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Dans une interview au journal Les Afriques, Michel Rocard livre son point de vue sur la Françafrique, le Tchad, la démocratie, la corruption en Afrique... (extraits)
Les Afriques : Pensez-vous, comme M. Bockel, que la France tarde trop à rompre avec sa politique dite françafricaine ?
Michel Rocard : Il a raison. La Françafrique m’a empoisonné la vie. J’ai parfois tenté d’empoisonner la sienne, mais elle a la vie dure… Ceci dit, il y a bien longtemps que la France ne considère plus l’Afrique comme un intérêt stratégique. Elle n’a plus de position de « grande puissance » à défendre. Elle a encore quelques intérêts économiques à protéger, mais plutôt moins en Afrique qu’ailleurs… (…)
LA : La France reste tout de même assez présente sur le continent…
MR : Prenons le cas du Tchad en ce moment. Je crois que la France a fait le moins mauvais choix possible, mais le pouvoir de M. Déby mérite-t-il vraiment d’être soutenu ? est-il perfectible ? existe-t-il une alternative ? Ce n’est pas à la France de répondre à ces questions, mais doit-on pour autant abandonner ce pays au chaos ? Quand nous avons fait pression sur certains pouvoirs pour qu’ils instaurent la démocratie, nous avons commis l’erreur de croire que la démocratie, c’était seulement le multipartisme et des élections… Résultat, nous avons permis à des dictateurs en fin de légitimité de se maintenir au pouvoir plus longtemps en simulant des élections pour faire plaisir aux bailleurs de fonds. Mais selon moi, la démocratie ne peut s’établir réellement que lorsque trois critères sont réunis : 1) l’indépendance de la justice, 2) le contrôle de la police par la justice, 3) la liberté d’expression. Sans ces trois conditions, des élections ne veulent rien dire. De vraies élections pluralistes ne peuvent se dérouler que si ces principes préalables sont respectés.
LA : Que devrait-on faire aujourd’hui pour établir de meilleures relations avec l’Afrique, et notamment avec la jeunesse africaine ?
MR : Leur apporter du concret, financer les PME, créer des emplois. Une rupture avec le système de corruption doit s’imposer. Mais pas de manière dogmatique. Il faut tenir compte de la sociologie locale. En imposant des contrôles trop rigoureux et une tolérance zéro, on a parfois tué des entreprises et fait disparaître des ONG locales qui étaient, malgré tout, très utiles. Je pense qu’une tolérance de l’ordre de 10% de corruption est un mal nécessaire pour faire avancer les choses.
Propos recueillis par Dominique Flaux

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