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14 ans après sa disparition Les Sénégalais se souviennent de Boubacar Obèye Diop, moi aussi Votre email
04-12-2009
ImageDans des articles repris par des journaux sénégalais en fin de semaine dernière et au début de la semaine en cours, l'Agence de presse sénégalaise (APS) a ravivé la mémoire de feu Boubacar Obèye Diop, homme politique et journaliste sénégalais, décédé le 27 novembre 1995, des suites d'une maladie à Paris où il s'était retiré auprès de ses amis socialistes français, après une vie publique bien remplie au service de son pays natal, voire de l'Afrique. Rapportant des extraits de l'oraison funèbre prononcée à l'époque par Bara Diouf, ancien Directeur Général du quotidien dakarois Le Soleil et l'un des plus grands éditorialistes que la terre africaine ait jamais portés, l'Agence écrit : " La simple équité nous recommande de considérer Obèye comme la plus belle intelligence sénégalaise de cette fin de siècle dans l'ordre de l'intellect et de la faculté de saisir la pensée et de maîtriser le verbe ".  

Bara Diouf de poursuivre : " Obèye  Diop étonnait par sa logique implacable, ses références, sa vaste culture et le souffle lyrique et passionné qui fait vibrer ses interventions " déplorant qu'il " n'ait pas fait des études poussées comme Senghor. Il était exigeant sur les devoirs du socialisme démocratique et la fermeté qu'impliquait la lutte contre les forces de la réaction et du capital. C'était un homme de conviction, généreux et éloquent, humble, patriote et proche des pauvres, cultivant le culte de l'amitié et celui de l'efficacité ".

 

Ancien vice-président de l'Assemblée nationale et ancien ministre, André Guillabert a écrit ces lignes dans Le Soleil : " J'ai connu Obèye Diop de longues années. Je me souviens du Congrès de Rufisque (du Bloc démocratique sénégalais qui deviendra plus tard l'Union progressiste sénégalaise puis le parti socialiste). " C'était en 1959 quand, jeune inconnu, il avait fait une déclaration extrêmement brillante. C'est là qu'il s'est révélé au personnel politique sénégalais. Depuis ce jour, il n'a cessé de jouer un rôle de plus en plus important sur le plan politique. Nous garderons de lui un souvenir ému ".

 

L'écrivain (L'Aventure ambig??e) et ex-ministre Cheikh Hamidou Kane s'est appesanti, lui, sur " le journaliste de talent. J'étais élève, puis étudiant alors qu'il était un journaliste de talent. C'était un homme dont j'ai apprécié la générosité, l'intelligence aigue, le talent. Il avait une plume alerte ".

Autre ancien ministre, Joseph Mathiam a, lui aussi, exalté " la brillante intelligence, l'ouverture d'esprit et la profondeur des analyses " de Obèye.

 

Pour sa part, le philosophe, écrivain, journaliste, Babacar Sine, une fine intelligence qui vient de s'éteindre à son tour, a écrit ceci : " C'était un homme généreux, très intelligent, surtout très engagé. Un grand démocrate. C'est une valeur politique que le Sénégal a perdue dans la mort de Obèye Diop ".

 

Il n'est pas donné à tout homme de survivre quatorze ans après sa disparition dans la mémoire de ses congénères. Si Boubacar Obèye Diop jouit de ce privilège rare, c'est parce que, à sa manière, il fut un personnage au parcours remarquable. " La brillante intelligence " saluée par ses anciens compagnons dans le sérail politique s'est manifestée, dès l'enfance, lorsque le devoir de français de Boubacar Obèye Diop au Certificat d'études primaires élémentaires fut exposé au palais du Gouverneur (l'actuel palais présidentiel de Dakar). Plus tard, il accomplira de brillantes études en droit, puis en journalisme en France. Son parchemin en poche, il fait ses premiers pas dans " La Condition Humaine " créée par Léopold Sédar Senghor, premier Noir Agrégé de grammaire française. C'était en 1947 et Obèye avait 25 ans (il était né le 4 janvier 1922, à Bambey, dans le Baol. Puis il sera Rédacteur en chef de '' L'AOF '' Directeur de " Afrique en marche ".

