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L’idée d’une dissolution de l’Assemblée nationale, émise par Me Ousmane Sèye, relance le projet d’élimination (politiquement s’entend) de Macky Sall. Surtout que des sources proches du palais de la République soutiennent que le conseil du président Abdoulaye Wade a agi sur inspiration de celui-ci.
{xtypo_dropcap}C{/xtypo_dropcap}eux qui croyaient que l’opération de liquidation politique de Macky Sall était derrière nous peuvent déchanter. La machine vient juste d’être à nouveau enclenchée. En effet, la proposition de Me Ousmane Sèye pour une dissolution de l’Assemblée nationale et l’organisation d’élections anticipées, couplées avec les locales en 2009, n’a pas été faite à l’impromptu. L’avocat est le conseil du président de la République, certes. Mais cela l’autorise-t-il à s’immiscer dans un débat purement politique ? Me Sèye n’est pas politiquement engagé. Il n’est pas membre du Pds ni d’aucun autre parti politique. Seulement peut-il se prévaloir, pour tout flirt avec la politique, de son statut d’ancien membre de l’Observatoire nationale des élections (Onel) (devenue par la suite la Commission électorale nationale indépendante : Cena). Et, au surplus, le débat sur les élections législatives est derrière nous. L’opposition regroupée au sein du Front Siggil Sénégal en a fait le deuil. L’offre de Me Sèye, dont le substratum a des relents d’une réparation d’un préjudice causée à l’opposition dite signification poussée au boycottage des législatives - arrive sur le tard. Le Front Siggil Sénégal s’offusque plutôt, maintenant, du report des locales décidé de manière unilatérale par le pouvoir.
Quelle est alors la motivation de Me Sèye ? De sources proches du palais présidentiel, l’avocat a agi sous oukases du chef de l’Etat. Selon nos interlocuteurs, Me Wade n’a pas abandonné son projet de liquidation politique de Macky Sall. Après l’échec de toutes les tentatives, l’une des dernières cartes (hormis des poursuites judiciaires) étaient la dissolution de l’Assemblée nationale. L’idée avait été agitée, prématurément, quand des membres du groupe parlementaire Libéral (Pds et ses alliés) avaient initié une pétition pour débarquer le président de l’Assemblée nationale. La sortie de Me Sèye prouve qu’elle n’a jamais été abandonnée.
Tout juste fallait-il attendre le moment opportun. En 2009, l’Assemblée nationale aura deux ans. Juridiquement, une dissolution sera légale. Et entre temps, le Front Siggil Sénégal semble avoir pris la pleine mesure de son boycottage des législatives. A preuve, elle avait décidé de prendre part aux élections locales alors qu’aucune des conditions que ses membres avaient posées comme préalable à toute participation aux législatives n’a été satisfaite. Cette opposition pourra-t-elle rejeté l’opportunité de revenir à l’Assemblée nationale ? Il est fort probable qu’elle la saisisse. Me Wade pourrait alors agir en roue libre.
Pour échapper aux foudres du chef de l’Etat, Macky Sall avait même fait acte d’allégeance auprès du nouveau khalife des Mourides, Serigne Bara Mbacké. En effet, les marabouts de Touba n’ayant pas pour coutume de lâcher leur taalibe, le président de l’Assemblée nationale pensait être définitivement à l’abri. Mais, c’était méconnaître Me Wade. La dissolution de l’Assemblée nationale permet de contourner l’obstacle de Touba parce qu’au-delà de la personne de Macky Sall, c’est l’institution parlementaire qui est visée. Et la cité religieuse ne saurait pas faire barrage à une telle initiative.
Si Me Wade n’a pas abandonné l’idée de liquider (politiquement) Macky Sall, c’est que ce dernier symbolise la défiance. Jamais un numéro 2 du Pds (de Fara Ndiaye à Idrissa Seck en passant par Boubacar Sall et Ousmane Ngom) n’a su sortir victorieux d’un duel avec le secrétaire général national du Pds.
Par ailleurs, l’organisation d’élections anticipées en couplage avec les locales, permet à Me Wade de faire d’une pierre deux coups. Hormis l’élimination de Macky Sall, il pourra donner l’occasion à la Génération du concret d’avoir des sièges à l’Assemblée nationale. Aussi, Me Wade, et c’est un coup supplémentaire, aura-t-il le temps de refonder le Pds - en intégrant officiellement le mouvement de Karim Wade dans les instances du parti - dont le congrès est aussi prévu en 2009.
Amadou DIOUF

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