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Le système éducatif sénégalais se caractérise par son faible taux d’enseignantes, plus particulièrement dans les zones rurales. Un sérieux problème qui touche particulièrement le genre féminin, alors que les femmes constituent un peu plus de la majorité de la population du pays.
L’enseignement serait-il une fonction essentiellement masculine ? Sinon, que faire pour renverser cette tendance, qui a certainement un impact sur l’atteinte ou non des Objectifs de l’EPT ?
Le système éducatif sénégalais manque d’enseignantes. Selon les statistiques fournies par le ministère de l’Education, le taux de féminisation du corps enseignant dans l’élémentaire est de 25 %.
Un compteur qui jure d’avec l’existant en la matière en Afrique subsaharienne. Car, d’après le Rapport mondial de suivi de l’EPT 2007, publié par l’Unesco, « dans la plupart des pays (ndlr, l’Afrique subsaharienne, la majorité des enseignants du primaire sont des femmes ». La situation aurait évolué si l’on se fie à l’étude menée à ce propos par l’Unesco portant sur la décennie 1990 et 2000, établissant que « l’Afrique subsaharienne affiche le plus grand nombre de pays où les femmes représentent moins de 50 % de l’ensemble du corps enseignant ». Le pourcentage de femmes varie toujours considérablement d’une région du monde à l’autre, le Sénégal fait encore partie des pays où le taux de féminisation du corps enseignants est très faible.
Le déséquilibre dans le genre en matière d’enseignant touchent aussi bien le secteur public que privé, même si celui-ci concentre plus de femmes. « Elles y constituent 29 % du corps », indique dans le rapport publié en Octobre 2005 par la Direction de la planification et de la réforme de l’éducation (Dpre) sur « La situation des indicateurs de l’éducation : 2000-2005 ». Les données montrent en outre un écart criant entre les circonscriptions académiques correspondant aux onze régions du pays.
Concentration au centre
Les enseignantes sont concentrées davantage dans les régions de Dakar, Saint-Louis et Thiès. Beaucoup plus urbanisées que les autres et ces localités attirent davantage les enseignantes. Expliquant le phénomène, les statisticiens indiquent que « la fonction administrative » de ces centres urbains fait d’eux des « niches de fonctionnaires et de rapprochement de conjoint souvent demandé par ces derniers. Ce qui contribue au regroupement des enseignantes dans les villes ». En effet, le tableau de la répartition montre que Dakar compte, en 2005, 40 % de femmes dans le public et 36 % dans le privé, soit une moyenne de 36 %, Saint-Louis 29 % dans le public et 43 % dans le privé, Thiès 27 % dans le public et autant dans le privé. A l’opposé, la région de Kolda compte en moyenne de 13 %, Ziguinchor (16 %), Tambacounda (17 %) et Matam (19 %). Cela reflète tout bonnement les disparités entre zone urbaine et milieu rural. Et, ce n’est pas un hasard.
Selon une étude menée par l’Organisation internationale du travail (OIT) sur « Les femmes dans les filières techniques et professionnelles », « la seule région de Dakar concentre 40 % des établissements scolaires et 75 % des effectifs nationaux ». Et, cette région concentre la majorité des femmes enseignantes qui « n’aiment pas travailler en milieu rural ». Le rapport de suivi Ept 2007 en donne les raison : « il est plus difficile de travailler en milieu rural que d’enseigner dans une école urbaine ». Les obstacles sont davantage ressentis par les femmes.
La disparité entre enseignantes et enseignants encore plus criante le moyen secondaire. A en croire Mbaye Alexandre Diop, directeur par intérim de l’Enseignement moyen secondaire général (Demsg), le nombre de femmes dans le sous-secteur est très réduit. Un doux euphémisme pour dire qu’elles comptent pour quantité insignifiante. « Par exemple, les femmes ne représentent que 1 % du corps enseignant dans la région de Tambacounda (Sud-Est du pays) ». Mais, la situation ferait sourire si ce n’est qu’elle est préoccupante quand M. Diop révèle que dans « tous les collèges de proximité de la région, il n’y a qu’une seule femme professeur de mathématiques à Fongolombi (dans la région de Tambacounda, environ 700 km de Dakar) ».
Pour Jay Smith, chargé d’Affaires à l’ambassade des Etats-Unis et dont l’organisme de financement, l’Usaid, est l’un des bailleurs très actif dans la construction de salles de classe notamment de collèges de proximité en zone rurale, « seuls 10 % des enseignants sont des femmes ». L’Usaid intervient dans les régions de Tambacounda, Kolda, Fatick et Ziguinchor.
