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Ce 18 juillet 2008, Nelson Mandela fête ses
90 ans. Un événement dont le symbole dépasse la simple matérialisation
du temps qui passe. Marquer cette étape, c’est magnifier la vie et
l’œuvre d’un homme qui a fini d’entrer dans l’Histoire. Une vie de
refus, de résistance, de lutte et de liberté confisquée qui symbolisent
le passé de l’Anc. Mais aussi, une vie de grandeur et de dépassement
qui, à partir d’une vision, ont permis de bâtir l’Afrique du sud
post-Apartheid, pour en faire une nation arc-en-ciel alors que tous les
facteurs de rupture étaient là (politique, économique, social), pour
installer un sombre chaos.
C’est pour rendre hommage à cet homme que des
témoignages d’illustres africains ont été recueillis. Histoire de voir
en quoi le symbolisme de Mandela interpelle aujourd’hui, une Afrique en
errance. L’initiative a été lancée par Fahamu (www.fahamu.org), un
réseau créé pour promouvoir la justice sociale en Afrique et
l’émancipation des peuples de toutes formes d’oppression, dans le
respect des diversités et l’expression de tous leurs potentiels.
Parmi les activités de Fahamu figure la publication d’un journal en
ligne hebdomadaire de référence, Pambazuka News (www.pambazuka.org),
avec des commentaires et des analyses sur les enjeux politiques,
économiques et sociaux essentiels pour le développement véritable de
l’Afrique.
Pour les 90 ans de Madiba, quelques-uns des témoignages recueillis sous
forme d’interviews par Pambazuka, auprès de personnalités africaines,
sont publiés en collaboration avec Le Quotidien.
N’est pas Mandela qui veut ! On en a des exemples
au quotidien, à profusion. Entre les grands prétentieux qui passent
plus de temps dans les airs que sur leur lit, les apprentis démocrates
qui administrent leur pays dans la tyrannie mais qui n’arrêtent pas de
rêver au Nobel, et les petits sorciers qui ne font confiance qu’aux
mirages de leur baguette magique, ils sont légion ceux qui auraient pu
prendre Mandela comme repère politique. Le fondateur de l’Afrique du
Sud post Apartheid est un modèle. Il est «le» modèle ! Sur la base de
son engagement contre les crimes éternellement haïssables de la
ségrégation raciale, de l’encadrement humain qu’il a insufflé à son
militantisme politique, et de l’exercice de ses fonctions comme
président de la République sud-africaine, cet homme n’a point d’alter
ego. Dans une Afrique où le traficotage des lois et des constitutions
est entré dans le lexique des activités sportives dominantes, Mandela
reste un art de vivre politique pertinent. Héros modeste dans un pays
sorti des ténèbres du racialisme d’Etat, il avait le pouvoir, tout le
pouvoir. Il en usa si modérément, avec une intelligence si délicieuse
et si digne d’estime, au profit exclusif des intérêts démocratiques
d’une communauté en construction, qu’il se mit à dos une partie du
puissant appareil de son parti, le Congrès national africain (Anc). Une
légitimité presque sans limites, un charisme phénoménal, lui assuraient
au moins deux mandats supplémentaires à la tête de l’Afrique du Sud.
Mais il sut résister aux plaisirs de l’exercice aveugle du pouvoir dans
un pays où tout pouvait lui être pardonné. S’il avait voulu que lui
fussent reconnus quelques attributs de Dieu, l’affaire n’aurait pas
fait bruit. Madiba, affectueusement appelé ainsi dans son clan, est un
mythe vivant auréolé d’un passé et d’un présent structurés autour d’une
formidable envie de rendre service à ses prochains.
Avocat de profession, il n’a peut-être pas des diplômes qui
encombreraient une autoroute entre le Caire et le Cap, sa province
natale. Par contre, il a démontré en 70 ans de militantisme, que la
vie, la vraie, se construit dans la douleur, les privations, le cachot,
l’exil, la résidence surveillée. Autant d’étapes par lesquelles il
passa, qui lui donnèrent le statut enviable qui est le sien aujourd’hui
qu’il n’est plus aux affaires.
Mandela est un homme profondément respectable. Il a su mettre en œuvre
les modalités par lesquelles un leader politique atteint l’excellence.
Dans une société démocratique, on ne naît pas dans le pouvoir, on ne
s’arroge pas tous les pouvoirs pour son clan et sa descendance, on
n’étouffe pas ses adversaires, on respecte les choix du peuple et on ne
les trahit pas, on ne contourne pas les voies légales mais on les
affronte, on n’absout pas ses propres turpitudes, on ne détourne pas
les biens de la collectivité si on n’a pas pitié pas d’elle, on ne
passe pas son temps à des manœuvres politiciennes pendant que le pays
réel souffre mille maux, on ne remplit pas les cagnottes du train de
vie de l’Etat sur le dos des populations… Juste, il fit de son mieux
pour éviter tout cela. Il n’y est pas totalement parvenu mais il a
montré, par l’action, qu’il en avait l’envie. C’est un homme cohérent
et responsable.
Sans doute, Mandela doit-il surveiller aujourd’hui les excroissances
négatives qui se développent autour de l’icône mondiale qu’il est
devenu. Le monde est égoïste, meurtrier, scandaleusement indifférent
aux drames quotidiens qui se jouent à ses quatre portes. Pendant que
les spéculateurs de la bourse et de la bouffe prennent la terre en
otage à travers d’impitoyables procédés d’accaparement, des
humanitaires et d’illustres inconnus résistent avec leurs moyens, afin
que des centaines de millions de personnes laissées sur le bord de la
route aient droit à un brin de vie digne. Nelson Mandela est de
ceux-là. Nous en avons encore besoin !
(Momar Dieng - Le Quotidien)
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