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L’Histoire Romaine de Tite- Live nous enseigne que lorsque Rome fut attaquée de nuit, ce sont les oies sacrées de Junon qui ont donné l’alerte. Conjurant ainsi une invasion gauloise. Qu’importe que cela relève de la légende. L’on apprend au moins que le rôle des oies du Capitole était justement de veiller à la sécurité des citoyens.
Cette fonction de veille et d'éveil des consciences a été assimilée comme devant être celle des intellectuels dans la société : veiller sur le bon fonctionnement des institutions sénégalaises, sur la gestion de la chose publique, mais également éveiller les masses sur les travers ou les jeux lugubres auxquels s'adonne le Pouvoir institutionnel.
Or nous constatons, à l'unanimité, qu'il y a, sur ce point, une véritable faillite de l'intelligentsia. Les intellectuels sénégalais, à quelques très rares exceptions, ont abdiqué. Souvent ils ont purement et simplement préféré d'autres cieux plus cléments. Presque l'exil. Cette démission ou mise en retrait ne devrait pourtant pas décourager ceux là qui croient fermement en l'idéal d'une société sénégalaise démocratique.
Il n'est aucunement question de renoncer au combat. Les intellectuels de la diaspora, les professeurs, les thésards, les étudiants, les artistes, tous ceux qui sont dans le monde des idées et dont l'ambition est justement d'en venir à occuper une position de responsabilité dans la gestion de la société, non pas forcément une position de pouvoir.
Mais, une posture qui leur permette d'être des oies pour le Sénégal et donc de se donner le droit et le devoir moral de dire exactement, dans le respect des convictions des uns et des autres, ce qui est le fond de leur pensée. Cela suppose que l'on ne soit pas limité par quelque force que ce soit.
Il suffit de voir ce qui se passe dans les différents forums sur le Net (seneweb.com, senediaspora.com, xalima.com, entre autres) pour se rendre compte qu'ils ont tous envie de contribuer au développement du Sénégal, au diagnostic des maux de ce pays.
Nous devons plaider pour une véritable généralisation de cette pratique. Si les grands intellectuels se sont tus, nous ne devons pas pour autant renoncer au combat, combat pour un meilleur fonctionnement de la société sénégalaise.
Un homme politique sénégalais, actuellement dans l'attelage gouvernemental, admirable au moins intellectuellement, disait, beaucoup plus à raison qu'à tort, par rapport à la politique, que le principal problème au Sénégal c'est que les gens de qualité, morale et intellectuelle, ont pris leur distance vis- à- vis de la chose politique : ils ont renoncé à participer à la gestion des affaires de la Cité. Nous lui avions rétorqué que cette sorte de désenchantement politique était le fait d'un système qui, par de longues pratiques répréhensibles, a fini par générer cet état de fait et par amener les penseurs à retourner dans leur vie d'ermites. Lui-même était un élément essentiel du dispositif mis en place par ce système, puisqu'il était, par ailleurs ,le prolongement de la voix de la clef de voûte de cette organisation.
Nous voyons bien qu'il se prépare quelque chose, que quelque chose est en train de se tramer, et c'est souvent sur le dos du peuple. Des comités de soutien poussent comme des champignons pour défendre les chantres de nouveaux concepts, vraiment pas fameux, seulement opérants sous les Tropiques.
Un nouveau parti est mis sur pied, parti dit de contribution, qui rappelle une phase de l'histoire politique du Sénégal. Des tractations ont été menées.Seuls les deux protagonistes savent en réalité ce qu'ils se sont dits. On annonce le "retour" de Idrissa Seck. Personne ne s'émeut de cette situation. Des forces religieuses sont mises à contribution, comme souvent, pour sanctifier des retrouvailles, en sachant évidemment qu'il est bien question de sommes faramineuses volées au peuple sénégalais. Pourtant elles mêmes ont la prétention de défendre les intérêts des "masses laborieuses".
Tout cela se passe dans une atmosphère de mystification, à raison de discours pompeux et creux de politiques qui sentent le sol se dérober sous leurs pieds.
Notre crédo est d'inviter les sénégalais qui se sentent concernés à dire leur mot sur les plaies profondes qui gangrènent le pays. Nous en appelons à leur conscience morale, à leur bonne foi, à leur détermination à tout œuvrer pour voir le sénégal aller de l'avant. Nous appelons donc les "gens de qualité " à accepter, une fois encore, de participer activement à la critique de la gestion des choses de ce pays, à en redevenir les modernes Oies. Si l'on ne veut pas qu'une attaque inopinée nous surprenne.
C'est en cela que nous les exhortons à défendre toutes les pratiques qui tendent à jeter la lumière sur le jeu politique. La posture critique d'abord, qui ne prend pas des gants pour mettre le doigt là où ça ne va pas : la confusion autour de l' Exécutif, sa patrimonialisation, le clanisme, l'opacité dans la gestion des ressources, le confrérisme, la confusion des genres sur le statut et la place des guides religieux, les desseins inavouables, qu'il faudra bien détecter...
S'il est vrai que le Pouvoir institutionnel n'est pas toujours un espace de vertu, il faut donc se battre pour une meilleure visibilité du journalisme d'investigation. Une mise en honneur du journalisme d'opinion. Cela en ne perdant pas de vue qu'un tel journalisme n'invalide nullement la pratique du métier. C'est en tout cas la conviction que ce dont il s'agit c'est avant tout de notre avenir, de celui de nos familles, de nos enfants, qui nous amène à inscrire notre action dans ce sens là.
Nous voudrions sceller avec vous ce serment de fidélité, sur le fond de la dénonciation, de la critique de tout ce qui ne va pas, de tout ce qui peut entraver la bonne marche des institutions, le bon fonctionnement de la société sénégalaise.
S. Keïta
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