M. Jay est d’avis qu’il y a « un problème d’équité ». Outre que le genre féminin est sous représentés dans le corps enseignants, les effectifs de femmes sont inégaux suivant le cycle. Le Demsg par intérim souligne que l’élémentaire regroupe un nombre élevé d’enseignantes. Il fait constater que « plus le niveau d’enseignement est élevé, plus il exige des compétences spécialisées et moins il y a d’enseignantes ». A ce niveau, le Sénégal connaît relativement la même situation que beaucoup de la sous-région et d’autres parties du monde. « Aux niveaux d’enseignement plus élevés, la part des femmes dans l’effectif des enseignants est nettement inférieure, particulièrement dans le supérieur ». Et aux niveaux de l’enseignement supérieur, les femmes représentent « environ 15 % » effectifs enseignants, à en croire le Abdoul Karim Ndoye, directeur de l’enseignement et de la réforme à l’Ucad (Université Cheikh Anta Diop de Dakar).
Faible taux de directrices
En plus du fait qu’elles ne sont pas nombreuses, les femmes enseignantes n’occupent « presque pas de femmes aux postes de responsabilité et de décision », lit-on dans le document de l’OIT. En effet, avec leur faible nombre dans le système, les femmes occupent peu de postes de responsabilité. D’après les statisticiens de la Dpre, les postes de direction, dans les écoles publiques, sont dans leur très grande majorité détenus par les hommes. « Au niveau national, pour un poste de direction tenu par une femme, correspondent 22,6 postes de direction qui sont entre les mains des hommes », lit-on dans le document. C’est à Kolda que les femmes sont les moins bien représentées avec « 153 directeurs d’école pour une directrice ». A l’opposé, soulignent les statisticiens, dans les régions de Louga et de Dakar, « la situation est moins déséquilibrée avec un rapport d’environ 8 pour 1 ». Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le rapport de masculinité concernant la direction est de 153,4 à Kolda, 68,7 à Fatick, 59,6 à Ziguinchor, 52 à Tambacounda, 32,9 à Thiès, 32,6 à Kaolack, 31 à Matam, 25,3 à Diourbel, 14,7 à Saint-Louis. La féminisation du personnel de direction selon le type de poste de responsabilité donne 5 % pour le directeur déchargé sur un total de 573, 3 % pour le directeur sur 2970 et 6 % pour le chargé d’école sur 1750.
Par Académie, l’écart est plus que criant. Les Académies de Fatick et de Kolda ne comptent aucune directrice (0 %), Matam et Ziguinchor en dénombre 1 %. Elles sont suivies de Thiès et Tambacounda (2 %), Diourbel (3 %), Kaolack (4 %), Saint-Louis (5 %), Louga (8 %) et Dakar (13 %). Des statistiques confirmées par l’inspectrice d’Académie de Fatick, Absatou Diallo. « Il n’existe aucun poste de responsabilité détenu par les femmes sur les 218 directeurs de l’élémentaire dans les 650 écoles et les 65 établissements du moyen secondaire de Fatick », confie-t-elle. Pourtant, « à grade égal, si la femme postule, elle gagne le poste », indique le Demsg par intérim. Or, d’après les statistiques contenues dans l’ « Annuaire statistique national 2005-2006 » de la Dpre, dans l’élémentaire, « le Sénégal compte « 4.498 directeurs dont 3671 en zone rurale et 827 en milieu urbain ; 1.297 chargés d’école dont 1.198 en milieu rural contre 99 en zone urbaine ».
L’élémentaire compte, si l’on se fie à la même source documentaire, 109 titulaires de Maîtrise, 307 de Licence, 28 de Deug ou BST et 13.999 de Baccalauréat, 10.278 sont titulaires de CAP, 7.336 de CEAP. Quant au moyen secondaire, il en dénombre 24 titulaires de Doctorat, 28 de DEA, 1.560 de Maîtrise, 3.070 de Licence, 993 de Deug/BTS et 3.522 de Baccalauréat, 32 sont détenteurs de CAPES, 1045 de CAES, 2622 de CAEM, 449 de CAECEM et 358 de CAP. Parmi ces diplômés, « il y a sans nul doute plusieurs femmes qui, pour des raisons qui leur sont propres, postulent rarement à des postes de direction », analyse le Demsg par intérim.
