| Laurence ATTALI, cinéaste franco-Sénégalaise : Et pourtant, elle tourne ! |
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| 26-09-2007 | ||||||
Cinéaste franco-sénégalaise Laurence Attali traduit dans ses films son double attachement pour le monde des arts et pour son pays d’adoption. Elle vient de signer Le temps d’un film, un documentaire qui montre les difficultés et les angoisses du réalisateur africain. Sur les plateaux de tournage, elle met à contribution son expérience de monteuse.
Cinéaste. Ce mot fourre-tout lui va comme un gant. Dans le sens où il reste assez vague pour inclure tous les métiers de fabrique de film. Dans la chaîne de production audiovisuelle, elle a coiffé sa petite toise à tous les chapeaux. Laurence fait tout. Attali est souvent beaucoup plus ambitieuse que ses budgets serrés. Mais puisqu’il faut faire des films…Ce qui, dans nos pays, veut presque tout dire. ‘C’est un bon sujet de journalisme d’investigation : comment se montent les films en Afrique?’, suggère-t-elle. Sa dernière œuvre est du reste un aperçu de ce chemin de croix annoncé. Le temps d’un film (2005), retrace un segment du parcours du combattant qui attend le cinéaste africain. C’est une accumulation de patience, de promesses, de doute.
Entre Dakar et Paris, sa ville de naissance, Laurence Attali nourrit son béguin pour le septième art. Une passion précoce. A six ans, elle a sa vocation en place : ‘J’ai très tôt su que c’est du cinéma que je voulais faire’. Ce qui ne l’a pas empêché de faire un détour en fac de philo.
Les films d’Attali peignent un penchant secret pour les arts et un attachement affiché pour le Sénégal. Toutes ses créations, fictions ou documentaires, nourrissent cette double passion. Elle a trouvé le moyen de les mettre sous un même emballage avec La Trilogie Des Amours qui comporte : Même le vent… (1999), Le Baobab (2000), Le Déchaussé (2003). Une série de trois fictions où l’on retrouve fréquemment les décors du sahel, les figures du musicien Cheikh Lô, de la styliste Oumou Sy. Les œuvres ne s’éloignent jamais du monde de la création. Que ce soit dans Mourtala Diop voyageur de l’art (1993), qui raconte l’histoire peu ordinaire d’un Baol-baol passé grand collectionneur d’art, ou dans Moustapha Dimé (1999), qui tente de percer l’univers du défunt sculpteur, la cinéaste traduit par l’image une profonde fascination pour les arts plastiques et la musique. ‘Je suis extrêmement intriguée par le processus de création. Ce qui me plait, c’est de suivre cette démarche : comment une idée abstraite, une note prend forme ou devient une musique à écouter’, s’émerveille-t-elle. Sur ce plan, l’empreinte de Fellini est assez palpable. A huit ans, elle a regardé 8 et demi où le cinéaste italien décrit son angoisse face à la…création.
Laurence Attali est venue à Dakar au début des années 90. C’était pour arranger la post-production de Lat Dior. Elle reste marquée au fer rouge par sa première expérience de cinéaste en terre sénégalaise : Regarde Amet, un docu tragique sur le réalisateur et ami, Amet Diallo surpris, un soir d’octobre, par une crise d’asthme dans une rue de Dakar. ‘C’était un film émotionnellement très fort. Après, j’ai dû prendre du recul’, se souvient-elle. Elle prend le large. Destination : les îles du Cap vert pour faire Petit pays.
Sa dernière fiction, Le déchaussé, est une nouvelle tentative (cette fois, ratée) de sortir du Sénégal, qui lui a souvent servi de décor. Alors un temps, elle a rêvé de Venise, de Tom Waits, avant de revenir à Saint-Louis du Sénégal et à Cheikh Lô. Elle y raconte une histoire d’amour de musique tirée de la bible et que lui racontait sa mère.
Dans ses moments créatifs, Attali garde sur elle un carnet. Elle y note les confessions des proches, les confidences des anonymes. ‘Ça me plait d’écouter les gens, qu’ils me racontent quelque chose de léger et de positif. Et pour ça, la caméra est un bon prétexte’, affirme la réalisatrice.
Cette disposition l’a sans doute décidée à faire des films. Quand elle quitte les salles de montage, c’est pour concocter La petite minute de bonheur, une série de 25 numéros, qui recueille ‘ces brefs moments magiques qui nous remplissent de bonheur et nous réconcilient avec la vie’.
A 52 ans, cette ancienne militante de gauche issue d’une famille juive pratiquante a atteint le point où l’on vit mieux ses croyances. ‘Je crois que ce qui me reste de ma culture hébraïque, c’est l’…animisme’, avance-t-elle.
Ses œuvres gardent la trace de rituels païens qu’elle est étonnée de retrouver dans toutes les cultures. ‘Quand je partais en voyage, ma mère versait de l’eau sur le pas de la porte pour que je revienne sauve’, cite-t-elle en exemple. Elle pose sur l’Afrique un regard à la fois syncrétique, familier et décalé.
Chez Attali, faire un film c’est un peu comme démarrer une relation amoureuse. ‘On ne sait jamais quand ça commence et comment ça finit’, confiait-elle à un public.
Quelques jours plus tard, chez elle, elle confirme le coup de foudre : ‘C’est comme quelqu’un que tu rencontres dans la rue et tu te dis : c’est lui. On ne sait pas pourquoi. On sait qu’à un moment de sa vie, c’est le film qu’il faut faire’, explique-t-elle. Le film du moment est en gestation. Son titre : Noces inoxydables. Par Abdou Rahmane MBENGUE
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