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Fesman III - Alioune Badara BEYE : "Les sponsors internationaux se bousculent à notre porte"
 
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ImageLe troisième Festival mondial des arts nègres (Fesman III), prévu du 1er au 21 décembre 2009, est devenu une préoccupation mondiale.

Fort de ce constat, le coordonnateur général du Festival, Alioune Badara Bèye, dit, dans la première partie de notre entretien, être confiant quant au succès de ce rendez-vous du monde noir.  

Wal Fadjri : Où en êtes-vous avec les préparatifs du Fesman ?

Alioune Badara BEYE : Comme j’ai l’occasion de le dire, cela se passe très bien contrairement à ce que pensent certaines personnes. Nous sommes dans le timing pour parler anglais. Parce que, si on se réfère à l’histoire, il est bon de comparer, figurez-vous qu’il a fallu six ans pour que le président Senghor organise son festival, et 11 ans pour le Nigeria. A notre niveau, Nous n’avons fait que deux ans. Et durant cette période, nous avons mis les structures qu’il fallait mettre en place. Avec notamment le Comité international d’orientation, qui est l’organe dirigeant, l’organe de réflexion du festival qui est la feuille de route. Nous avons mis en place les ambassadeurs de bonne volonté, en plus de l’installation de points focaux : c’est-à-dire l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Est, la sixième région comme la Martinique et Haïti, l’Amérique latine le Maghreb... Concernant les lancements, il fallait d’abord faire un test sur le plan national. Et nous avons fait un lancement à Saint-Louis, il y a un an. Nous allons commencer l’année 2008 avec les autres lancements. Et nous nous occupons de l’animation nationale, en attendant la mise en place de la commission nationale, qui n’est pas de notre ressort, mais du ministre de tutelle qui va la mettre en place dès le début de l’année.

Wal Fadjri : Quel est le rôle qui sera dévolu à cette nouvelle structure ?

Alioune Badara BEYE : La commission nationale a pour mission de s’occuper de la participation sénégalaise. C’est cette équivoque qui amène beaucoup de problèmes. La coordination générale a une mission internationale. Donc cette structure va être mise en place, dans le courant du mois de janvier. C’est cette commission qui s’occupe de faire les contacts avec les régions bien que nous ayons déjà anticipé, parce que nous avons toutes les régions du Sénégal. Et dans toutes les régions du Sénégal, il y a déjà un comité d’organisation. Donc nous sommes même en avance sur ce point. Sur le plan international, nous avons mis en place des commissions et nommé des présidents au niveau de ces structures. Dans chaque commission, il y a un président d’origine étrangère, sauf au niveau de la commission des sites qui est présidé par le directeur du Patrimoine culturel, Hamidou Bocoum. Parce qu’il faut connaître le pays pour relever ce défi. Au niveau de la programmation, nous avons Boubacar Guiro de Sorano et la présidence du jury international est confiée à Aminata Sow Fall. C’est vous dire que nous sommes prêts et nous allons nous réunir les 14 et 15 janvier à Dakar avec le Comité international d’orientation pour apporter ou enrichir tout le travail que nous avons déjà fait. Cette réunion va permettre d’avaliser un peu le plan d’actions que nous allons présenter à ce comité, qui est fort de quelque 70 membres de tous les continents.

Wal Fadjri : C’est de cette rencontre que sortira votre feuille de route ?

Alioune Badara BEYE : Effectivement, parce que c’est important d’avoir les observations de tous les présidents de colloque qui seront présents à Dakar. En ce qui concerne le colloque, je donne un exemple très simple, les observations qui seront apportées aux sous-thèmes que nous avons proposés, après un travail de deux ans. Nous avons fait beaucoup de séminaires sur ces sous-thèmes. Et même pour la sélection du Livre, nous avons maintenant une commission, qui est dirigée par Racine Senghor. Il sera prochainement l’adjoint du président de la commission internationale. Cette commission sera dirigée par René Depestre, un écrivain très connu qui vit en France et qui représente la sixième région. Avec le concours de partenaires japonais, anglais, nous avons nombre d’actes qui peuvent réaliser le festival. Parce que nous avons fait l’essentiel. Aujourd’hui, il reste la mise en route. Pour réussir le pari des préparatifs, nous avons fait des options très simples avec l’accord du ministère de la Culture. Parce que tout ce que nous faisons, il faut qu’on le souligne, c’est de commun accord avec la tutelle. La coordination n’a pas cette autonomie que les gens pensent. Mais nous n’avons aucun problème dans cette approche. Franchement, le ministre nous laisse même trop de liberté. Parce qu’il dit toujours que nous sommes des responsables. Et pour mieux appuyer le Festival, le ministre de la Culture a pris contact avec tout le monde, avec tous les ministères de la Culture de l’Union africaine. Nous avons déjà effectué des missions en Ethiopie pour l’Union africaine. Nous avons assisté à la réunion des ministres de la Culture du monde noir à Nairobi. J’ai été personnellement en France rencontrer le président Abdou Diouf pour impliquer l’Oif. L’Unesco aussi s’implique. Et, non seulement son directeur Matsura s’investit, mais il a décidé même d’impliquer son pays le Japon. Donc sur ce plan, nous sommes prêts.

