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Grioo.com est allé à la rencontre d'Ibrahima Kobar , actuaire et ancien trader, qui dirige la gestion obligataire chez Natixis Asset Management Par Paul Yange
Êtes vous originaire du continent africain et y avez-vous vécu ?
Je suis originaire du Sénégal j'ai vécu dans mon pays d'origine seulement cinq ans.
Quel cursus scolaire avez-vous suivi ?
Je suis revenu au Sénégal à l'âge de treize ans pour entrer au collège en quatrième. En terminale j'ai obtenu un baccalauréat scientifique "C" et ensuite je suis parti pour Toulouse où j'ai poursuivi mes études supérieures. J'ai fait des études de mathématiques à la Fac, puis je suis rentré sur titre dans une école d'actuariat à Paris.
Qu'est ce qui vous a poussé à suivre une formation d'actuaire ?
A l'origine je ne connaissais pas l'actuariat avant de venir faire mes études en France. Je pensais plutôt faire des études commerciales, mais c'est par le biais des statistiques que j'ai découvert l'actuariat qui débouchait sur des métiers de l'assurance, mais également sur des métiers de la finance.
Comment êtes vous entré dans le secteur de la finance ?
Pendant mes études j'ai fait un certain nombre de stages, d'abord dans l'industrie. Puis pour faire un diplôme de statistiques j'ai été amené à travailler aux études économiques d'une banque, mais je devais plutôt analyser des données. Je ne me voyais pas passer ma carrière dans les bureaux d'études. En ayant fini parallèlement l'actuariat j'ai eu l'opportunité de rentrer à la Midland Bank qui a été rachetée par HSBC en 1992.
J'y suis rentré en tant que trader sur les marchés dérivés, futures et options. Sur ce qu'on appelait le Matif, c'était à la fin des années 80. Une opportunité m'a fait évoluer vers une fonction de gérant de portefeuilles dans la même banque en 1991. J'y suis resté jusqu'en juillet 94; Ce qui s'appelait à l'époque la CDC (filiale gestion) m'a recruté pour devenir gérant de portefeuilles dans le pôle assurance. Ce qui était un job assez intéressant puisque je pouvais utiliser mes connaissances théoriques en assurance tout en continuant à travailler sur les marchés financiers.
Depuis 1994 je suis dans la même entreprise qui a changé plusieurs fois de nom, je suis passé de gérant de portefeuilles au poste que j'occupe actuellement, à savoir directeur de la gestion Obligataire.
Quelles sont vos responsabilités au poste que vous occupez aujourd’hui ?
Je suis en charge de l'ensemble de la gestion de taux d'intérêt (obligations, crédits), avec des équipes constituées d'environ 80 personnes, des équipes de gérant de portefeuilles, d'analystes, d'ingénieurs quantitatifs, de fonction support (informaticiens etc)
En ce qui concerne les gérants, ils ont sous leur responsabilité un nombre important de portefeuilles et d'actifs du département (200 milliards d'euros répartis sur une trentaine de gérants). Ils sont chargés de placer les montants qui nous sont confiés par des investisseurs institutionnels, des corporate (banques, asset managers, différents types d'investisseurs). Nous les plaçons sur les marchés de taux et nous avons mis en place un certain nombre de processus de gestion qui doivent être respectés par les gérants. Ils peuvent aussi via ces processus exprimer tout leur talent et leurs connaissances. Tout cela est très structuré; Un gérant responsable de son portefeuille s'appuie sur un certain nombre d'acteurs pour prendre ses décisions : sur des stratégistes ou des ingénieurs financiers au sein du département, ou alors des ressources extérieures comme des économistes, des analystes financiers, les autres gestions telles que la gestion actions etc. C'est un processus très précis qui conduit à la prise de décision, c'est à dire des placements sur différents supports. Ces supports peuvent être des obligations émises par différents Etats, le secteur privé (banques, industries, obligations sécurisées etc)
Nous devons rendre compte aux clients de la performance des portefeuilles, soit en comparant avec des benchmarks (certains indices de référence), soit en jugeant la performance absolue du portefeuille. Tout cela se déroule dans le cadre d'un contrôle des risques assez rigoureux qui vérifie que tout se fait selon des règles prédéterminées.
En tant que patron opérant sur les marchés financiers, comment voyez-vous la situation actuelle où les banquiers sont pointés du doigt et désignés comme responsables de la crise actuelle ? Comment expliquez-vous le décalage entre la perception que l'opinion a de vos métiers alors que vous travaillez selon des processus qui à priori sont assez rigoureux ?
La question est intéressante. Aujourd'hui les banquiers sont pointés du doigt et ils ont une part de responsabilité. Il faut cependant distinguer deux choses dans le métier. Je suis dans la gestion d'actifs pour compte de tiers. A la différence de ce que je faisais au début de ma carrière où j'opérais comme trader pour compte propre, c'est à dire que je gérais l'argent de la banque.
Aujourd'hui, l'argent déposé par le petit épargnant à la caisse d'épargne, à la poste, dans son contrat d'assurances vie, va être géré dans un cadre déterminé. Si on prend l'exemple de Jérôme Kerviel, lui en tant que trader était là pour prendre des risques, qui sont sensés être contrôlés, pour gagner de l'argent pour le compte de la banque. Les circuits de contrôle dans ce cas là n'ont pas fonctionné.
Au départ de la crise en juillet 2007, quand les subprimes ont explosé, ce qu'on peut reprocher aux banquiers c'est d'avoir utilisé toute leur technologie d'ingénierie financière pour faire des montages structurés extrêmement complexes qui permettaient en prêtant de l'argent à des personnes non solvables de titriser les crédits, c'est à dire de les transformer en actifs financiers, de les vendre à d'autres investisseurs auxquels étaient promis des rendements très intéressants sur la base d'une notation positive, d'un label, donné par des agences de rating.
Les banques qui structurent les produits, labelisés par les agences de rating qui disent "c'est sans risques", ou "il y a très peu de risques", tout cela a marché pendant des années, mais ces acteurs n'avaient pas fait l'hypothèse qu'en cas de crise, le marché de l'immobilier arrêterait de monter. C'est de l'absence de sagesse car comme on dit "les arbres ne montent pas au ciel". Voilà un exemple d'abus où les banques qui ont structuré ces produits se sont largement enrichies en les vendant. Elles ont aussi commis des erreurs car elles se sont certes enrichies, mais ont pris dans leurs bilans un certain nombre de positions. Quand la crise a éclaté et qu'il a fallu jouer à la "vérité des prix", les actifs se sont dépréciés.
Dans la gestion d'actifs, il y a eu un certain nombre d'erreurs qui ont été commises, mais pour moi ce n'est pas du tout comparable. On est censé, lorsqu'on gère l'argent qui nous est confié, respecter un processus prédéfini.
Bien évidemment on ne va pas gagner à tous les coups. La seule façon de gagner à tous les coups c'est de ne pas prendre de risque. Le rendement aujourd'hui sur le livret A est à moins de 2% mais là il n'y a aucun risque puisque le taux est garanti. Quand on veut avoir des rendements plus importants, il faut aller sur les marchés actions, les Hedge Fund etc. Là il y a eu des problèmes de fraudes connus avec le cas Madoff. Le sujet peut faire l'objet d'un long débat, mais je tenais à faire la distinction entre la gestion pour compte propre et la gestion pour compte de tiers.
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