| Disparition de Labah Sosseh La salsa africaine perd un de ses pionniers |
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| 21-09-2007 | ||||||
Pionnier de l’afro-salsa qu’il a contribué à rendre populaire sur tout le continent en quarante ans de carrière, le chanteur sénégambien Labah Sosseh s’est éteint hier à Dakar à l’âge de 64 ans.
Les yeux et les oreilles tournés vers Cuba, de l’autre côté de l’Atlantique, Labah Sosseh est l’un des premiers chanteurs à avoir branché Dakar sur le rythme de la salsa. S’il commence à jouer en Gambie en 1963 avec l’African Jazz Band, matrice des Super Eagles de Banjul, il vient au Sénégal vers 1968 à la demande du patron du Miami, un club dakarois très populaire. Décès de Labah Sosseh : Fin de symphonie pour un Maestro au cœur d’or La nouvelle est tombée hier, comme un couperet, sur la tête des mélomanes de la musique cubaine. Une mort inattendue, au sortir d’un téléthon, organisé il n’y a pas longtemps, par les amis du maestro, pour le soutenir. Une vingtaine de millions de nos francs a été réunie, à cet effet, par des âmes charitables, qui ont répondu à l’appel lancé par les compagnons du musicien, aujourd’hui disparu. La volonté divine est passée par là. Celui qui s’était révélé aux mélomanes sénégalais peu avant le 1er Festival mondial des arts nègres en 1966, venant de Bathurst la Gambie d’aujourd’hui, vient de nous quitter, à presque 64 ans. L’homme était resté attaché à ses racines sénégambiennes. Toujours élégant et souriant, Laba Sosseh était de ses hommes au cœur d’or. Chanteur talentueux à la voix captivante et langoureuse, El Maestro a fait danser plus de 40 ans durant, la génération spontanée des années 60 à nos jours. El Manisero un tube de Abelardo Barroso, Bururu-Barara de Chéo Belen Puig, Aminata et Seyni deux de ses créations sont autant d’œuvres musicales que les jeunes ont dansées pendant des années, dans les boîtes de nuit du Sénégal et de la sous-région. Du Moulin Rouge au Paladium en passant par le Miami de feu Ibra Kassé, le Star Band et le Super Etoile de Dakar avec les Dexter Jonhson, Lynx, Amara et autres, qui animaient les grandes nuits des Postiers, et des soirées dansantes des lycées et sociétés de la place, Laba Sosseh savait tenir en haleine son auditoire par des chants envoûtants et frénétiques. C’était du temps des grands orchestres locaux, comme le Pigalle Jazz de Kaolack, le Star Band, le Xalam, le Wato Sita (Dakar) le Guinéa Jazz, et le Star Jazz (Saint-Louis), Le Cayor Rythm (Thiès), L’Ucas Band (Sédhiou), etc. Laba Sosseh s’était familiarisé avec les dialectes cubains qui n’avaient plus de secret pour lui. Il les utilisait pour reprendre les morceaux des célébrités comme Aragon, Barrosso, Chéo Bélén Puig, Monguito, Chapotin, Ray Bareto, Béni Moré, et la grande dame Célia Cruz. Le 1er disque d’or africain s’était envolé pour la Havane dans les années 90, pour davantage se familiariser avec la langue cubaine et faire ce que tous les Salseros souhaitaient à l’époque, fouler le sol cubain. Il fut accueilli à bras ouvert par les grands orchestres de la localité. Avec ces formations Laba Sosseh a joué de grands classiques, qui lui ont valu son disque d’or. L’Afrique l’a découverte dans les années 70/80. Et les grandes boîtes de nuit abidjanaises, camerounaises, congolaises, entre autres, ont dansé au rythme de sa voix suave. Une belle voix vient de s’éteindre. C’est toute la génération des soixante huitards qui le pleure. L’artiste leur aura fait danser et faire passer de grands moments de leur jeunesse. On a l’habitude de dire que les souvenirs s’estompent et que les photos les raniment. Mais cette fois-ci c’est l’inverse qu’on est tenté de dire, pour qualifier cette perte cruelle de Laba Sosseh. La fin de symphonie, pour un cœur d’or. Que la terre lui soit légère. Babacar Noël NDOYE C’était le prince de la salsa sénégalaise Ses compositions étaient destinées à la danse, surtout. Si on les écoute uniquement, c’est pour suivre les variations de sa voix un peu nasillarde, les percussions ou les solos respectifs des divers instruments. Ce n’est nullement pour les paroles. On n’y comprendrait pas grand-chose. L’hispanophone qui les écoute peut se demander en quel sabir Labah Sosseh, qui vient de nous