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La marche contre la vie chère meurt dans l’œuf
 
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ImageUn arrêté préfectoral émis à la toute dernière minute dans l’après-midi d’hier et voilà l’autorisation de marche des centrales syndicales levée contre la volonté de ses initiateurs.

Au comble du dépit, les travailleurs ont voulu forcer le barrage des Forces de l’ordre établi le long de l’Avenue Général de Gaulle. Les heurts n’ont alors pas manqué, les grenades ont tonné et des arrestations ont été opérées. Au finish, la marche des centrales syndicales contre le renchérissement des denrées de consommation courante a avorté dans l’œuf, au grand dam des leaders syndicaux qui ont crié à la « forfaiture et à l’abus de pouvoir ».

Les milliers et les milliers de travailleurs qui avaient répondu favorablement hier, mercredi 21 novembre, sur le Boulevard Général de Gaulle à l’appel à la marche de leurs centrales syndicales ont dû déchanter dés l’entame de la manifestation. Alors qu’ils s’attendaient en effet à un encadrement efficace des Forces de l’ordre et une sécurisation méthodique de leur marche qui avait reçu l’avant-veille l’aval même des autorités préfectorales, les travailleurs réunis sous la coupole du Front unitaire et de l’intersyndicale des centrales se sont vus opposés une mesure d’interdiction de toute dernière minute de la manifestation.

Dépités, les leaders syndicaux regroupés autour de Mademba Sock de l’Unsas, Mamadou Diouf du Csa et autre Cheikh Diop de la Cnts/Fc et auxquels s’étaient joints des responsables politiques comme Ousmane Tanor Dieng du PS et Momar Samb de la RTAS, ont fait fi dans un premier temps de l’interdiction préfectorale. Les travailleurs qui brandissaient diverses pancartes dénonçant le coût cher de la vie au Sénégal, la fiscalité excessive sur les salaires, les licenciements abusifs, la restriction des libertés syndicales ont forcé de fait le barrage des Forces de l’ordre qui voulaient empêcher le démarrage de la marche. L’épreuve de force tourna dans un premier temps à l’avantage des milliers de travailleurs agglutinés sur le Boulevard Général de Gaulle et le cortège put s’ébranler sur plus de trois cents de son itinéraire, avec à la tête de la procession les principaux leaders syndicaux ou politiques présents à la manifestation. De partout retentirent alors les slogans et autres déclamations contre les conditions de vie misérables des populations sénégalaises et des travailleurs en particulier.

Mademba Sock du Front unitaire rudement bousculé

La marche des centrales syndicales ne parvint toutefois pas à dépasser le rond-point du Boulevard Général de Gaulle. Les Forces de l’ordre débordés dans un premier temps reconstituèrent rapidement un second barrage avec des éléments venus expressément en renfort et lourdement armés. Bloqués dans leur progression, les marcheurs se heurtèrent sans ménagement avec les Forces de l’ordre.

Sur le point d’être débordées par les côtés, ces dernières répliquèrent par des jets de gaz lacrymogènes. Et c’était parti pour des courses poursuites à gauche et à droite, des marcheurs molestés et entraînés à l’intérieur du « panier à salade ». Face à la rudesse des policiers du Groupement mobile d’intervention, les marcheurs dont certains étaient déjà en débandade s’engagèrent dans une sorte « d’intifada » furtif. Le climat fort vicieux fit même disperser les journalistes venus assez nombreux pour couvrir la manifestation.

Devant nos yeux, s’écroula alors un cameramen de race blanche, violemment touché à la tête par un projectile et qui parvient heureusement à se relever pour prendre la poudre d’escampette en laissant sur le carreau voire le tarmac de l’Avenue Général de Gaulle son précieux instrument de travail. Même Mademba Sock, le responsable en chef du Front unitaire et secrétaire général de l’Unsas, ne fut épargné par la riposte assez musclée des Forces de l’ordre.

Le leader syndical en tête de la procession des travailleurs fut alors bousculé et rudement ballotté dans le mouvement de foule. Et pendant plus d’une heure de temps, la marche bloquée par les agents de police ne put repartir. Il s’ensuivit un long conciliabule entre Mademba Sock et le commandant responsable des Forces de l’ordre autour de l’autorisation acceptée de la marche par l’autorité de tutelle et la décision de dernière minute de suppression de la manifestation.

Mis devant le fait accompli, les membres du Front unitaire et de l’Intersyndicale des centrales prirent alors acte de la détermination des Forces de police à empêcher le déroulement normal de la marche avant de donner à leurs troupes l’ordre de suspendre la marche. Les marcheurs mirent toutefois plus d’une heure avant de libérer la voie et de permettre à la circulation routière de se redéployer. Le droit à la marche était une fois encore bafoué au Sénégal devant des leaders syndicaux dépités et criant à « la forfaiture et à l’abus de pouvoir » d’autorités engagées dans une restriction sans limites des libertés syndicales.

