| TRANSVERSALE - Christophe Lafalle, auteur de Diana, l’enquête jamais publiée |
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| 27-12-2007 | ||||||
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Christophe Lafalle a ses petites habitudes à Theranga, un salon de thé-restaurant debout au beau milieu du XVIIème arrondissement de Paris. Ancien rédacteur en chef adjoint du magazine Paris-Match, le journaliste français, qui a blanchi sous le harnais, a publié de nombreuses enquêtes dont la dernière sur Lady Diana a accouché d’un livre publié lors des 10 ans de la mort de la princesse la plus médiatisée du monde. L’actuel collaborateur des magazines français, Ola et Gala, parle dans cet entretien avec Weekend de son livre Diana, L’enquête jamais publiée et pose un regard critique sur la presse occidentale, envahie par le fric des grands industriels.
Vous avez sorti, le 23 août dernier, un livre sur la mort de Lady Di. A quoi avez-vous abouti ? Dans ce livre de plus de 300 pages, je raconte un peu l’enquête de Paris-Match, j’explicite comment ça s’est passé, car on était en plein milieu de l’affaire. Paris-Match a fait 56 couvertures sur Diana depuis son mariage avec le prince Charles, depuis qu’elle a été découverte par la famille royale. Donc, Paris-Match était en plein milieu de l’affaire, surtout que le drame de sa mort (le 31 août 1997 dans un accident de voiture) s’est passé dans le quartier où mon journal de l’époque avait ses bureaux sur le 18ème arrondissement de Paris. Comme, j’ai dit 56 couvertures sur Lady Diana, c’est beaucoup, c’était une femme que les Français connaissaient bien. Il y a aussi que la famille royale anglaise a toujours fasciné les Français pour plein de raisons. Voilà une princesse qui vivait un conte de fées, qui fascinait les femmes en France et dans le monde entier, et qui se tue bêtement dans un tunnel dégueulasse à L’Alma. C’est un destin incroyable. Vous en avez conclu quoi après votre enquête? Il y a la brigade criminelle avec des juges instructeurs qui ne sont pas des moindres qui ont enquêté sur cette affaire et qui ont conclu à un accident. La princesse sortait avec Dodi Al Fayed, ce qui était gênant pour la famille royale? C’est ce que dit le père de Dodi (Mohamed Al-Fayed). Au moment du drame, la princesse était hors de la famille royale. Parce qu’elle avait divorcé d’avec le Prince Charles, elle avait été déchue du titre d’Altesse royale quelques mois avant, mais effectivement elle pouvait gêner. Mais dans ce cas, on pouvait imaginer tous les scénarios. Elle pouvait gêner l’intérêt économique, financier. Parce qu’elle menait une campagne de lutte contre les mines anti-personnel, elle avait d’ailleurs des rendez-vous septembre-octobre en Asie du Sud-Est Cambodge et au Vietmam comme il y a beaucoup de mines. Elle pouvait gêner à moyen et long terme parce qu’elle était une espèce d’électron libre et c’est là que s’est engouffré le père de Dodi Al-Fayed, qui est un richissime homme d’affaires égyptien. Mais le père Al-Fayed a utilisé un peu cette thèse pour éviter qu’on s’attarde sur la responsabilité civile, puisque Henri Paul qui faisait le chauffeur, le jour de l’accident, travaillait pour lui comme chef de sécurité, dans son hôtel parisien du Ritz. Est-ce que des médias français comme Paris-Match ne sont pas responsables de la mort de Diana? Il n’y avait pas que nous, il y avait les Anglais, il y avait la famille royale qui utilisait cette fille qui était belle, fraîche qui fascinait toutes les foules dans le monde entier, à l’époque où l’on entrait dans une ère de mondialisation de l’information et de l’image. La famille royale a tout simplement utilisé son image pour redorer son blason. Effectivement, nous à Paris-Match, on l’a utilisée parce que cela fascine les gens. Vous êtes pour cette presse people? Oui et non. Parce qu’elle est un peu futile et ça ne fait pas avancer les choses. Mais, c’est une presse qui fait rêver les gens. Et forcément, il y a des gens qui veulent s’échapper du quotidien pas souvent facile dans nos démocraties. La princesse Diana, qui a vécu une sorte de conte de fées, intéresse les gens, notamment les femmes. Ce livre est-ce une manière pour vous de dire votre vérité sur cette mort de Diana? D’abord, ce n’est pas ma vérité, mais c’est celle de Paris-Match. Parce qu’à l’époque, notre journal avait vraiment mis le paquet sur cette affaire. Quelles sont les révélations contenues dans ce livre? De révélations, il y en a, comme l’objet du voyage, l’arrêt à Paris. Mais, il y a surtout qu’il y a débat sur le fait qu’elle était enceinte ou pas. En tout cas, à Paris-Match, on avait des documents authentiques prouvant qu’elle était enceinte. Évidemment, Monsieur Al Fayed considère le fait qu’elle soit atteinte était le mobile du meurtre et compte tenu des documents qu’on avait en notre possession si père il y avait, ce devait être quelqu’un d’autre. Et non de Dodi. Parce qu’elle était enceinte de 9 à 10 semaines. Il y a aussi le fait que Dodi et elle se sont connus après le 16 juillet 1997, donc, la grossesse ne pouvait pas être de lui. Est-ce que Diana n’était pas volage? Je pense qu’elle était profondément amoureuse de Charles, mais celui-ci avait une maîtresse, elle le savait et pour elle, c’était un drame. Comme toute femme qui est trompée, elle s’est un peu vengée en ayant des amants successifs. Est-ce ça été facile d’écrire un livre sur Diana ? Non, c’est dur. Pourquoi est-ce dur?
