaos que des manifestants se sont infiltrés à l’intérieur de la Sénélec de la Médina. Après avoir saccagé la devanture des locaux, d’autres en ont profité pour dévaliser les caisses de quelques guichets ouverts pour le paiement des factures d’électricité, déclare un témoin qui soutient n’avoir jamais vécu de telles scènes de pillages. “Je suis là depuis le temps de Senghor, mais je n’ai jamais vu de telles scènes de vandalisme ». Devant de tels débordements, certains commerçants avaient décidé de baisser les rideaux.

Débordés, les policiers ont été secourus par le Groupement mobile d’intervention (Gmi). Armés de matraques et de grenades lacrymogènes, ils ont fini par disperser les manifestants très déterminés à en découdre avec les autorités coupables, selon eux, de la situation de crise que traverse le pays. Tout en désapprouvant ouvertement la fermeté du Président Wade sur le désencombrement des rues, ils ont qualifié ce qui passe au Sénégal d’inacceptable.

Abdoulaye THIAM (Sud quotidien)

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22-11-2007 07:54
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Cet article a été publé le 22-11-2007 07:54. Vous pouvez suivre les réponses reçues par cet article grâce au fil RSS 2.0. Cet article a été favorisé 12 fois. Vous pouvez laisser un commentaire.
Vos commentaires (3)
Posté par la suite
22-11-2007 12:33,
 
c'estle début
Médina La mairie et la Senelec saccagées et incendiées 
 
 
Article Par Daouda MINE,  
 
 
Paru le Jeudi 22 Nov 2007 
 
Comme dans presque toutes les artères du Plateau , l’avenue Blaise Diagne et la rue 6 de la Médina n’ont pas été épargnées par la furie des marchands ambulants. Ils ont manifesté leur mécontentement. Face à leur déguerpissement. De la manière la plus violente possible. La mairie d’arrondissement et la Senelec de la Médina ont été saccagées, dévalisées puis incendiées. 
Alors que les forces de l’ordre avaient positionné le gros de leurs éléments au centre ville pour faire face aux manifestants de Sandaga, à la Médina, un autre front a été allumé. Une horde de jeunes surexcités, a barré l’avenue Blaise Diagne et la rue 6 de la Médina. Incendiant des pneus sur la chaussée. Et mettant le feu sur les poubelles en matière plastique mises en place dans tous les coins par la société Veolia, adjudicataire du marché du nettoiement de Dakar. Feux tricolores communément appelés «feux rouges». Panneaux publicitaires. Panneaux de signalisation. Arrêts des bus «Dakar Dem Dikk»… Rien n’a été épargné par les manifestants. Tout ce qui peut être assimilé à un bien public est considéré comme une cible à détruire. Histoire de montrer aux autorités qu’ils ne sont pas contents. Et qu’ils sont capables de se faire entendre. De la manière la plus bruyante et la plus… chaude possible. Aussi ont-ils mis le feu sur tout ce qui leur tombe sous la main. La mairie de la Médina a ainsi été assiégée par les manifestants. Au moment où les forces de l’ordre se faisaient désirer. Enseignes lumineuses. Fleurs. Vitres. Portes en aluminium. Rien n’a résisté aux projectiles lancés par les marchands ambulants. Les agents de la mairie dont le maire Pape Momar Diop lui-même, n’ont dû leur salut qu’en se barricadant dans les bureaux situés au premier étage de la mairie. Si les agents ont eu plus de peur que de mal, les véhicules qui étaient garés à l’intérieur de la mairie sont partis en fumée, brûlés qu’ils ont été par les pyromanes. Les dégâts allaient être plus nombreux si un camion rempli d’éléments du Groupement mobile d’intervention de la police (Gmi) ne s’était pas pointé et des grenades lacrymogènes balancées par les limiers. Des limiers qui avaient fini par épuiser leurs munitions. «Capitaine, nous n’avons plus de munitions !», lance un Gmi à son chef, alors que leur véhicule était garé devant le portail de la mairie. Aussi, lorsque les manifestants ont continué leurs actes de sabotage, ils n’ont pu rien faire. Se contentant de faire des va-et-vient incessants sur l’avenue Blaise Diagne. À vive allure. Pour disperser la foule. Tout en évitant les pierres que les manifestants leur balançaient. Subitement, l’un des pyromanes de suggérer l’attaque de l’agence de la Senelec, située non loin de la mairie de la Médina. Aussitôt dit, aussitôt fait. Les manifestants se ruent vers cette agence qu’ils ont mise à sac, avant d’y mettre le feu. Les agents trouvés sur place, traumatisés, la peur au ventre, ont dû passer par la maison contiguë pour échapper aux flammes. Mme Cissokho, l’un des agents, a du mal à contenir sa surprise. Tellement les événements se sont déroulés très vite. «Ils ont commencé par brûler le service «caisse». Le disjoncteur a explosé et les gens, pris de panique, se sont mis à crier. Nous avons tout de suite sauté sur la terrasse de la maison d’à côté. C’est là que je me suis blessée aux deux pieds. Nous avons presque tous eu des égratignures partout. Certains ont laissé des portables, des chaussures et des parures dans l’agence. Tout est parti». On parle de plusieurs millions de francs emportés par les assaillants. Finalement, les éléments de la légion de gendarmerie d’intervention (Lgi) sont venus prêter main-forte à leurs collègues de la police. Le calme est ainsi revenu petit à petit. Mais les dégâts étaient déjà nombreux.
 
