| KAOLACK - Médina Baye, l’atypique : Un quartier et ses interdits |
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| 28-09-2007 | |||||||||||||||||||||||||||
Presque à tous les niveaux, le quartier Médina Baye sort de l’ordinaire. Une singularité qui saute à l’œil nu du premier étranger qui y débarque. Dans les cercles religieux, le train de vie est beaucoup plus apparenté à celui des Arabes, des Anglais ou Américains.
Apparemment rien ne différencie le quartier religieux Médina Baye des autres quartiers de Kaolack, en cette période de jeûne. Tout marche au ralenti. Même le marché qui d’habitude grouille de monde, se prive de son animation des grands jours, le temps d’un mois de dévotion ponctué surtout de prières pour implorer le pardon au Tout-Puissant. Il est 14 heures, on se précipite vers les premières travées de la mosquée, pour accomplir la prière de Tisbar fixée aux environs de quinze heures. C’est la dernière ligne droite qui mène vers la rupture du jeûne ou le dernier virage comme dirait l’autre. Après la prière, certains jeûneurs, stoïques, resteront à la mosquée pour assister à la séance des hadiths, d’autres par contre, déjà groggy, retournent dans leurs chaumières piquer un somme avant la prière de Takkussan qui sera suivie de la traduction du Coran par Mahi Niasse, un des fils de Baye Niasse. Après la rupture du jeûne, le train-train quotidien de Médina Baye reprend de plus belle car dans ce quartier, les activités du jour se reportent au soir pour se transformer en nuits blanches, pendant tout le mois de ramadan. LE NAFILA MARATHON Les pratiquants viennent de partout pour assister aux longs nafila. Ces prières surérogatoires sont pourtant très respectées par les fidèles. Au moment où certains choisissent les mosquées appelées «cars rapides» pour retourner vite vaquer à d’autres occupations, d’autres par contre, viennent de très loin en taxi pour faire les 13 rakaas de Médina Baye dont la prière requiert une bonne mise en jambe pour tenir, car elle est similaire à une récitation du Coran. Pas moins de quarante cinq minutes à tenir ! «Ceux qui, médicalement, ne peuvent supporter la station debout sont dispensés de le faire et sont autorisés à prier comme ils le peuvent. Pendant tout le mois de ramadan, tous nos nafila se font comme si c’était une récitation du saint Coran sauf les trois derniers jours, où chacun peut rester chez lui pour prier», informe Cheikh Mamadou Akhibou Ibrahima Niasse, fils de Baye, par ailleurs 2e Imam de Médina Baye. D’autant que poursuit le fils de Baye, après la rupture du jeûne, tous les fidèles de Médina Baye peuvent écouter chez eux, avant de venir pour le nafila, toute la prière du jour à travers une cassette depuis les hauts-parleurs de la mosquée. Dans ce quartier religieux, les prières de nafila ne sont pas dirigées par l’imam de la mosquée. Ce dernier, Hassan Cissé (Ndlr : parti au Maroc), dirige la prière de Guéwé avant de céder sa place à l’un des petits-fils de feu Mamadou Rabâni, un talibé mauritanien à qui Baye avait confié la direction de son grand daara, de son vivant. Une façon d’immortaliser la tradition, car Baye avait désigné Rabâni pour diriger les prières de nafila, et aujourd’hui, ce sont ses petits-fils qui ont pris la relève depuis la disparition de leur grand-père. Quant aux sokhna (épouses) des chefs religieux, d’autres imams sont chargés de se déplacer pour diriger les nafila chez elles en compagnie de leurs familles. A rappeler que les seules fois que Cheikh Mamadou Akhibou Ibrahima Niasse a eu à diriger les prières de nafila remontent à 1989 lors des évènements sanglants sénégalo-mauritaniens. «Les Mauritaniens ont dirigé les nafila jusqu’à deux jours de la fin du Ramadan. A leur départ, je me devais de terminer le reste de la prière. En 1990, j’ai dirigé toute la prière car les relations sénégalo-mauritaniennes n’étaient pas encore renouées», révèle le second imam de Médina Baye. LAYLAT-UL-QADR (NUIT GLORIEUSE) OU KHATMU (CLOTURE) La nuit du 26e au 27e jour du mois de ramadan communément appelée Laylat-ul-qadr, la nuit glorieuse pendant laquelle le Coran fut révélé, est le pôle d’attraction de tous les talibés de Baye Niasse, qui viennent de partout à travers le monde, pour commémorer dans la ferveur religieuse cette grande nuit. A la place de Laylat-ul-qadr, dans le quartier religieux, on préfère plutôt parler de Khatmu (clôture, fin de cette récitation du Coran) du fait du caractère ésotérique de cette nuit, renseigne El Hadji Seydina Ababacar Thiam «Haraca».Cette grande nuit est également l’occasion de formuler des prières pour toute la nation et le monde entier, et d’offrir aussi des cadeaux à tous ceux qui dirigeaient les nafila. Cette nuit signe la fin des nafila à Médina Baye et du coup, les grandes affluences qui font l’affaire des chauffeurs de taxi. Pour les trois jours restants, les prières se font à domicile. COPIEUX, CHARGES ONEREUSES Les foyers des chefs religieux restent toujours des centres de convergence des talibés. A l’heure des repas, leurs maisons ne désemplissent pas, à plus forte raison pendant le mois de jeûne. Dattes, café, soupe, lait caillé, beurre, fromage, saucissons, etc. tout y est pour rompre le jeûne après une journée caniculaire. Cependant tous les vendredis, raconte «Haraca», des fidèles apportent du lait caillé à la mosquée à l’heure de la rupture du jeûne. Après le nafila viennent les plats de résistance selon le choix et les moyens du marabout. En tout cas, les ndogou sont très onéreux dans certaines familles religieuses à cause du grand nombre de talibés même si d’autres talibés plus ou moins nantis manifestent leur générosité à travers le soukeurou koor. Certains ndogou peuvent coûter jusqu’à 100 mille francs Cfa par jour, nous révèle-t-on. Par Birane DIAW - Corespondant (Le quotidien) ![]()
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