| Le viol de la mémoire |
C'était hier. Même
pas. Cette aube...que la nation se perdait dans les vagues de l'océan.
Et aujourd'hui, à peine que le jour se lève, nous nous mettons aoublier. Mon dieu!?
Dans l'incommensurable drame du Joola, sous la chair de nos amours, de
notre sang, s'écrit et se noue un autre drame. L'autre naufrage,
c'est notre incapactié à se ressaisir pour exorciser les démons qui
l'ont engendré. Les habitudes ont repris le dessus, et si rapidement, sur la morale de
l'histoire. Tous ces cars rapides surchargés, l'anarchie des rues, le
chaos organisé du centre ville violent la mémoire de Ibrahima, de
Modou, de Awa.... Juchés et arc-boutés sur nos égoismes de survivants,
on s'évite l'introspection et le procès, pour déclarer Dieu coupable.
Le viol de la mémoire, c'est
notre surdité aux gémissements de ces milliers de morts. Et pourtant
comme nous le rapellait la voix du sage du conteur-poète Birago:
Les morts ne sont jamais sous terre,
Ils sont dans le feu qui s'éteint,
Ils sont dans le rocher qui geint,
Ils sont dans les herbes qui pleurent,
Ils sont dans la forêt, ils sont dans la demeure,
Les morts ne sont pas morts."
Il ne s'agit pas seulement de
se souvenir ou de commérorer. La question est sommes nous capables de
nous relever. Se relever, c'est rompre d'avec cette culture du
"garawoul". Regardons-nous devant le miroir. Deux milles morts et la
face de notre histoire ne s'en trouve pas changée. Sommes-nous des
monstres?
Le viol de la mémoire, l'insulte à nos morts, c'est l'absence de procès. Rien! Rien que la clameur malsaine des indemnisations.
Je suis pas sûr que la nation ait compris le message du joola. Deux ans après l'océan engloutit toujours nos fils.
J'entends d'ici, l'indécent argumentaire qui sonnent en quelques mots : "oui il faut qui la vie continue ".
Bien sûr qu'il faut que la vie continue.Oui! Mais pas comme avant. Il faut qu'une autre aube s'éleve.
B. O. N.





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