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La crise du riz : transformer une crise en opportunité
 
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Image Il se dit  qu’en  langue japonaise  le mot « crise » signifie à la fois problème et opportunité. Personne ne doute qu’aujourd’hui nombres de pays en développement sont confrontés à une crise alimentaire sans précédent qui risque de mettre en péril la vie de millions d’enfants, de femmes et d’hommes et de provoquer des convulsions de nature à installer conflits et instabilité dans près d’une quarantaine de pays selon les prévisions de Mr Robert ZOELLICK, président de la banque mondiale.  

Certains observateurs avertis de la scène internationale ne manquent pas d’ailleurs de qualifier les événements en cours sous nos yeux comme la première  grande  crise du monde globalisé.  

En prenant l’initiative de lancer la Grande Offensive Agricole pour la Nourriture et l’Abondance, le président Abdoulaye WADE, fidèle à lui-même, a encore une fois assumé ses responsabilités devant l’histoire en proposant à notre pays une perspective claire qui lui permet de donner une réponse locale pertinente à un défi majeur qui interpelle le monde d’aujourd’hui. C’est connu, ce sont les situations qui font les hommes. On peut en dire autant des peuples car c’est devant les épreuves et les grands défis que se forgent les grandes nations. La crise alimentaire actuelle fait l’ objet de vives préoccupations auprès  des Etats et de la communauté internationale car, elle peut  charrier des facteurs de crise  de nature à constituer une grave menace pour la paix et la stabilité déjà précaires du monde d’aujourd’hui.  

Mais, elle nous offre au même moment une belle opportunité de mobilisation en vue de la prise en charge de la souveraineté alimentaire de notre pays.

Il est vrai que personne ne peut aujourd’hui enrayer l’option des pays riches, les Etats-Unis en tête, de recourir au biocarburant comme alternative à la crise énergétique actuelle. Ne nous faisons par ailleurs aucune illusion quant à nos capacités dans le cour terme, de stopper la flambée du prix du baril du pétrole qui a  été porté ce week-end à 117 dollars sur le marché américain, avec tout ce que cela engendre sur le coût de frêt des produits alimentaires importés. La seule solution de lucidité et de dignité qui reste alors aux pays  encore en situation de dépendance alimentaire, c’est de se rassembler dans un élan volontariste, de se mobiliser et de mobiliser toutes les ressources nécessaires pour se donner , les moyens d’une production alimentaire suffisante pour les hommes et pour le bétail. 

Il n’est pas superflu de rappeler que s’il existe un domaine où le président Wade et son gouvernement ont hérité d’une situation désastreuse, c’est bien celui de l’agriculture. Les quarante ans du régime socialiste n’ont produit aucune politique significative de développement rural de nature à provoquer la rupture avec l’économie de traite que nous avons héritée du système coloniale. Rien n’a été fait pour nous libérer de l’héritage colonial de la spécialisation du Sénégal dans la monoculture arachidière à des fins de commercialisation au détriment d’une politique d’autosuffisance alimentaire qui constitue une sur priorité pour toute nation qui se respecte.

A cet égard, les perversions du système colonial dont les priorités en matière de production agricole étaient définies non en fonction des besoins des peuples des colonies, mais en fonction de ceux de la puissance colonisatrice, ont conduit au dérèglement de tout notre système local endogène de sécurité alimentaire en nous imposant en lieu et place une culture de consommation du riz importé des colonies d’Indochine qui étaient, quant à elles, commises à la spécialisation dans cette spéculation.

Pour avoir compris et enseigné qu’ aucun pays ne peut réussir sa politique de développement rural s’il n’élabore au préalable des stratégies anti- aléatoires basées sur la maîtrise du principal facteur de production agricole que  constitue l’eau d’une part, et la complexification du système de production par la diversification des cultures d’autre part, le président Wade a lancé le programme « bawu naan » destiné à la maîtrise de l’eau et aujourd’hui la grande offensive agricole pour la nourriture et l’abondance comme des réponses sénégalaises majeures au défi de notre indépendance alimentaire. 

Ces chantiers présidentiels constituent  des axes majeurs de notre politique de développement qui appellent une gestion patriotique qui doit transcender les clivages de type partisan en raison précisément des enjeux de développement, de sécurité et de stabilité qu’ils comportent. Notre conviction est que la prise en charge de la filière riz telle que nous y invite le président Wade est non seulement à notre portée pour garantir notre autosuffisance dans ce domaine dans les délais de six ans indiqués, mais  cette filière  doit être la porte d’entrée d’une politique de développement rural diversifiée, autosuffisante et exportatrice. Nous entretenons la ferme conviction que si le peuple sénégalais dans ses composantes les plus dynamiques s’approprient cette perspective, nous avons les moyens d’atteindre largement nos objectifs dans ce domaine dans des délais encore plus rapprochés. Une telle mobilisation populaire en vue du développement s’impose aujourd’hui autant dans ce domaine que dans celui de la promotion des langues nationales à travers une alphabétisation des masses, toutes choses à notre portée et qui vont concourir à l’élévation du niveau culturel et scientifique de notre peuple, conditions préalables de toute politique de développement durable. Le développement est certes avant tout l’affaire des dirigeants et des Etats, mais elle est aussi surtout l’affaire des peuples et des organisations populaires.