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22-11-2007 12:34,
 
doyna seuk
MANIFESTATION À DAKAR Même décor de désolation au Marché HLM 5… 
 
 
Article Par SEYDOU KA (STAGIAIRE),  
 
 
Paru le Jeudi 22 Nov 2007 
 
Ayant débuté le matin à Sandaga, la manifestation des marchands ambulants, qui s’est transformée en émeute, s’est poursuivie durant l’après-midi au marché des Hlm 5. Circulation bloquée, jets de pierres, destruction de biens publics…  
Après les événements de la matinée à Sandaga, le mouvement de contestation des marchands ambulants s’est prolongé dans l’après-midi, cette fois-ci, au marché Hlm. Les «casseurs» ont totalement bloqué l’avenue Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké pendant plus de deux heures. Les pneus brûlés dégagent une épaisse fumée qui empêche toute vue. On se croirait en pleine nuit. La foule qui s’agrandit au fil des minutes, est composée non seulement de marchands ambulants de tous âges, mais aussi d’écoliers, de badauds et de simples curieux qui étaient venus assister au spectacle. Ces «Gavroches» des temps modernes, armés de pierres, tirent sur tout ce qui bouge. Tout ce qui symbolise l’Etat, ou qui a rapport avec lui, est particulièrement ciblé. Les arrêts de bus «Dakar Dem Dikk» sont littéralement saccagés. Même les panneaux publicitaires et les lampes subissent la «folie» des manifestants. La police, malgré l’usage de grenades lacrymogènes, semble impuissante face à cette formidable machine humaine à détruire. Rien ne semble pouvoir arrêter cette foule qui gronde. Souvent, ce sont des innocents qui sont pris comme cibles. Comme ce taximan qui s’est trouvé au mauvais endroit et au mauvais moment. Ayant reçu une pierre sur la vitre de son véhicule, il a voulu réagir, mais a très vite subi le courroux de la foule qui l’a malmené. Le sentiment de mécontentement semble être fort. Car même si la plupart des habitants riverains du marché n’ont pas pris part à la «destruction», ils ont manifesté leur mécontentement par rapport au régime en place. Certains estiment que les autorités auraient dû attendre jusqu’après la Tabaski pour déguerpir les marchands ambulants. C’est seulement aux environs de 17 heures, après de multiples renforts, que la police et la gendarmerie ont pu venir à bout du mouvement. Et la circulation a repris. Timidement.
 
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22-11-2007 12:35,
 
c'est pas fini
MANIFESTATION À DAKAR Avenue Faidherbe en Centre ville 
 
 
Article Par Abdoul Magib GAYE (stagiaire),  
 
 
Paru le Jeudi 22 Nov 2007 
 
12h30 sur l’avenue Faidherbe. Aucune circulation, sinon le défilé de quelques rares véhicules composés essentiellement de taxis. Les piétons sont pour la plupart constitués d’élèves. Aux environs de l’institut Sup de Co,le rez-de-chaussée est inondé d’étudiants n’arrivant pas à rentrer chez eux. Magasins , restaurants, la pharmacie Avicenne et même l’agence SGBS Faidherbe, avaient fermé boutique. A hauteur du croisement des avenues Faidherbe et Lamine Guèye, le même spectacle se dessine. Il était 12h52, les choses se calment, mais les forces de l’ordre procédaient de temps à autre à des contrôles. L’avenue était submergée de pierres, de poubelles de la société Véolia éparpillées puis brûlées. Seuls circulaient les véhicules de la police et quelques rares taxis. A hauteur de la pharmacie Gambetta, des forces de l’ordre procédaient à des arrestations de jeunes soupçonnés d’être des manifestants. A 50m à peine, un jeune homme de teint clair qu ils venaient d’arrêter, vêtu d’une chemise carrelée de couleur beige, avait la tête ensanglantée, la chemise couverte de sang, signe de l’atrocité avec laquelle il a été malmené. Tout à coup, on disperse les curieux. Presque toutes les grandes artères avaient connu la même situation : des poubelles éparpillées puis carbonisées, des pneus brûlés, des pierres un peu partout, des marchands ambulants fuyant, des élèves terrorisés cherchant une issue pour sortir du centre ville.
 
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