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«Le Secrétaire général de la Francophonie, le Président Abdou Diouf a très bien fait son travail jusque-là. Je souhaite, et le Québec souhaite aussi qu’il puisse continuer pendant plusieurs années. Nous les Québécois, nous souhaitons beaucoup sa réélection. Car, il a fait un travail remarquable et a été un leader respecté dans le monde entier et est beaucoup apprécié. Aussi, il a fait des interventions qui ont beaucoup porté pour ce qui est des actions de la Francophonie.
Je ne connais pas les intentions de monsieur le Président Diouf aujourd’hui, mais si j’avais un souhait à formuler pour la Francophonie, ce sera pour que le Président Diouf puisse avoir un autre mandat et continuer son œuvre en tant que Secrétaire général de la Francophonie. C’est un appel pour que la Francophonie de demain, puisse gagner en termes de maturité, de démocratie, de bonne gouvernance, de l’émergence de la langue française.»
Ces nobles et émouvants vœux, témoignages de la part du Premier ministre québécois, monsieur Jean Charest à la chaîne Tv5, à l’endroit de l’ancien président de la République du Sénégal Abdou Diouf, confirmeraient-il l’adage selon lequel nul n’est prophète chez soi ? Ses compatriotes sénégalais, ses pairs africains garderont de lui l’image impérissable d’un homme d’Etat, technocrate, versé dans l’art et la culture, raffiné, respectable parce que respectueux, calme, discret. Au soir du 22 mars 2000, il avait reconnu la victoire de son adversaire politique et l’avait même félicité, bien avant la proclamation officielle des résultats de cette élection présidentielle. En bon démocrate, il a toujours noué un dialogue sincère avec l’opposition qu’il avait du reste invitée à plusieurs reprises à la formation de son gouvernement, en lui octroyant des portefeuilles ministériels.
Depuis sa nomination à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie à Beyrouth en 2002, en remplacement du Secrétaire général Boutros Boutros Ghali, de la Côte d’Ivoire à Madagascar, en passant par le Togo, la République démocratique du Congo, la Mauritanie, pays déchirés par des tensions politiques, et foyers de guerres fratricides, que de pays parcourus, que de feux éteints, dans la discrétion et l’humilité, sans tambour ni trompette, grâce à son discret et efficace entregent. Il a apporté d’importantes innovations à l’organisation francophone, grâce à son expérience d’homme d’Etat, doté d’une vaste culture, longtemps ministre et Premier ministre de l’homme d’Etat et de lettres, l’académicien, le regretté Président et poète feu Léopold Sedar Senghor. A l’instar de son prédécesseur, il avait fait sienne la vertu cardinale de tout homme d’Etat digne de ce nom : être républicain et légaliste jusqu’au bout. Homme sobre et intègre, il a su gérer l’Etat de manière honnête, en se gardant de mêler les affaires publiques à celles de sa famille et de son parti. L’homme a toujours nourri un respect scrupuleux et aux institutions de la République et ses symboles, notamment la Constitution, charte fondamentale. D’où son célèbre surnom de «Gardien de la Constitution». Fervent défenseur de la laïcité, il a toujours fait la part des choses entre le spirituel et le temporel, n’affichant aucune préférence ou discrimination d’une religion ou une confrérie au détriment des autres. C’est en reconnaissance de ces qualités, que le Sénégal a eu l’honneur d’organiser en décembre 1991, le sixième sommet de la Conférence islamique (Oci). Ce sommet jusqu’à ce jour, a battu tous les records de réussite de par la forte présence de chefs d’Etat, de monarques, et la qualité de son organisation, marquée par une gestion transparente et rigoureuse, sans compter les retombées de cette manifestation en termes d’infrastructures offertes gracieusement par les pays frères : construction de routes, don de voitures de luxe, et de l’Hôtel Méridien, préservant ainsi les deniers de l’Etat. Ce grand succès a été déterminant pour le choix du Sénégal d’abriter pour la deuxième fois, le onzième sommet de la Conférence islamique. Et que dire de son ancrage constant dans le dialogue islamo-chrétien, gage d’une cohabitation harmonieuse entre la majorité musulmane, et les autres minorités religieuses, notamment chrétiennes ?
Sa conception de la Francophonie qu’il a exposée lors de la Journée internationale de la Francophonie, confirme si besoin en était sa parfaite capacité de synthèse et ses réelles prédispositions fédératrices. Selon le Président Abdou Diouf, les valeurs de la Francophonie sont d’abord l’apport de l’époque des lumières, de la révolution de 1789, de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 ainsi que la Déclaration universelle de 1948. A ces valeurs devront s’ajouter celles de la solidarité, la diversité. Ce que le regretté Président Léopold Sédar Senghor enrobait dans une formule magique, restée immortelle : la civilisation de l’universel, celle du donner et du recevoir. Il s’agira selon le Président Diouf de préserver la diversité des cultures pour éviter le clash des civilisations. Entre francophones, poursuit-il, ce n’est pas renoncer à son identité. C’est vouloir construire l’intégralité de l’humain, c’est relier les continents, les coutumes, faciliter l’intégration. La francophonie, c’est aussi conjuguer harmonieusement l’aspiration à la civilisation de l’universel et la diversité des peuples. La Francophonie doit faire coexister et coopérer la langue française et les autres langues. C’est sous son magistère que les Jeux olympiques qui étaient jusqu’ici retransmis en Anglais, l’ont été pour la première fois en français lors des Jeux olympiques de Pékin (Chine) en août 2008. Telle est en substance la conception de la Francophonie de cet illustre et grand homme, de par la taille, mais surtout de par le cœur et l’esprit, apôtre de la démocratie et de la paix. Nous qui avions eu l’honneur et le privilège d’avoir participé au dernier Congrès du Ffa, qui s’était tenu du 14 au 17 octobre 2008 en marge du XIIe sommet de la Francophonie à Québec, savons à quel point le Président Abdou Diouf force le respect et l’admiration de ses anciens collègues chefs d’Etat, et grands de ce monde.
Il ne fait aucun doute que cet appel du cœur du Premier ministre québécois, aura un écho favorable chez ses collègues des Etats francophones de l’Afrique, de l’Europe, de l’Asie. Dans tous les cas, le Président Abdou Diouf, patriote, démocrate et républicain devant l’éternel, aura rehaussé l’image et le prestige du Sénégal au grand bonheur de ses compatriotes et de toute la communauté francophone. Ce que l’Histoire retiendra.
Papa Abdoulaye WAR - membre du Forum francophone des Affaires du Comité national sénégalais (Cnesffa)
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