Sélection insidieuse
En revanche, seule la gestion des structures de développement de la Petite enfance est marquée par une forte présence des femmes. « Au niveau national, elles représentant 83,5 %. Elles sont 70,9 % dans le public contre 89,1 % dans le privé et 75,4 % au niveau communautaire ». Quant au poste de direction, « pour 2 postes de direction tenus par des hommes, correspondant 3 tenus par les femmes », lit-on dans le rapport sur la « Situation des indicateurs de l’éducation 2000-2005 » de la Dpre. La situation est cependant variable selon les régions. « Dans 5 régions, la situation est en faveur des femmes. Par exemple, à Thiès, sur 11 postes de direction, seuls 3 sont tenus par les hommes. Mais le rapport reste favorable aux hommes dans 4 régions. A Tambacounda, les femmes sont moins représentées aux postes de direction avec 1 poste pour 5,5 pour les hommes, alors qu’à Louga, elles n’en détiennent aucun ». C’est à croire comme le note les experts du rapport mondial de suivi de l’Ept cité en référence « l’enseignement est essentiellement une fonction masculine ».
Outre la question de la scolarisation des filles, d’autres facteurs expliquent le phénomène. De l’avis de Mbaye Alexandre Diop, le cliché culturel (le porteur de savoir étant généralement l’homme avec la masculinisation du métier) peut être « source de blocage ». A cela s’ajoute l’insécurité et la violence qui gagne du terrain dans l’école. A en croire les enquêteurs de l’étude menée par l’Organisation internationale du travail (OIT), l’absence des femmes et par ricochet le nombre restreint d’enseignantes s’explique par la faiblesse de la scolarisation des filles, le grand taux d’échec à leur niveau, « obligées d’abandonner en raison des mariages précoces », les frais de scolarité élevés, les barrières discriminatoires « acceptées » qui confinent la femme dans le rôle d’épouse et de mère. Ce que les enquêteurs ont nommé « une sélection insidieuse ». Par ailleurs, on préfère recruter les hommes, moins souvent absents et plus ponctuels que les femmes. « En effet, les femmes sont parfois obligées de s’absenter, en cas de grossesses ou de maladie de leur enfant », révèle l’étude.
A tout cela s’ajoutent d’autres raisons, poursuit l’étude. Notamment la lourdeur des horaires d’enseignement pour les femmes ayant déjà des responsabilités familiales, l’isolement des lieux de travail, la modicité des salaires dans la fonction publique par rapport au privé, la suppression de l’internat qui rend encore difficile l’accès des filles au secondaire. Un phénomène auquel fait déjà obstacle les coutumes, la religion et la situation économique. En effet, « il est démontré que les filles dont les parents ont des difficultés économiques doivent écourter leur scolarité », note l’étude.
Mesures incitatives
De l’avis de l’IA de Fatick, la situation des femmes dans le système est la conséquence directe du faible taux de scolarisation des filles dans les années précédentes. D’où la nécessité, selon Mbaye Alexandre Diop, de mettre l’accent sur le maintien des filles à l’école. Car, soutient Jay Smith, « l’amélioration de la situation des femmes contribuera à la bonne gouvernance du système éducatif et motiver les filles à poursuivre les études ». Et pour l’OIT, tout se joue dès l’éducation de base. « Il faut mettre en œuvre une politique de scolarisation et d’éducation sexuelle des filles, de façon à les aider à terminer leur formation et à diminuer le nombre de mariages et de maternité précoces », révèle le document.
En outre, il est important selon des études de réaliser, au-delà du fait que les enseignants sont une force majeure pour atteindre les objectifs EPT 2015, que « les enseignantes ont un impact positif sur l’inscription des filles à l’école ». L’Unesco indique que « les raisons de ce phénomène sont nombreuses : des parents dans les communautés conservatrices peuvent empêcher leurs filles d’être éduquées par un enseignant ; les enseignantes peuvent agir comme supportrices des filles en représentant leurs points de vue et leurs besoins, promouvoir un enseignement plus adapté aux filles et leur offrir de nouveaux modèles différents ».
Il est vrai que mesures incitatives sont prises pour valoriser la fonction enseignante dans l’ensemble, et encourager les postes en zones rurales. Mais elles seraient isolées et sans effets majeurs si les pouvoirs publics pas davantage des mesures de discrimination positive pour encourager les femmes à embrasser la fonction enseignantes.
Dossier realise par daouda mane et mamadou lamine badji
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