Wal Fadjri : Le Festival est donc bien vendu au niveau des partenaires internationaux ?

Alioune Badara BEYE : C’est même très bien vendu. Nous avons même l’embarras du choix. Tous les sponsors internationaux se bousculent à nos portes. Mais nous ferons en sorte de préserver l’intérêt de l’Etat, de recueillir à chaque moment l’avis du ministre de la Culture, du gouvernement, du Premier ministre et du président de la République qui veille sur ce Festival. Parce qu’il ne veut pas qu’une communauté par rapport à l’autre ou un continent par rapport à l’autre soit lésé. Il veut que le Festival reste un mouvement universel.

Wal Fadjri : Mais qu’est-ce qui a expliqué ces différents reports du Festival ?

Alioune Badara BEYE : Ces reports s’expliquent et se justifient, parce que nous avons des partenaires. Et qu’il ne s’agit pas pour le président Wade de dire qu’il entend faire le Festival de telle façon pour que tout le monde le suive ; même s’il est vrai que c’est lui-même qui a ressuscité ce projet... Mais il fera cette troisième édition du Fesman avec ses partenaires. Et parfois, c’est même l’un des pays ‘organisateurs’ qui n’est pas disponible. C’est le cas du Brésil qui, à un moment donné, avait clairement dit qu’il n’était pas disponible pour faire le festival à telle période. Nous étions obligés de revoir nos dates. Parce que quand bien même le Brésil est le pays invité d’honneur du Fesman III. Quand le président Wade a échangé avec Gilberto Gil, il lui avait donné les raisons de l’indisponibilité du Brésil qui organise chaque année le carnaval de Rio. Donc, cela a conduit à des changements. Nous ne pouvons imposer aux partenaires de se conformer à nos dates. Nos tenons aussi compte de la position de certains pays au niveau de l’Union africaine qui a aussi son calendrier. Il y a, par exemple, des festivals qui sont parrainés par l’Union africaine. Et l’Union ne veut pas que ces événements tombent à un voire deux mois du Fesman. Tout cela fait que nous sommes obligés de prendre le pouls de ces partenaires. Il reste aussi - et cela tout le monde doit le comprendre - qu’il y a le problème des infrastructures pour accueillir tout ce monde. Dakar est en plein chantier, avec le prochain sommet de l’Organisation de la conférence islamique. Le Fesman ne peut pas se faire avant l’Oci. Nous allons bénéficier très certainement des infrastructures de l’Oci. Nous attendons 400 à 500 mille personnes. Et il va falloir les loger.

Wal Fadjri : Donc vous n’acceptez pas qu’on parle de ‘pilotage à vue’ ?

Alioune Badara BEYE : Non ! Parce qu’il n’y en a pas. Dieu a fait (et je remercie le bon Dieu pour cela) qu’à chaque fois que j’ai eu à diriger quelque chose, je le réussis. Cela ne relève pas de mes compétences. C’est le bon Dieu. Je suis confiant. Et je vous le dis aujourd’hui, ce troisième Fesman sera le plus grand festival que l’Afrique ait jamais organisé. Nous avons les moyens qu’il faut et nous savons où nous allons. Parce que j’ai eu la chance d’avoir vécu le Festival de 1966, j’avais vingt ans au moins à l’époque. C’était un succès certes, mais il y avait eu des lacunes. Ces lacunes nous ne les ferons pas. Je sais que tout le Sénégal n’était pas impliqué lors de ce Festival. Tout se passait à Dakar. Pour cette troisième édition, le président a décidé de décentraliser, en tenant compte des nouvelles technologies de l’information. C’est pourquoi le président a toujours précisé qu’il faut faire un Festival de notre temps. C’est ce que nous allons faire. Il y aura dans chaque région une équipe de télévision, avec toute la logistique nécessaire. Ce qui fera que le Festival sera vu par le monde entier pendant 21 jours. Et même dans les localités les plus reculées, il y aura des écrans géants, notamment dans les départements, les communautés rurales, pour permettre aux populations de suivre l’événement… Vous savez, il y a des moments où il faut communiquer et des moments où il faut travailler.

Wal Fadjri : Justement est-ce que le Festival ne souffre pas d’un problème de communication malgré tous ses organes ?

Alioune Badara BEYE : Du tout ! Aujourd’hui, si vous ouvrez le Net, vous verrez ce que nous recevons comme courriers. Mais chaque chose à son temps. Il ne faut pas communiquer pour communiquer (…) Nous avons fait un lancement à Paris, et toute la presse a été invitée. Et nous avons diffusé cela dans toutes les chaînes de télévision. Le Festival est devenu une préoccupation mondiale. Je reçois près de cent lettres par mois. Nous avons un document dans lequel nous avons défini toutes les disciplines, les conditions de participation à l’événement. Nous avons invité des pays mais également des sommités internationales quelle que soit leur domiciliation. Donc nous sommes prêts. Et nous avons des partenaires internationaux. Parce qu’à ce niveau, il ne faut pas se faire de complexes. Il y a des choses que nous pouvons faire, par contre, il y en a d’autres que nous ne pouvons pas faire. Ce n’est pas parce que nous n’avons pas l’expertise qu’il faut, mais parce que nous n’en avons pas les moyens. *(A Suivre)

Propos recueillis par Mbagnick NGOM

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