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La marche contre l’Accord de partenariat économique (Ape) a bien eu lieu devant le siège de la commission de l’Union européenne, à Bruxelles.
Malgré la connotation que les autorités sénégalaises qui ont récupéré le « bébé » des Ong ont voulu donner à cet événement annoncé à grandes pompes, l’effet escompté n’a pas été atteint aux yeux de plusieurs observateurs. Ils ont été nombreux à manifester, ce vendredi 11 janvier, dans les rues de Bruxelles pour dénoncer les Accords de partenariat économique (Ape). Un millier de personnes, selon une source policière belge. Ils sont venus de partout pour constituer une diaspora africaine dans la capitale belge, composée en majorité de sénégalais. Tam-tam et autres sonorités africaines ont ainsi animé cette paisible ville en cette matinée glaciale, trempée dans un froid de canard. Arborant des tee-shirt, casquettes et autres banderoles, les marcheurs ont crié, tout au long de leur itinéraire qui n’a fait qu’environ six cent mètres, leurs désaccords : « on ne signe pas, non aux Ape ». La marche s’est arrêtée moins de trente minutes après son départ pour bivouaquer devant le siège de la Commission européenne. Un immeuble géant aux baies vitrées dont la devanture était jalonnée par la police belge qui a encadré la marche. Au moment où une délégation africaine de la Coalition anti- Ape était reçue par les autorités de la Commission européenne, les manifestants continuaient à faire un maximum de bruit pour faire entendre leur ras-le-bol. Perchés au sommet d’un camion, les orateurs se succédaient pour délivrer leur messages. Un mini-concert a été improvisé par Kiné Lam, Soda Mama Fall et Daro Mbaye, accompagnées par des sonorités de tam-tam pour apporter la couche sénégalaise de l’événement. Elles seront succédées par une troupe malienne.Une naïveté africaine renouveléeL’animation battait son plein malgré la pluie glaciale. Soudain, surgissent les membres de la délégation qui était mandatée pour remettre un mémorandum à la Commission européenne. Ainsi, ceux qui s’attendaient à ce que l’Union européenne (Ue) se plie face à une certaine pression africaine hostile à l’Accord de partenariat économique (Ape) devront prendre leur mal en patience. Iba Der Thiam, porte-parole du jour et chef de la délégation sénégalaise venue de Dakar, vient, avec sérénité livrer un message qui a pris le contre-pied des attentes. « La délégation de la Coalition anti-Ape aussi bien africaine que celle de la diaspora a été reçue par la délégation de l’Union européenne dans un climat détendu, dans un climat amical, franc et sincère. Nous avons présenté le dossier des Ape. Nous avons développé notre argumentaire et nous avons remis des documents fondamentaux renferment pour l’essentiel quelques uns des points de vu que nous avons exprimé ». Le député de poursuivre : « les représentants de l’Union européenne nous ont écouté avec beaucoup d’attention. Ils nous ont également donné leur avis, leur appréciation mais ce qui a dominé dans le débat c’est la volonté des deux parties de réaffirmer leur amitié, leur volonté de sceller un partenariat équitable « gagnant-gagnant », leur soucis de perpétuer leurs relations d’amitié, de fraternité historiquement constituées entre l’Europe et l’Afrique et que pour rien au monde il n’était disposé à remettre en cause ».Iba Der Thiam a fait savoir que les responsables de la Commission européenne leur ont également dit qu’ils considèrent que « notre partenariat est économiquement fondamental dans le monde actuel et que c’est la relation entre l’Europe et l’Afrique qui constitue la carte gagnante pour nous deux dans le combat de la mondialisation ». Selon le chef de la délégation sénégalaise, « nous avons proposé qu’un nouveau débat puisse avoir lieu, qu’une nouvelle prolongation puisse être accordé aux Etats africains et que l’argumentaire que nous avons remis soit développé et enrichi et que de leur côté, revoir les propositions qui nous ont été faites ». Très confiant, il a conclu que : « je pense que la cause a été entendue. Nous avons bon espoir que les choses vont évoluer dans le court et le moyen terme ».La nécessité de maintenir la pressionBeaucoup d’observateurs sur place ont constaté que, malgré cette mobilisation, les moyens débloqués et tout le tintamarre fait autour de cette marche, le rendez-vous de Bruxelles n’a pas eu totalement l’effet escompté. Des personnes averties, malgré le fait qu’elles aient qualifié de « réussite » cette manifestation africaine en Europe, ne veulent pas dormir sous leurs lauriers. Loane Koab de la Coalition nigérienne contre les Ape n’a pas caché son scepticisme