Il faut batailler tous les jours, chercher des informations, les frais d’enquête coûtent très cher. Donc, il faut des sponsors comme Paris-Match qui continue à m’épauler, à m’aider à me payer les frais pour que je travaille sur de grandes d’affaires. Diana a fait partie de l’expérience que j’ai glanée à Paris-Match. J’ai travaillé sur l’affaire Borel *, d’ailleurs j’ai écrit un article dans Paris-Match qui a fait pas mal de bruits. Je m’apprête d’ailleurs dans les semaines à écrire un livre sur l’affaire Borel. Je travaille à l’américaine, c’est-à-dire je ne peux pas mettre la main sur les dossiers. Parce qu’en France, il y a ce qu’on appelle le secret d’instruction, on peut avoir les dossiers, mais c’est considéré comme illégal. Alors, j’essaie de voir les gens, de mener mon enquête, de recouper.
L’affaire Borel, c’est un comme ce fait divers au Portugal avec le couple anglais accusé d’avoir tué sa fille. Les parents seraient les meurtriers, car ils ont des calmants à la fille qui est morte et ils ont maquillé ça comme un enlèvement. Avec le pouvoir de la presse, on peut faire accréditer n’importe quelle histoire, et c’est la même chose avec le juge Borel. Vous pensez que les Djiboutiens vont flinguer un magistrat français et que les Français les couvrent derrière, c’est impossible. Qu’est-ce qui vous a fait quitter Paris Match?
Je suis un aventurier (rires), j’aime bien prendre des risques. C’est un peu long à expliquer, mais j’étais un des hommes de confiance du patron de l’époque de match, Roger Peron dont le contrat est arrivé à terme en l’an 2000. Après, c’est une nouvelle période qui s’est installée en France dans laquelle tous les journaux sont les propriétaires des grandes compagnies comme Hachette ou Rothschild pour Libé. Beaucoup de journaux français sont aujourd’hui tenus par des hommes d’affaires qui ne pensent qu’à gagner de l’argent, faire entrer de la publicité et qui doivent être gentils avec le pouvoir. Ouais, c’est un peu tout ça. En plus, j’avais d’autres raisons, parce que j’étais très lié à mon patron, je l’admirais et que c’était un des derniers barons de la presse française. Est-ce l’environnement actuel de la presse française vous a dépité? Complètement. Parce que le pouvoir doit entre les mains des journalistes, pas des industriels. Ces industriels veulent de la publicité et la publicité ne vient quand on fait des reportages forts en dénonciations, la guerre etc.
Tous ces industriels, Bolloré avec Tf1, Arnaud Lagardère, Rothschild avec Libération, il n’y a pas de journaux indépendants en France. Déjà qu’on était une presse politique avant, maintenant, nous sommes entre les mains des industriels. Même aux Etats-Unis où la presse était plus libre qu’en France, un journal comme New York Times, qui est la bible du journaliste, a laissé le pouvoir entre les mains des publicitaires, les journaux ont énormément de publicités. Quand des journalistes d’investigation commencent à travailler sur des Ogm (Organismes génétiquement modifiés), l’industrie alimentaire vous coupe une campagne de publicité de deux ans et c’est un manque à gagner énorme. Et, comme partout, les journalistes sont considérés comme des fouineurs, des fouteurs de m... C’est assez pourri. Il y a eu en Amérique un livre très connu qui s’appelle le Black Book où figurent tous les journalistes qui ont fait des carrières fulgurantes et qui ont été radiés de ce métier. Parce qu’ils ne peuvent plus faire leur métier normalement et ce qui est grave, c’est qu’on les force à démissionner.
Propos recueillis par Mor Talla GAYE "mailto:
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