| Les Africaines font leur beurre avec le karité. Et les Suisses fondent de plaisir |
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| 27-12-2007 | ||||||
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Cela tombe bien, car c’est le premier revenu des femmes au Burkina Faso. Alors que ce pays vient d’être classé à nouveau parmi les plus pauvres de la planète, nous avons visité une coopérative de productrices de beurre de karité bio. Rencontre choc avec des battantes. Dans sa coopérative de Tanguin Dassouri, par contre, Henriette a tout ce qu’il faut. « Le karité est le premier revenu des femmes au Burkina » nous explique-t-elle. « Les arbres à karité poussent spontanément dans la nature, au milieu des champs de coton, et depuis toujours les paysannes utilisent les noix pour en faire du beurre à usage familial. Elles s’en servent pour la cuisson, comme onguent, pommade, savon et crème de beauté. » Mais la coopérative veut aller plus loin, mécaniser et commercialiser cette activité traditionnelle pour assurer à ses membres une autonomie financière. « Notre association existe depuis plusieurs années, mais c’est en 2003 qu’elle a pris un nouvel essor, grâce à l’introduction du karité bio soutenu par l’ONG suisse Helvetas. Avant, c’était clopin clopant. » Dans un pays où 88% des femmes sont analphabètes, la coopérative fait un remarquable travail de formation et de commercialisation. Le bio, c’est nouveau et cela représente une niche de marché très prometteuse, si bien qu’Henriette se concentre surtout sur cette production respectueuse de l’environnement. « Nous tenons une liste des productrice dont les champs – que nous repérons par GPS ( !) - sont certifiés bio » nous explique-t-elle. Pendant la récolte, qui se fait de mai à septembre, les femmes ramassent les noix tous les matins. Ensuite elles les dépulpent, les font bouillir, les décortiquent et en retirent une amande qu’elles stockent dans leurs greniers. « Une fois par an, le jour de marché, elles les amènent à la coopérative. Elles viennent de loin, à vélo, en pousse-pousse ou un panier sur la tête » ajoute-t-elle. Un comité d’achat vérifie que la zone de récolte est bien certifiée bio et pèse l’arrivage. D’habitude, les amandes bio sont payées 200 francs CFA /kg , « mais cette année nous sommes arrivées jusqu’à 400, car il y avait beaucoup de demande et peu de noix. C’est le double du prix des noix de karité conventionnelles. » Ensuite commence le processus de transformation des amandes en beurre, dans des ateliers rudimentaires, mais où la plupart des tâches sont mécanisées. Après cuisson dans de grandes marmites posées sur un four à même le sol, le beurre se détache et il est stocké dans de grands fûts, prêt à la vente. Si sa texture ressemble fort à celle du beurre animal, ou de la margarine, il dégage une odeur assez têtue et âcre, si bien qu’il est habituellement parfumé avec des huiles essentielles. La coopérative Ragussi produit d’ailleurs ses propres pommades, crèmes anti-rides et hydratantes et savon. Qui achète le beurre de karité ? La Suisse est, avec l’Angleterre, le pays européen qui importe la plus grande quantité de noix de karité, qui servent à la fabrication du chocolat. Par contre, l’utilisation du beurre dans l’industrie cosmétique est récente. L’Occitane est le principal acheteur du beurre de karité bio de la coopérative Ragussi et l’achat se fait sans intermédiaires, pour permettre aux femmes de profitent pleinement de cette manne financière. Convaincue que ce beurre a des propriétés « hydratantes, nutritives, apaisantes, adoucissantes, protectrices, cicatrisantes et régénérantes », la marque provençale propose des crèmes contenant jusqu’à 25% de beurre de karité. Helvetas, quant à elle, commercialise depuis peu en Suisse du savon à base de beurre de karité bio. Mais cela ne suffit pas et avec l’appui de l’ONG suisse, la coopérative Ragussi est en train de chercher de nouveaux marchés à l’étranger. Car Henriette en est convaincue, le beurre de karité a toutes les vertus : « il hydrate, soigne, aide à l’auto promotion des femmes et à lutter contre la pauvreté. Pour nous, au Burkina, le plus important c’est la lutte contre la pauvreté. » Le Burkina Faso, pays des hommes intègres et des femmes qui en veulent. Palabres de femmes sous l’arbre à karité « Le revenu tiré du beurre de karité est vital pour les femmes » nous assure Henriette. « Elles l’utilisent pour payer la scolarité des enfants et les soins de santé. Et à l’approche de Noël, nombreuses sont celles qui désirent s’offrir un nouveau pagne. » Les hommes ne contribuent donc pas aux dépenses du ménage ? osons-nous demander. « Bien sûr » nous répond cette mère de cinq enfants, épouse « retraitée » comme elle se définit elle-même, « mais quand un homme a de l’argent, il a plutôt tendance à prendre une nouvelle épouse qu’à subvenir aux besoins de sa famille. » La polygamie est encore très répandue ou Burkina Faso et dans les pays voisins, toutes religions confondues. « Ce sont les femmes qui ont insisté pour garder la polygamie dans le code du statut personnel, de peur de ne plus trouver de mari ! » nous assurent nos guides, des hommes. Et comment se passe la cohabitation entre coépouses ? « A la campagne ça va, mais en ville, cela pose souvent des problèmes. Mais les temps changent : mon grand-père avait plus de vingt épouses, mon père deux et moi une seule » ajoute fièrement l’un d’eux. Et de femme à femme, que pense Henriette de la polygamie ? « Les légendes sur la jalousie entre coépouses sont légion, mais souvent les femmes s’entendent plutôt bien et la polygamie a même des avantages, comme de s’alterner pour faire la cuisine et de s’occuper des enfants l’une de l’autre » nous assure-t-elle. C’est qu’Henriette connaît bien la situation des femmes burkinabés. Tout en leur apprenant les secrets de fabrication du beurre de karité, son association profite pour les sensibiliser aux avantages de la contraception, qui n’est utilisée que par 14% d’entre elles. « J’avais bien dit que je ne voulais plus de bébés à la coopérative » lance-t-elle, « mais cette année il y a encore eu cinq accouchements ! A la campagne, les femmes ont en moyenne cinq ou six enfants, mais en ville, les « fonctionnaires » n’en font plus que deux ou trois. » Henriette alerte aussi les femmes de la coopérative sur les méfaits du SIDA et de l’excision, autre sujet tabou dans un pays où cette pratique touche 75% des femmes. Mais le problème affecte toute la région et une bonne partie de l’Afrique entière. Anne-Sophie Gindroz, responsable d’Helvetas au Mali, profite des projets menés par l’ONG pour montrer des films chocs qui font vivement réagir, car les gens n’ont pas l’habitude d’assister personnellement à cette pratique barbare. « Au Mali, l’excision n’est même pas interdite par la loi et elle est très largement pratiquée, probablement à 90%. Etonnamment, c’est dans la capitale, Bamako, qu’elle a le plus cours, car la pression sociale est très forte pour se conformer à la tradition, de peur que la fille ne trouve pas de mari. Aujourd’hui on excise même des bébés ! Mais personne n’en parle, malgré les dégâts terribles que cela provoque sur le corps et le mental des femmes. » Isolda Agazzi (InfoSud 26/12/2007)
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