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"Rokku Mi Rokka" de Youssou Ndour ou les possibles d'un mbalax ouvert dans la maîtrise Votre email
03-11-2007
Image"Rokku Mi Rokka" (donner et recevoir en pulaar). L'intitulé du dernier album de Youssou Ndour (Nonesuch/Warner, octobre 2007) n'a rien d'un prétexte. Il est bien choisi. Il se veut le reflet de la diversité de la musique sénégalaise pour un chanteur qui, ici, s'est éloigné à bien des égards du tout-puissant mballax.

L'amour pour le travail bien cultivé par l'enfant de la Médina, devenu star planétaire, entretient la saine passion propre à sortir des chefs d'oeuvre comme les 11 titres qui composent l'opus sorti lundi dernier en Europe. En vérité, Youssou Ndour donne plus qu'il ne reçoit tant le produit est l'expression d'un génie jamais à cours d'inspiration.


Ndour exploite à fond la possibilité qu'il a de toucher à tous les genres, à une variété de styles, tout en restant dans une ligne qui ne trahit pas la cohérence de ce 8-ème album international. Même si au finish, ça peut être déroutant pour quelque esprit n'ayant pas les références musicales nécessaires. Ne disait-il pas qu'il ne serait pas lui-même s'il n'arrivait plus à surprendre.

Cette responsabilité découlant d'un leadership incontestable dans le domaine fait qu'il est dans l'obligation de toujours apporter quelque chose de nouveau. Cela est vrai pour "Rokku Mi Rokka".

Il y a vraiment du neuf dans cette production. Youssou Ndour introduit presque tous les sons venant d'Afrique, adapte le mballax. Le swing nomade tant espéré après l'annonce de la sortie est bien là. Youssou Ndour se promène, mène sa balade et fait surfer sa voix magique sur des mélodies venues d'ailleurs.

Dans sa recherche de sensations nouvelles, il dévoile en même temps un pan de la culture sénégalaise, des aspects enrichissants et fécondants dont on ne perçoit mieux la valeur que si on s'en éloigne. Le voyage aurait eu des relents initiatiques si le vécu et l'expérience de l'artiste n'étaient pas riches. Mais c'est Youssou Ndour !

"Rokku Mi Rokka" est un fruit mur. "4-4-44" et " Bàjjan" (le seul vrai mballax de l'album) y sont repris, mais ils sont tellement bien faits qu'ils prennent carrément une autre couleur. "Pullo Ardo" (à écouter, celui-là), "Sama Gàmmu" renvoient au cousinage à plaisanterie, tandis que "Tukki" (bon beat), en écho à l'actualité, a été conçu pour détourner la jeunesse des chemins incertains de l'émigration clandestine.

Aussi dans l'air du temps, "Dabbaax", hommage à Serigne Abdoul Aziz Sy, khalife général des tidianes, disparu il y a dix ans. L'artiste y chante, comme lui seul sait le faire, les belles vertus d'un chef religieux respecté de tous : humaniste, érudit, rassembleur, pacifiste. Pour certainement le (re)donner en exemple à des citoyens déboussolés par une actualité sociale troublée et difficile.

Une première écoute peut ne pas faire aimer "Wake up" (It's Africa Calling), en duo avec Neneh Cherry, comme pour le tube planétaire "7 Seconds il y a 13 ans). Peut-être ce morceau fait-il partie de ceux qu'on aime et adopte avec le temps. Mais il y a comme un air de déjà vu dans ce titre, un thème, une touche commerciale lui donnant un aspect léger, pas très recherché.

Si la cacophonie ambiante et la médiocrité entretenue avaient fini par installer un certain doute sur la capacité des artistes sénégalais à innover, avec "Rokku Mi Rokka", l'étoile de la Médina remet bien des choses à leur place et rappelle une certitude : la musique est d'abord une oeuvre de l'esprit et il est toujours possible de créer pour distraire et sensibiliser.

Entre ses mains et dans son souffle sans cesse renouvelé, le mballax, sans perdre son âme, se mêle à d'autres sons. Peut-être parce qu'il en est depuis belle lurette le roi adulé qui peut s'autoriser à faire évoluer le bébé, à lui faire porter les habits à sa taille.

"Rokku Mi Rokka" est un album riche du fait des talentueux instrumentistes réunis pour sa réalisation. Aux doigtés des fidèles lieutenants que sont Mamadou Jimmy Mbaye (solo), Pape Oumar Ngom (rythmique), Habib Faye (basse), Ibrahima Ndour (claviers, programmations, arrangements), Babacar Faye (percussions), Abdoulaye Lô (batterie) entre autres, viennent se greffer des apports d'une rare richesse.

Bassekou Kouyaté (xalam), Thio Mbaye (percussions), Alain Berge (batterie), Guy Kaye et Oumar Sow (guitare acoustique), les choeurs maures (dans "Baay Faal"), Ndèye Marie Ndiaye Gawlo ("Bàjjan"), Ousmane Gangué ("Sama Gàmmu") sont là. Et ce n'est pas pour rien.

Un tel melting-pot -- où tout est à la bonne place -- s'écoute partout : sur le canapé du salon le plus feutré, près de l'oasis du désert, sous l'arbre à palabre autour du thé ou encore dans les cabarets...Il est de tous les temps.

By Par Aboubacar Demba Cissokho (APS)

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