face à la réponse de la Commission européenne. « Nous avons été reçu dans un climat serein mais en résumé, il m’a semblé lire entre les lignes que l’Union européenne ne voudrait pas bouger de sa position. Nous pensons que la pression populaire doit continuer. Nous sommes dans une logique des peuples. L’Afrique est en train de sortir du carcan institutionnel des Etats pour être une Afrique des peuples. Nous pensons qu’au demeurant, cette manifestation doit continuer dans tous les pays africains, dans les espaces institutionnels ».Loane Koab d’ajouter que : « nous devons ensemble, conduire notre destin. Nous sommes contre les Ape et il ne faut pas que nous continuons à dire que nous ne sommes pas prêts parce que même dans trente ans nous serons foncièrement contre ». Pour lui, ce n’est pas une question de délai mais une question de contenu. « Il faut naturellement que l’Europe construise le partenariat avec nous et non pas pour nous ». Sur la même lancée, Ciradou Diallo, représentant la diaspora Guinéenne, a fustigé l’attitude de certains présidents africains. « Dénoncer les Ape ne suffit pas parce que tout le monde est conscient qu’ils sont contraires aux intérêts Africains mais ils faudrait également dénoncer le silence coupable de certains de nos responsables africains. Il y a beaucoup de gouvernants africains qui n’osent pas trop s’engager ».Zavier Declerc, responsable à Oxfam solidarité, qui s’est réjoui de voir une très grande communauté africaine venir jusqu’à Bruxelles, pense que : « il va falloir beaucoup de pressions pour faire reculer l’Ue ». Pour lui, ce qu’il faut savoir c’est que la Commission européenne a un agenda très clair. Elle essaye de diviser les pays Acp pour leur faire avaler ce qu’elle appelle accord de partenariat économique. La pression doit être augmentée pour que les alternatives soient viables à cette négociation ». Loane Koab pense que « la proposition du Président Wade pourrait avoir des chances dans la mesure où elle a été faite de manière concertée avec les organisations paysannes, les organisations de femmes, la société civile mais aussi, il faut qu’elle soit capable de contourner cet agressivité de la Commission européenne dans les négociations ». Il espère qu’à l’avenir, ces Ape ne seront pas signés par les pays Acp.Alain Barron, membre du syndicat Sud Ptp appartenant à une formation syndicale française Solidaire, à invité les africains sur un fait qu’il a jugé essentiel. « Ce que fait la Commission européenne s’intègre complètement dans la politique néolibérale que met en œuvre l’Omc ». Pour montrer sa désolation, Alain Barron a avancé : « je suis allé une fois au Sénégal et ma première impression a été qu’on utilise beaucoup de produits français y compris les confitures de fraises qu’on trouve dans les hôtels. Je trouve ça choquant parce qu’il est possible de fabriquer ça en Afrique ».Pour lui, « si les Ape se mettent en place, je crois que les possibilités de développer l’économie africaine avec des produits du continent existeront moins et que la seule issue qu’aura la jeunesse africaine c’est de prendre des pirogues et de risquer de mourir pour venir en Europe là où il y a du travail où ils sont dans des conditions complètement ignobles où ils vivent dans la peur ». Pour Koune Sthigue, attaché de presse de la Coalition des Ong en Belgique, « le problème c’est que les gens qui négocient pour l’Europe, ce sont tous des néolibéraux qui écoutent plus les grands industries et c’est pour eux qu’ils négocient et non le peuple européen ».Le sociologue, Fatou Sow Sarr pour sa part, pense que cette marche de Bruxelles doit être le point de départ d’une nouvelle mobilisation à l’image de celle menée avec le dossier coton avec l’Omc qui avait reculé. Un des membres de l’association des africains de la diaspora en provenance d’Espagne a fait savoir que leur association a toujours dénoncé certains termes de la collaboration entre l’Europe et les pays africains. « Nous sommes dans une globalisation qui n’est que virtuelle parce que les pays africains ne bénéficient pas de ce schéma ». Pour nous, poursuit il, « cette globalisation peut être paradigme d’esclavage et de néo-esclavagisme parce que les africains qui sont en Europe sont soumis à la merci de la capitalisation, du marché de travail.
Autant les capitaux, biens et services européens sont mobiles, autant nous africains qui sommes là sommes limités dans nos mouvements, dans ceux de nos biens, des connaissances, des technologies. C’est pour dire en résumé que l’Afrique sort perdante de cette coopération qu’elle mène avec l’Europe ».
Bakary DABO (Sud quotidien)
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