| VIDEO : Conférence à Paris de Abdou Latif Coulibaly : l’Assemblée nationale, un repaire de Toto |
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| 26-11-2008 | ||||||
Le journaliste Abdou Latif Coulibaly était l’invité du Comité France des Assises nationales, dimanche dernier. Au cours d’une conférence tenue à la Bourse du travail de Saint-Denis, il a abordé des thèmes tournant autour des institutions, de la citoyenneté, de l’éthique et de la responsabilité en politique au Sénégal. Et c’est pour énumérer un chapelet de tares qui caractérisent le régime actuel. Il a, notamment, levé le voile sur une enquête qu’il est en train de finaliser, enquête qui révèle que «77% des députés ne sont pas préparés à faire un travail législatif». Nous livrons ci-dessous des extraits de cette conférence.
INSITITUTIONS SANS SUBSTANCE «Finalement, on est en droit de se demander si on a, au Sénégal, un Etat de droit ou un Etat des hommes. Les Américains ont l’habitude de dire : «Nous préférons un Etat de droit à un Etat des hommes (…)» Si nous regardons aujourd’hui la pratique qui est faite de l’exercice du pouvoir présidentiel, elle est, en partie, dans ses aspects les plus extrêmes du point de vue de la personnalisation, de la patrimonialisation de l’Etat. Mais, on ne peut pas dire que ça a commencé maintenant. L’avantage des Assises nationales et l’expérience de tous les Sénégalais aujourd’hui, c’est de dire : enfin, travaillons pour que, dans le futur, dans un avenir plus au moins proche, on n’ait plus un Etat où un homme qui décide de la vie de onze millions de Sénégalais, comme cela lui plait. «Aujourd’hui, (si) j’ai envie de renvoyer mon gouvernement, je le renvoie. J’ai envie d’envoyer un Premier ministre, je le fais. J’ai envie de réformer les institutions, de reporter les élections, je le fais.» Il y a aujourd’hui un constat qui est fait : la pratique du pouvoir d’Etat au Sénégal a fait en sorte que toutes les institutions ont été vidées de leur substance et de leur signification profonde ; par rapport d’abord à la gestion de la citoyenneté, à la gestion de l’administration et surtout par rapport à la gestion, de manière générale, de la République. Voilà à quoi nous avons assisté durant cette période 2000-2008. En fait, on peut même se demander si les institutions existent au Sénégal. Si elles existent, elles n’existent que de nom, malheureusement. Il y a un homme (le Président Wade : Ndlr) autour de qui se structure, se fait, se défait tout ce qui est entrepris au Sénégal. Evidemment, on a toujours dit que le président de la République est la clé de voûte, mais nous en avons une lecture, une compréhension désastreuse qui fait qu’un homme, en l’occurrence le président de la République, dispose d’un droit de mort et d’un droit de vie sur tous les Sénégalais, sur tous les fonctionnaires.»
UNE ASSEMBLEE DEVIEE DE SA VOCATION Sur la simple consultation des Cv (Curriculum vitae) qui ont été publiés, on arrive à faire ce constat lamentable, sans compter que la plupart de ces Cv sont faux. 13% des députés ont, eux, un niveau universitaire confirmé. 30% sont à peine lettrés. Ça fait 77% des députés qui sont bons pour rien. Ils ne sont pas préparés à faire un travail législatif ; ils ne comprennent même pas la langue dans laquelle les projets de loi sont rédigés. Est-ce qu’ils peuvent faire un travail responsable ? Au-delà du phénomène majoritaire, il reste que notre Assemblée nationale est incompétente pour faire le travail pour lequel elle a été élue. J’ai suivi récemment les péripéties du renvoi du président de l’Assemblée nationale. Plus d’une trentaine de députés ont pris la parole pour dire : «Moi, je suis un député de Abdoulaye Wade.» Ça traduit simplement la mentalité des gens.»
UNE FORTE POLITISATION DE L’INStITUTION PARLEMENTAIRE
UN JUDICIAIRE SOUS LA COUPE DE L’EXECUTIF Si le juge d’instruction, qui avait le dossier concernant le massacre dont a été victime Talla Sylla, avait pris et mis en prison tous les responsables qui étaient à la base, on n’aurait pas ce que Farba Senghor a ordonné, le massacre des journaux (Il s’agit des journaux L’As et 24 Heures Chrono et le dossier est toujours en procédure judiciaire : Ndlr).»
LA TRAITRISE BANALISEE
UNE PRESSE TROP «FAITS-DIVERSIERE» Je disais, dans le cadre des Assises, que l’un des challenges les plus fondamentaux, c’est de faire en sorte que, dans nos Etats, on organise un marché des médias susceptible d’alimenter des titres majeurs qui perdurent, durent et rémunèrent confortablement les gens qui y sont. Je vous donne un exemple : en 1991, on a reçu un jeune garçon titulaire d’une maîtrise d’Histoire et qui sortait d’une école de journalisme. Le jour où il a fait son premier papier -j’étais son responsable direct- mon patron est venu me demander si j’avais vu le papier. Je lui ai dit : «Oui.» C’est quelqu’un de très dur sur l’homme, quand il le forme. Il dit : «Celui-là ce n’est pas la peine de le garder, il faut qu’on s’en débarrasse, parce que même son français est boiteux.» Le garçon, quand il est arrivé, était intimidé. J’ai dit non à mon patron. On a gardé le jeune homme ; au bout de trois mois, il est devenu l’un de nos journalistes les plus performants, parce qu’il a la base. Un jour, une banque lui a proposé un salaire de 750 000 Cfa (par mois), on lui payait 300 000. Il est naturellement parti. Donc si vous ne pouvez pas garder les gens que vous avez formés, la presse publique ou même l’Etat fait du brigandage. Ils viennent dans la rédaction, ils prennent les journalistes et ils s’en vont. Finalement, tous ceux qui arrivent sont des nouveaux. On n’a jamais le temps de pérenniser une masse critique de journalistes capables d’avoir des perspectives et du recul par rapport aux faits.» Par Thierno DIALLO Correspondant permanent en France du Quotidien
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