Sous ce rapport, il convient de rappeler que le lancement par le Président WADE de cette grande offensive agricole pour la nourriture te l’abondance doit pouvoir être portée et amplifiée par les communautés religieuses de toutes confessions et de toutes confréries, car notre pays comme aime à le rappeler notre frère Mansour SY, khalif de Seydi Moustapha SY Djamil, recèle un énorme potentiel d’énergie spirituelle non encore mobilisée au service du développement national. Ce grand chantier présidentiel pour notre souveraineté peut parfaitement être le lieu d’approfondissement des expériences déjà tentées dans ce domaine. En effet, il nous plaît de rappeler qu’il y a quelques années derrière nous le défunt Khalif de la communauté Baye FALL, Serigne Modou Aminata FALL avait initié avec tous les membres de sa famille le lancement d’un programme d’exploitation  des périmètres de l’ANAMBE, dans le Sud est du Sénégal. C’est le lieu d’ailleurs d’évaluer de façon objective les résultats de cette initiative pour en tirer des enseignements dans le cadre la nouvelle expérience dans laquelle notre pays vient s’engager. Nous n’avons pas le droit d’échouer. Avouons - le ! Sur la question du riz, nous avons été rattrapés par notre histoire.

Il n’est pas en effet gratifiant pour une grande nation comme la nôtre que nous continuons d’être dépendants d’une denrée alimentaire de base dont notre production locale couvre à peine le quart de nos besoins (200.000 tonnes produits contre 800.000 consommés par an). Cette situation pose à la fois un problème de dignité et de sécurité pour le Sénégal. On peut se permettre de douter qu’il existe un autre pays qui soit dans une situation assimilable à la notre dans ce domaine. Tous les pays consommateurs de riz dans des proportions comparables à notre niveau de consommation de cette denrée, s’ils ne sont pas autosuffisants, ne dépendent du marché mondial que dans des proportions somme toute marginales .Et c’est précisément ce souci de souveraineté alimentaire qui fait que le marché mondial du riz ne représente qu’entre 4 et 7 % de la production mondiale ; car les pays ne produisent pas du riz que pour le vendre. Ils le produisent pour le consommer. C’est le surplus qui alimente le marché mondial,  ce qui explique son caractère résiduel.

C’est pourquoi, dans un contexte où la production alimentaire est fortement concurrencée par les bio carburants, et où la tension qui s’exerce sur le marché international du riz conduit beaucoup de pays à explorer le champ du bilatéralisme tel que le président Wade est entrain de l’expérimenter avec l’Inde, un pays comme l’ Egypte avec la Syrie,  à travers un troc de riz contre du blé, le risque est gros de continuer d’entretenir une dépendance totale vis-à-vis d’un marché mondial en voie objective d’extinction.  

Au total les 240 milles hectares de superficies exploitables sur la vallée et ceux disponibles sur le bassin de l’Anambé  offrent un potentiel d’exploitation qui, associé avec le savoir faire des producteurs locaux,  qui devront de plus en plus se préparer au statut de producteur-entrepreneur, le volontarisme de notre jeunesse, le capital et la technologie d’entrepreneurs ambitieux, tout cela combiné avec un accompagnement volontariste et rigoureux des pouvoirs publics, doit concourir à garantir à notre pays son autosuffisance en riz tout en autorisant, à terme, des ambitions exportatrices sur un produit de plus en plus rare, donc appelé à être d’autant sollicité.  

Nous sommes d’autant plus confortables dans ce débat  que la Thaïlande qui est le principal fournisseur de riz du Sénégal enregistre des rendements à l’hectare inférieurs aux nôtres (2 à 4 tonnes à l’hectare contre 4 à 6 tonnes/’hectare pour le Sénégal avec, dans certaines zones, des pointes de 8 tonnes à l’hectare). Le ministre de l’agriculture l’a récemment rappelé devant le premier ministre Adjibou  SOUMARE qui vient d’inviter avec beaucoup d’à propos nos compatriotes à se rendre compte  que face à cette problématique majeure de la flambée des prix des denrées alimentaire en général, et du prix du riz en particulier,on est pas là en face d’un phénomène  conjoncturel, mais d’un problème structurel qui appelle des solutions de rupture, audacieuses,volontaristes et patriotiques.

                                                                                           Abdou Fall, député

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