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L’affaire « Guddi Town » est un spectacle privé mettant en scène des jeunes filles mûres se livrant à des danses dites obscènes accompagnées de variations et d’ondulations, de courbettes et de roulettes à géométrie variable de toutes les parties de leur corps. La célèbre danseuse Ndéye Guéye, est la chef de file de la bande « satanique » qu »on veut envoyer à la casserole, à la bouilloire. Attentat à la pudeur, danses obscènes tels sont les pêchés capitaux des pensionnaires de l’écurie danseuse dakaroise, les « Gazelles ».
L’affaire Guddi Town est une affaire complexe pour notre jurisprudence parce que le décor privé s’est vite muté en spectacle public à cause d’une incrustation d’une caméra de mauvais oeil, filmant le « crime obsessionnel » dont s’adonnaient avec charnel et allégresse Ndéye Guéye et compagnie. Du point de vue juridique, il faudra d’abord distinguer ce qui est privé et public dans cette affaire pour rendre un jugement équitable. Voilà où réside l’enjeu du verdict qui sera rendu ce jeudi. Lourde responsabilité pour le juge, mais aussi lourd regard pédagogique sur la jurisprudence de notre pays dont certains de ses textes ou articles sont caduques.
L’affaire Guddi Town a défrayé la chronique du web et des médias. Pourtant au départ l’affaire était logée dans la toile du web. Mais grâce au téléchargement et à l’envoi des liens Internet que, « Guddi Town » ait sorti de son tabernacle arachnéen pour se retrouver dans les kiosques des grands quotidiens nationaux, des magazines people et dans les palabres. Ce qui était un secret toilé, devient un fait divers connu, célèbre et commercialisé.
Dans cette affaire, il y a l’émotionnel, le passionnel, le compassionnel, l’obsessionnel, l’inquisitionnel et même le relationnel, bref pour dire tout simplement que « Guddi Town » a clivé l’opinion publique sénégalaise. Il y en a ceux qui jouent les saints, les puritains comme les nombreuses associations musulmanes et islamiques qui se sont constituées en partie civile, d’autres ont joué le laïc, la liberté individuelle, c’est le cas d’Amath Dansokho et tout ceux qui soutiennent Ndéye Guéye et compagnie et en fin ceux qui ont joué la carte du père noble, l’assainissement des mœurs comme l’association « SOS Consommateur » de Me Massokhna Kane. Bref on dirait que dans cette affaire, il y a les « saints », « les puritains » les « moralisateurs » et « les pervers ».
Sans vouloir prendre la défense de Ndéye Guéye, à vrai dire et honnêtement cette affaire a pris une tournure de récupération politique, religieuse et sociale. Qu’est ce qu’on accuse à Ndéye Guéye ? D’avoir violer l’art de danser. Oui c’est vrai Ndéye Guéye et compagnie ont livré un spectacle désolant, heurtant, frappant, effrayant, indolent voire même insolent que notre conscience morale ne saurait tolérer ou accepter. Mais le problème moral est que ce n’est pas seulement Ndéye Guéye et compagnie qui se trouvent seules dans cette glaise, cette nébuleuse, cette opacité et douteuse morale. Ils sont des centaines et des centaines de sénégalaises et sénégalais qui s’adonnent à la pratique de « malsain » ou de « l’écart de comportement pudique ». Les clips que la RTS diffusent à longueur de journée sont marqués par des danses aussi obscènes que celles de Ndéye Guéye et compagnie se sont distingués. Les plages n’en parlons pas. Et alors le port excentrique des jeunes filles, que dit la DIC sur cet habillement choquant ? Et les élections de Miss ou « Diogoma » où on ne présente des filles et des femmes presque nues.
Les associations islamiques, qu’est ce qu’elles en disent ? Pourquoi ne pas porter plainte si elles se considèrent les sentinelles d’un Sénégal puritain ? Et la prostitution ? L’homosexualité ? À ce que je sache ces pratiques qui détruisent notre société fondée sur le modèle islamo-wolof n’ont rien à voir avec nos habitudes, nos cultures, nos valeurs, et nos religions, musulmanes comme chrétiennes. Et les ministres accusés de morale et de pratique douteuse ? Qu’est ce qu’on fait d’eux ? rien. C’est parce que Ndéye Guéye est pauvre, qu’on veut l’envoyer au bagne ? C’est parce qu’elle doit payer le crime commis par les autres ? C’est parce qu’on veut dissuader les autres ? Nous disons non. Non à la justice deux poids deux mesures. Ne dévions pas la balance. Si Ndéye Guéye doit aller en prison, la justice doit convoquer toutes les danseuses qui se rivalisent de gestes et des gesticulations obscènes et la rimbabelle des filles qui se racolent à travers les rues de Dakar, parce qu’elles aussi offensent notre conscience morale.
Si Ndéye Guéye va en prison, ça signifierait qu’elle est « une offrande sacrifiée » de la justice sénégalaise.
Dans cette affaire aussi nous demandons que le directeur de Top Pneu et le gérant de la boîte soient lourdement sanctionnés pour qu’ils sachent que ce n’est pas seulement l’Espagne qui sait réprimer des immigrés hors la loi. Nous aussi on peut.
Adama Diouf
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