| Danse : Synthèse et hybridisme |
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| 18-02-2008 | ||||||
Les compagnies de danse contemporaine Campo de France, Toula Limnaios d’Allemagne et Premier temps du Sénégal ont présenté vendredi dernier à l’Institut français de Dakar les fruits de leurs échanges.
Ils sont dix danseurs venus de quatre coins du globe. Réunis par l’Ecole de sable, à Toubab Dialao, ils ont tout créé sur place, en trois semaines. Ils ont travaillé dans l’urgence, mais sans commande. Liberté de créer et esprit inventif ont été les seuls bagages à emmener avec soi. Ils savaient tous approximativement d’où ils venaient, mais pas nécessairement leur point de destination. L’essentiel était de se rencontrer quelque part et négocier le reste du chemin à faire ensemble. C’est la philosophie de cet atelier qui a réuni, avec la bénédiction de Germaine Acogny, les compagnies de danse contemporaine Campo de France, Toula Limnaios (du nom de sa fondatrice) venue d’Allemagne et Premier temps du Sénégal. Ici, la référence géographique des créateurs n’a pas beaucoup d’intérêt. Chacun des trois chorégraphes est à lui seul un vrai melting pot. Leurs parcours personnels enjambent plusieurs espaces culturels. Toula est une Grecque vivant en Allemagne et qui a passé une partie de sa vie à Bruxelles. Marco Bechirini, qui dirige la compagnie Campo, est à cheval entre l’Italie, son pays d’origine, et la France sa terre d’adoption. André Ouamba de Premier temps a été Congolais avant d’être contré par le destin à s’installer au Sénégal. Le challenge de l’atelier était de traduire une telle richesse en un accord des corps, dans un alliage subtil des identités. ![]() Le produit de ces échanges a été livré vendredi dernier à l’Institut français de Dakar. Sans surprise : la chorégraphie est un patchwork gestuel, articulé entre différentes cultures, différentes écoles. Elle est traversée par une multitude de langues, de dialectes. La scène devient un tour de Babel flottant en apesanteur. Le tout est bercé par une musique légère concoctée à partir des traditions africaines ou occidentales. Les sonorités sont détournées et recréées avec des objets improvisés ou des instruments classiques. Les notes de synthèse ainsi produites ont une tonalité mixte. Elles véhiculent allègrement des refrains gorgés d’histoires et des mélodies inédites, vierges de mouvements, sur lesquelles il faut créer des nouvelles chorégraphies. Comme surpris par cette symphonie hybride, les corps s’agitent. Ils s’embouteillent dans un espace contigu. S’isolent sur un bout de planche et s’apparient avec le premier venu dans un élan de sollicitude réciproque. Aller vers l’inconnu demande de faire le vide en soi, donner et espérer recevoir. Les silhouettes se rencontrent dans des espaces de compromis, viabilisés où viennent se loger confortablement les excitations du contact charnel. On se passe la main. On relève ceux qui chutent. L’aventure est longue incertaine. Il ne s’agit pas seulement de cultiver des moments de bon voisinage ou d’établir des contacts furtifs. Le dessein est de sonder en soi le chemin qui mène à l’autre. Il faut sortir de sa frêle coquille, dominée émotions légitimes nées du nouveau contact. Surpasser les appréhensions suscitées par la présence du corps étranger. C’est à la fois un exercice d’abstraction, d’amnésie volontaire. Seul compte ce fonds gestuel commun qui transcende toutes les cultures. Abdou Rahmane MBENGUE (walf.sn)
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