quitter dans la nuit de mercredi à jeudi, chante. Pour le Sénégalais ou l’Africain, en général, c’est bien dans la langue de José Marti, le nationaliste, le poète de l’indépendance cubaine (1898).L’espagnol, il le baragouinait. Il avait créé sans doute sa langue à lui. Les mots qu’il forgeait montaient du tréfonds de son âme. C’était ce qui importait pour lui. Cela lui servait surtout à mettre ses admirateurs dans la bonne humeur, à chauffer l’ambiance des salles de réjouissances et des dancings. L’essentiel, c’était que celui qui n’était pas sur la piste de danse battît quand même la mesure sur la table devant laquelle il était assis ou tapotât du pied les carreaux.Labah Sosseh a surgi sur la scène musicale africaine au tout début des années soixante. L’époque du Rico Jazz et de l’OK Jazz du Congo. De la rumba mais aussi de la musique cubaine qui, depuis des années, avait traversé l’Atlantique, en sens inverse, pour retrouver ses racines noires. La période aussi où cette forme d’expression musicale s’était imposée au Sénégal avec des orchestres tels que le Star Band, du regretté Ibra Kassé du Miami, entouré de Dexter Johnson, Amara Touré, Lynx et des autres, du Guinéa Jazz, du Cayor Rythmes, du Star Jazz et du Sabor de Saint-Louis. La musique sénégalaise de variétés devait être fille de celle de Cuba, ou ne serait pas, à ce qu’il semblait ! Et Labah qui avait fait ses premiers pas dans son pays natal, la Gambie, avec un orchestre local (ce devait être le Negro Band ou quelque chose comme ça) avait peut-être trouvé son modèle : le vieil Abelardo Barroso : une voix mélodieuse et pénétrante, tout aussi nasillarde. Il est donc naturel qu’il ait repris, au cours de son compagnonnage avec Dexter Johnson, au dancing A l’Etoile, En Guanatanamo, et les fameux El Manisero et La Guantanamera qui, depuis longtemps, avaient fait le tour du monde et dont le succès se mesure encore à l’aune des multiples versions et du nombre de leurs interprètes. Cela ne l’avait pas empêché de chanter en wolof : Seyni, puis Aminata. L’histoire de ces deux chansons a été récemment révélée au public quand la vraie Seyni - qui vit à Ouakam et s’est remariée avec le virtuose Bass Lô - est apparue sur 2STV. Une histoire d’amour, somme toute platonique mais contrarié, entre un jeune musicien et la collégienne d’alors. Et Aminata, découlait de ce dépit amoureux. Une prestigieuse carrière internationale attendait Laba. Elle a commencé en Abidjan - il y a connu la gloire. Elle a été compromise par son inconstance, disait-on en Côte d’Ivoire : les contrats non respectés, la désinvolture de l’homme. Il a quand même frayé avec les salseros new-yorkais comme Monguito. Son heure de gloire était ainsi arrivée ; il fut le premier Disque d’or africains ! Sa rencontre avec le monumental Orquesta Aragon donna une production avec des titres africains comme Thérèse Akonguin, Diarabi. Retour définitif à Dakar. Il rebondit ensuite aux côtés du maestro Alassane Ngom. Une véritable renaissance ! C’étaient peut-être les interprétations les plus brillantes de ce chanteur plein de ressources.Avec beaucoup de naturel, Laba y a inventé des vocables et ciselé des refrains immortels : Tilin, Tilin, puis Langa-Langa (dans le morceau La Bamba). Il y a, en plus, son colloque avec la guitare d’Alassane, qui se prolonge plus loin en course-poursuite, une sorte de folâtrerie entre cette voix et ces notes claires de l’instrument à cordes. C’était dans la pure tradition du son cubano. Alassane n’y jouait pas la guitare tres, mais l’orchestre se résumait à quelques instrumentistes, comme pour égayer les soirées festives, à Cuba, des ouvriers rouleurs de puro (cigare cubain).C’était un homme généreux et sans problème. Il était très élégant. Ses pas de danse étaient inimitables. Ces dernières années, on le savait malade. Il a effectué des séjours à l’hôpital et en clinique. Il a lancé des appels à l’aide, quand il a senti ses forces l’abandonner. Sénégambien dans l’âme, il s’était retiré dans son royaume dont il ne sortait que de temps à autre : La bohème. Un monde de précarité dont le territoire se limitait au quartier dakarois de Rebeuss. C’était son choix. Respectons-le et ne nous lassons jamais d’écouter Seyni, Aminata, Maria Helena, La Bamba, Ini