Moctar DIENG

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22-11-2007 08:20
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22-11-2007 12:30,
 
émeutes à dakar
MERCREDI NOIR A DAKAR Chaude et folle journée à Sandaga et Petersen 
 
 
Article Par HAROUNA FALL,  
 
 
Paru le Jeudi 22 Nov 2007 
 
Mercredi 21 novembre 2007. 10h45mn à Sandaga. Ce marché jadis grouillant de monde à cette heure de la matinée, est presque vide de ses…ambulants. Une file interminable de voitures orne la chaussée. Des pneus et des poubelles de la société Véolia brûlent à chaque coin de rue. Une nuée de fumée s’empare du centre-ville. Des odeurs de brûlures et de gaz lacrymogènes piquent les narines. Mouchoirs collés au nez, les passants et les manifestants se disputent la rue. ça court de partout. C’est l’affolement total. Un sauve-qui-peut.  
Chacun cherche à trouver un abri. Des camions de Gmi font la ronde. Ils débarquent à la va-vite des policiers sur les grandes artères. Armés jusqu’aux dents, ils balancent des gaz lacrymogènes sur les jeunes en furie. Qui se replient. Et à leur tour, munis de pierres, ils poursuivent les Gmi jusqu’à une distance raisonnable pour leur balancer ces projectiles. Partout on entend des coups. Ça tonne et ça explose un peu partout. Au fur et à mesure qu'on s’approche du rond-point Sandaga, la visibilité se réduit. Les boutiques sont fermées. L’avenue Lamine Guèye s’est transformée en un champ de bataille où manifestants et policiers se font face. Par groupes de dix, de vingt, voire de cinquante, les jeunes ambulants défient les policiers. Se sentant en minorité dans certaines zones, les limiers se retranchent derrière leurs voitures. A pied, les policiers avancent armes à la main vers les manifestants, qui disparaissent dans les ruelles de Dakar. Mais c’est pour ressortir ailleurs, comme une nuée d’abeilles. Sur l’avenue Ponty, c’est le même décor. A 12 h 15 minutes, un camion de la police avec à bord une vingtaine de jeunes, attire notre attention. Des marchands ambulants arrêtés sont couchés les uns sur les autres dans le camion. Les habits tachetés de sang. Les Gmi les piétinent. Et ils marchent sur eux, comme s’ils voulaient les écraser.  
 
«Tout est parti de Keur Serigne-Bi» 
 
Un ambulant accroché dans la mêlée explique : «Tout a commencé à Keur Serigne-Bi. On avait décidé d’organiser une marche cet après-midi (Ndlr : hier après-midi), mais les choses sont parties très vite ce matin. Nous avons allumé des pneus pour dénoncer la mesure du chef de l’Etat de nous faire déguerpir. Nous sommes-là depuis une semaine, nous ne savons pas quoi faire». Notre entretien fut interrompu par des explosions de grenades lacrymogènes. Notre interlocuteur se sauve dans une des rues de l’avenue Lamine Guèye. A l’avenue Faidherbe, entre Saprolait et le garage Petersen, de jeunes ambulants renversent des poubelles. Versent de l’essence. Et mettent le feu. Puis c’est la débandade totale. Votre serviteur se retrouve dans un tourbillon de flammes et de fumée. Il est impossible de se frayer un passage. Tout est noir. Ça crie et ça râle : «On veut travailler». «Pa’bii sonnal na ñù» (le vieux nous casse les pieds !). A ce moment, une fourgonnette blanche de la police fonce sur les manifestants. Arrivés au rond-point de Petersen, les Gmi sont attaqués par un autre groupe de jeunes avec des pierres. La voiture freine. Les policiers sautent. Et se lancent à la poursuite des manifestants. Après quelques mètres de course, ils s’arrêtent. Et retournent dans leurs voitures. Entre temps, les ambulants ont disparu dans les rues adjacentes de l’avenue. Aux allées Papa Guèye Fall, la route est barrée. Des pierres et des épaves de voitures bloquent toutes les issues. Les débris de verre jonchent la chaussée. Malgré la fumée et les flammes, nous fonçons vers Petersen. «Hé, bù lèen dem, ga’yi da ñùy tojj sèen auto bi» (Hé, ne partez pas, sinon on va casser votre voiture !). Derrière, entre le rond-point Petersen et le carrefour de l’avenue Faidherbe, des policiers sont à nouveau pris au piège. Des ambulants surgissent derrière eux avec des pierres. 
 
«Nous réclamons la tête de Wade et celle de son fils Karim» 
 
C’est à nouveau la confusion totale. Nous empruntons les allées Papa Guèye Fall. Mais les manifestants nous somment de retourner. Sinon notre voiture sera attaquée. Pris entre deux feux, nous continuons notre chemin. Des manifestants commencent à nous balancer des pierres. Nous n’avons pas le choix, il fallait descendre de la voiture, brandir nos cartes et une feuille blanche pour ramener les jeunes à la raison. «C’est la presse !», «C’est l’Obs !» « Il faut enlever le barrage ». Entend-on dans la foule. Mais d’autres, complètement enragés,l’insulte à la bouche, visiblement très remontés contre le régime en place crient :« On s’en fout, Ils sont tous pareils ! Il faut tout casser ! ».. Arrivés à hauteur des manifestants, nous sommes assaillis par des manifestants. Nous sommes obligés de descendre. «Nous réclamons la tête de Karim Wade ! » «100 sénateurs, c’est excessif ! Nous ne sommes pas des bandits ! Nous voulons travailler ! Nous sommes contre la décision de Wade ! Qu’il parte !». Le ton monte. Des coups de pied sur la voiture. Il nous a fallu beaucoup de tact pour nous tirer des griffes des manifestants. Nous descendons vers la Médina. Il est 13 h 30 minutes. Même décor. Même ambiance à l’avenue Blaise Diagne. Des pneus brûlés. Les routes barrées. Des fourgonnettes de policiers armés jusqu’aux dents font la ronde…
 
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