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Élu en 2000, réélu en 2007, le président Abdoulaye Wade, 81 ans, est un libéral qui a mis fin au socialisme hérité de Léopold Senghor. Il affronte aujourd'hui la flambée des prix des produits de base.
LE FIGARO. Quelles sont les raisons de la crise ?
Abdoulaye WADE. C'est simple : le riz est devenu l'aliment de base des Sénégalais depuis la colonisation. Nous avons besoin de 800 000 tonnes par an. Nous en importons environ 600 000 tonnes, nous n'en produisons que 200 000.
La famine menace-t-elle le Sénégal ?
Non. Qu'il y ait de la sous-alimentation, c'est vrai, Qu'il y ait de la malnutrition, c'est vrai, dans certaines zones. Mais on n'a jamais vu quelqu'un mourir de faim ici. Et les solutions existent.
Comment faire baisser les prix ?
Notre objectif immédiat n'est pas de les faire baisser, mais d'éviter la hausse. Nous avons supprimé les taxes sur le riz importé. Nous avons dépensé 250 millions d'euros en deux ans, en 2006 et 2007, uniquement pour subventionner le riz.
Le FMI doute de l'efficacité des subventions…
Certes, ce n'est pas la panacée. Je suis un libéral, ne l'oubliez pas. À moyen et long terme, il faut augmenter la production nationale. Dans six ans, nous devons pouvoir produire localement les 600 000 tonnes que nous achetons à l'extérieur, à raison de 100 000 tonnes de plus par an. Entre-temps, j'ai arrêté un programme avec l'Inde pour acheter ce qui nous manque. Chaque année, ce sera donc 100 000 tonnes de moins à acheter. Et nous découvrons de nouvelles possibilités. Par exemple, faire du troc avec l'Égypte : maïs contre riz…
Le Sénégal peut-il être autosuffisant ?
Oui, nous allons y arriver, c'est mathématique. Nous avons la terre, la volonté, les gens, les machines. Nous pouvons irriguer 240 000 hectares dans la région du fleuve Sénégal. Des expériences sont en cours, avec le concours de sociétés indiennes et sud-coréennes, pour augmenter la production. Nous avons aussi des propositions de la Chine. Depuis ma première élection en 2000, j'ai juré de ne jamais faire appel à l'aide alimentaire internationale.
Mais comment gérer l'urgence ?
J'ai débloqué 10 milliards de CFA (15, 2 millions d'euros) pour de l'aide alimentaire en denrées de base.
Le Fonds monétaire international suggère de réduire le train de vie de l'État…
Notre budget est vu directement par le FMI. Qu'ils nous fassent des propositions !
On vous reproche, par exemple, d'avoir acheté un nouvel avion très coûteux.
Je n'ai pas acheté d'avion. J'en loue pour mes déplacements, ce qui risque, d'ailleurs, de coûter à la longue aussi cher que d'en acheter un…
Pierre Prier (Le figaro)

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