coco, tous ses chefs-d’œuvre impérissables. Par Djib DIEDHIOU - Le Soleil REACTIONS : Pape FALL, Lead Vocal African Salsa :‘C’est très dur pour nous’ C’est un sentiment de douleur qui m’habite en ce moment, avec la perte de Labah Sosseh. C’est très dur pour nous car, on ne s’y attendait pas. Il y a eu une certaine amélioration de sa situation sanitaire depuis qu’il avait été interné à la clinique Casahous de Dakar. Et même au cours de la nuit d’avant-hier, quelques minutes avant sa mort, il discutait avec sa dame. A un moment donné, il lui a demandé de lui donner son Sabador (tenue traditionnelle). Il a lancé durant leurs échanges : ‘il faut t’occuper de tout ce monde’. La femme lui a rétorqué : ‘de quel monde ? Nous ne sommes que deux ici’. Ils ont donc blagué un peu. Et quand la femme lui a donné le Sabador, il a dit : ‘permettez-moi, je vais me reposer’. Il s’est couché du côté droit. Et c’est ainsi qu’il est décédé. Cheikh Tidiane TALL, Musicien : ‘C’est un monument que l’Afrique tout entière pleure’ C’est un sentiment de grande perte et de tristesse qui m’habite, car c’est un monument qui s’en est allé. Quelqu’un qui a pu inventer un style de musique qu’il a propagé dans le monde entier. Et cela a été fait en l’honneur de l’Afrique et du Sénégal en particulier. Nous avons tous été des disciples de Labah. Et nous ne pouvons que lui rendre ce qu’il nous a donné. C’est un monument que l’Afrique tout entière pleure. A côté du rythme classique afro-cubain, Labah a apporté un style qui a même impressionné les Cubains. Latfi BEN JELOUM, Président de l’Association des Salseros du Sénégal : ‘Une perte à la fois nationale et internationale’ On vient de perdre un grand homme. Laba Sosseh est un monument de la musique africaine qu’il a fait connaître et aimer partout dans le monde. Il a eu à côtoyer presque toutes les icônes de la salsa. Il a même joué avec l’orchestra Aragon. Laba est un ‘phénomène’ de la musique afro-cubaine. Avec sa disparition, les salséros du Sénégal viennent de perdre une référence. La mort de Labah Sosseh est une perte à la fois nationale et internationale. Ndiouga DIENG, Orchestre Baobab : ‘Laba a propulsé la musique africaine’ Le maestro Laba Sosseh fait partie des artistes qui ont propulsé la musique africaine au-devant de la scène mondiale. C’est un des premiers Africains à se voir décerner un disque d’or. Il a très tôt percé dans la musique qu’il faisait avec beaucoup de passion. D’ailleurs, c’est ce qui lui a permis de faire le tour du monde. C’est une personne qui avait une joie de vivre extraordinaire. Il aimait distraire les gens. Aujourd’hui, les musiciens et les autorités ont rendu à Laba la monnaie de sa pièce en venant, nombreux, se recueillir devant sa dépouille. Cela témoigne de ce qu’il représentait pour le Sénégal. Maguette DIONE, Salseros Woman : ‘Il était galant et généreux' Laba s’est toujours distingué par sa galanterie, sa générosité et son amour pour la musique. C’est quelqu’un qui s’est toujours battu pour me faire une place, en tant que femme, dans ce milieu très masculin de la salsa. James GADIAGA, Salseros : ‘Il avait un don extraordinaire’ Notre maître, Laba Sosseh, était aimé de tous. Son succès dépassait nos frontières. En tant que notre aîné, il ne cessait de nous prodiguer des conseils afin que nous évitions toute zizanie entre musiciens. Il nous disait toujours : ‘s’il doit y avoir une concurrence en nous, elle doit se faire de la manière la plus loyale possible’. Il était toujours prêt à partager son savoir dans la musique avec les autres artistes. Et avait un don qui faisait de lui un être inégalable dans ce qu’il faisait. Alioune KASSE, Lead Vocal Kassé Stars : ‘Laba restera une référence dans la musique’ Laba Sosseh s’est beaucoup distingué dans ce qu’il faisait. C’est une fierté pour tous les Sénégalais en particulier pour nous autres artistes. En tant que jeune, je considère le maestro Laba comme une référence. C’était un battant qui avait une grande passion pour la musique. Il lui arrivait de venir participer à nos soirées pour nous accompagner sur scène. Nous avons beaucoup appris de lui et aujourd’hui, nous regrettons sa disparition. (Babacar Noel Ndoye Walf Fadjri)
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