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La vie chère en question Votre email
07-04-2008

ImageLes images sont choquantes. Celles qui ont été diffusées mardi dans le 20 heures de David Pujadas sur France 2.  Choquantes puisqu’ elles proviennent du Sénégal. Notre pays.

Choquantes également parce qu’elles montrent des citoyens battus à coups de crosses par ceux qui sont  censés les protéger. Pis encore les services de l’ordre ont usé de grenades  lacrymogènes  pour disperser la foule de manifestants qui s’insurgeaient contre la vie chère qui meuble leur quotidien.  

Peu m’en faut si la marche de l’Association des Consommateurs du Sénégal n’a pas été autorisée. D’autant que celle-ci s’est déroulée de façon pacifique avant que l’inévitable ne se produise. 

C’est vrai que « nul n’est censé ignorer la loi. » Mais si l’on va jusqu’à interdire aux citoyens la liberté d’assemblée, cela peut paraître étrange. Quand on sait que cette liberté fait partie des droits inaliénables dans une démocratie. Et le Sénégal ne peut pas déroger à cette règle.

Mais alors que peut- on reprocher à ces manifestants de la vie chère regroupés au sein de l’ASCOSEN ? Rien. Sauf le fait d’avoir crié urbi et orbi que tout flambe : les prix des denrées de première nécessité, l’eau, l’électricité, l’immobilier, le transport, etc. 

Dès lors, pourquoi bâillonner ? N’est-ce pas que : « Le corollaire  de la liberté de parole est le droit qu’a le peuple de s’assembler et de demander pacifiquement au gouvernement d’écouter ces revendications. » Cette phrase, tirée dans la fameuse revue publiée par l’US Information Agency, traduit à elle seule la place centrale qu’occupe l’opinion publique dans un système démocratique. 

A Paris, la diaspora Sénégalaise a, elle, aussi pris le relais des revendications du

« goorgorlou. » Lequel a mal. Malade de joindre les deux bouts à la fin du mois.

Ayant joué à fond la carte de la surprise, des militants de droit de l’homme, des citoyens épris de justice et de liberté, des représentants du PS, tout ce beau monde a envahi pacifiquement les locaux du Consulat du Sénégal à Paris. Une façon, pour eux, de poursuivre hors des frontières la bataille de la vie chère déjà entamée à Dakar. Une façon également de se solidariser avec leurs nombreux compatriotes qui broient du noir en ces périodes de vaches maigres. 

Les populations du Cameroun, du Burkina Faso et de la Côte d’Ivoire ont annoncé la couleur. Avant d’avoir gain de cause auprès de leurs gouvernants. Nos concitoyens ne pouvaient alors plus rester les bras croisés. Du coup, ils ont embouché la trompette de la revendication comme l’ont fait leurs voisins de la zone franc. Seul moyen de dissiper leur colère. 

C’est vrai que les clignotants de l’économie mondiale sont au rouge. C’est vrai aussi que les grandes places boursières sont secouées par la crise financière. D’ailleurs, de Wall Street à la bourse de Paris en passant par le Kabuto Cho à Tokyo, les indices ne se portent pas mieux. Et c’est connu si le Dow Jones dort, le CAC 40 et le Nikkei ne peuvent que ronfler. La flambée du prix du carburant est passée par là. Ajoutée à cela les mauvaises campagnes agricoles dans la sous- région ouest africaine. On parle alors d’ « inflation importée. » 

Pour autant, ce n’est pas une raison de ne pas réagir. Le signal est venu du tout nouveau Gouverneur de la BCEAO. Invité d’Afrique Midi sur RFI, Philippe Henry Dacoury Tablé sait que la balle est dans le camp des autorités politiques. Car ce ne sont pas, pour lui, les solutions qui manquent. Et le patron de la Banque Centrale, en bon économiste, de jeter son dévolu sur l’autosuffisance alimentaire et la fin du monopole. Condition sine que non pour baisser les prix des denrées de première nécessité et soulager le quotidien des populations. 

Loin s’en faut, ces batteries de mesure ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd. Car, en sus de ces propositions, le président Abdoulaye Wade a annoncé la création de magasins témoins dans les prochains jours. Effet d’annonce ou promesse sans lendemain ? Allez savoir… En tout cas, la cause des manifestants semble être entendue. Même si les Sénégalais attendent, pour le moment, de voir. Car, comme le dit le proverbe, « ventre affamé n’a point d’oreille. » La suite promet… 

Ismaila CAMARA 

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