| Ces journalistes qui écrivent… |
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| 25-10-2007 | ||||||
![]() Latif Coulibaly
C’est un phénomène partout ailleurs devenu naturel. Les journalistes, qu’ils soient de presse écrite ou audiovisuelle, sont nombreux à produire à côté de leur travail rédactionnel des ouvrages souvent appréciés du public. En Afrique, le passage du journalisme à l’édition ne va pas de soi, et il faut d’abord en chercher la cause dans la faiblesse de ce secteur. Le lectorat des livres restant réduit, les maisons d’édition publient peu, et dans le nombre la littérature ou le livre scolaire sont dominants. D’autre part il n’existe pas en Afrique francophone une tradition d’investigation, qui pourrait trouver à se développer dans le cadre d’ouvrages. Les journalistes, enfin, n’ont pas tous le goût de publier, et ils sont confrontés à une loi intangible : on produit d’abord pour assurer le quotidien. Au nom de la littérature… Le roman, justement. Il semble qu’il y ait là une tentation permanente chez nos confrères. La fiction offre en effet au journaliste d’autres outils d’exploration des mœurs actuelles, et pour les amoureux de littérature elle détient en outre ce que l’écriture journalistique n’offre pas : la saveur des mots, des personnages, la symbolique des situations et… le rêve. L’Ivoirien Diegou Bailly (ancien directeur du quotidien Le Jour) est l’un de ceux qui ont exploré divers genres. Ses écrits vont de l’essai politique au roman (Secret d’Etat, en 1985, La traversée du guerrier, en 2004), voire au théâtre (la pièce Monoko-Zohi a été mise en scène à Abidjan en novembre 2004), ces fictions restant très proches de la réalité socioculturelle et des sujets du moment. Auteur d’un court essai (consacré à la presse), ancien directeur du Soleil de Dakar, El Hadj Hamidou Kassé est resté fidèle, parallèlement à ses activités de journaliste, à la littérature, qu’il a parcourue avec déjà trois romans : publiées en 2003, Les Nuits de Salame proposaient une déambulation romanesque à la forme très libre, mêlant poésie et réflexion philosophique, sur fond d’intrigue politique (on y retrouve d’ailleurs un écho de l’affaire Babacar Seye). Tour à tour cru et cynique ou d’un sentimentalisme très lyrique, ce roman à l’écriture vive nous éloigne de l’idée convenue du journaliste-auteur, dont la dimension naturelle serait à chercher du côté d’un certain réalisme social. On est ici en littérature, et la remarque vaut également pour un autre journaliste réputé, l’Ivoirien Ibrahim Sy Savané, qui avec son roman Au rythme lent de la vie, s’attache avec sensibilité à l’histoire d’une jeune femme ballottée entre événements politiques (l’histoire se déroule en Guinée sous Sékou Touré) et drame amoureux, au fil d’une forme d’initiation qui doit mener à la paix intérieure, avec le secours de la religion. L’ancien directeur de Fraternité Matin, devenu un expert recherché sur les questions de presse et des nouvelles technologies de l’information, y dévoile son goût pour une écriture classique, dépouillée et juste, et pour l’exploration par la littérature d’itinéraires de vie, eux mêmes porteurs de sens. Autre Ivoirien, lui aussi journaliste connu, Venance Konan a été rédacteur en chef d’Ivoir’Soir et travaille toujours au quotidien Fraternité Matin. Il signait en 2003 un premier roman, Les Prisonniers de la haine, proposant une image chaotique de l’Afrique (le lecteur était entraîné dans un Libéria livré à la haine), avec les ingrédients habituels de l’amour improbable et du héros journaliste qui jette un regard inquiétant sur les mentalités et les forces de destruction de sa société. Venance Konan, qui après avoir défendu les vertus de l’ivoirité sous le président Bédié, reconnaît aujourd’hui s’être trompé et appelle ses compatriotes à combattre l’intolérance et les démons de l’exclusion, vient de livrer dans un style alerte un très efficace recueil de nouvelles (Robert et les Catapila). Ce sont de courtes histoires où l’on assiste (dans la nouvelle qui donne son titre au livre) à l’installation discrète d’étrangers dans un village où, à force de labeur, ils deviendront prospères et indispensables, quitte à se voir rejeter à la première friction… (mais), est-il conclu, « nous avons compris, les Catapila et nous, que nous ne pouvions plus nous passer les uns des autres. » La fable est limpide, les autres histoires du livre de même, se présentant comme des récits inspirés par les problèmes de l’heure : conflits fonciers, funérailles à risques ou politique du « ventre ». Thierry Perret
Les ouvrages cités :
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