 

Pour ce qui me concerne, j'ai approché, connu, pratiqué et apprécié l'homme lorsqu'il dirigeait " L'Ouest Africain " un hebdomadaire qu'il avait fondé dans les années 70 après une vie politique intense qui l'avait vu devenir conseiller régional (avec le destin exceptionnel de partager ce statut avec son père et de siéger dans la même salle que lui !) conseiller territorial (de 1946 à 1952) Secrétaire du Bureau de l'Administration territoriale, délégué à la Propagande de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) - l'ancêtre de l'actuel Parti socialiste en France - sous Guy Mollet, Secrétaire général de la Fédération Sénégal-Mauritanie de la SFIO, Secrétaire général du Parti sénégalais d'action sociale (PSAS) de Lamine Guèye en 1956, membre de la Commission exécutive du Bloc Populaire sénégalais (BPS) en 1957, Sous-Secrétaire d'Etat au Commerce et à l'Industrie, membre du Conseil du gouvernement du Sénégal sous Guy Mollet, Secrétaire d'Etat à l'enseignement technique et à la formation professionnelle de 1959 à 1960, ministre de l'Agriculture, puis ministre de l'Information, de la radiodiffusion et de la presse du 12 mars au 12 novembre 1962. Date à laquelle il a été sacrifié sur l'autel de la cohabitation en dents de scie entre le Président Senghor, qui n'aimait pas cet agitateur d'idées plein d'allant et de charisme et Mamadou Dia, qui présidait le Conseil du gouvernement.

 

En lançant " L'Ouest Africain " Boubacar Obèye Diop renouait avec sa passion première et moi, jeune journaliste frais émoulu du CESTI de l'Université de Dakar, j'ai trouvé mon premier emploi dans ce qui était alors l'unique hebdomadaire de la place de Dakar, logé dans un coquet immeuble à quatre niveaux de la rue Carnot, entre la célèbre avenue Georges Pompidou-que les Dakarois s'entêtent toujours à appeler William Ponty, du nom de l'ex-Gouverneur de la colonie du Sénégal-et le Boulevard Léopold Sédar Senghor, ex-Boulevard de la République, ex-Avenue Roume qui conduit au palais présidentiel.

 

Boubacar Obèye Diop m'a ouvert les portes de sa rédaction et, après une période d'essai de trois mois, je vins le voir dans son vaste bureau sobrement meublé pour demander à être recruté. L'argument que je mis en avant pour expliquer mon choix de rester à Dakar était qu'une dictature militaire sévissait dans mon pays, qui ne tolérait aucune forme de liberté, surtout pas celle d'exprimer ses idées par l'écrit ou le verbe. Pour avoir été aux premières loges dans la crise qui a abrégé la Fédération du Mali groupant le Sénégal et le Soudan en 1960, Obèye suivait de très près l'évolution politique au Mali et n'avait donc pas besoin d'être convaincu. De plus, il avait besoin du souffle de la jeunesse pour revigorer une rédaction qui en avait bien besoin. C'est ainsi que je fis mes premiers pas dans le métier, entre l'homme politique de gauche doublé de l'analyste dense et pertinent, Boubacar Obèye Diop et Ibrahima Signaté, rédacteur en chef de Jeune Afrique dans les années soixante, qui vient de se retirer de la vie active en laissant à la postérité deux livres qui font autorité dans le microcosme de la littérature africaine. Entre ces deux messieurs, j'ai appris à mieux me servir de la langue française dans mon travail quotidien, à connaître les méandres de la politique sénégalaise de l'époque, à comprendre les soubresauts et les convulsions qui secouaient périodiquement et, hélas, dramatiquement l'Afrique, à décrypter et analyser les enjeux internationaux. Je saurais éternellement gré à Boubacar Obèye Diop de m'avoir permis d'approcher un homme comme Léopold Sédar Senghor dont j'ai couvert la dernière campagne électorale, celle de 1978, dans le Baol, le Cayor, le Fleuve, le Sine et le Saloum. Je me souviendrai, jusqu'à la fin de ma vie, de ce jour de 1977, je crois, lorsqu'il m'a convoqué dans son bureau pour me dire ceci : " Ecoute, mon petit, mes amis socialistes sont à Dakar et Pierre Mauroy doit animer une conférence-débat à la Chambre de Commerce et d'industrie sur le thème '' Presse et Développement ''. Trouves-lui de la documentation sur l'histoire de la presse au Sénégal ".

 

C'est ainsi que je me rendis aux Archives Nationales, au sous-sol du Building administratif, siège du gouvernement, et lui rapportai la documentation demandée. Le jour de la conférence, je me tenais dans la proximité de Mauroy, fier de l'avoir aidé à préparer son exposé. J'étais à mille lieux d'imaginer qu'il deviendrait un jour Premier ministre de la France.

 

Dors en paix, Papa Obèye.

 

El Hadj Saouti Labass HAIDARA (L'indpendant)

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