| La colonisation : acte barbare |
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| 15-09-2006 | ||||||
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« Il n’y a pas de dignité sans liberté : nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage. » Sékou Touré Les « aspects positifs de la colonisation » enseignés à l’école, alignés dans les manuels scolaires, v oici une des propositions de loi du gouvernement français. Comment cette idée a-telle pu être débattue à l’assemblée nationale d’un pays libre et démocratique ? L’aveuglement de la gouvernance française ne révèle t-elle pas, une fois de plus, ce sentiment de supériorité qu’elle réserve à ces anciennes colonies ? Les intellectuels noirs de France, des Antilles françaises et les élites d’Afrique et des pays du Maghreb se sont insurgés et ont boycotté ce débat dont les causes défendues sont scandaleuses, indécentes. La loi Taubira a inscrit « la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité » en 2001. Au même moment de l a proposition de loi des « bienfaits de la colonisation », des intellectuels, des historiens, des philosophes et d’autres personnalités françaises négationnistes remettent en cause la loi Taubira. Tout cela n’est pas anodin et suscite la colère car le traitement réservé aux ressortissants des anciennes colonies est unilatéral : refus de reconnaissance et mépris. Est-il besoin de préciser que les enjeux sont toujours les mêmes ? Le néo colonialisme a remplacé la barbarie d’un passé peu glorieux pour la France qu’il convient sans cesse de dénoncer. Je m’appuie, en autre, pour cela sur le témoignage bouleversant de Marthe Moumié qui publie un ouvrage sur la vie et le combat de Félix Moumié, assassiné par les services secrets français en 1960, homme moderne et profondément humain qui s’est battu durement pour l’indépendance du Cameroun mais surtout pour en finir avec le joug colonial.1 Depuis quarante-cinq ans, les États africains ont acquis l’indépendance mais quels hommes se sont opposés au diktat des empires coloniaux se partageant les richesses et les territoires du continent depuis le congrès de Berlin de 1885 ? Ils sont en nombre et il est bon de le rappeler : Martin Paul Samba, assassiné par les colons allemands en 1914 ; Um Nyobé, assassiné en 1958 ; Félix Moumié, assassiné par les services secrets français en 1960 et ses alliés de l’UPC2 tués également ; Patrice Lumumba, assassiné par les services belges en 1961, Athanasio Ndong, assassiné en 1969 ; Steven Biko en 1977, lu ttant contre le régime de l’apartheid. Mais aussi Sékou Touré, Agostino Neto, Félix Houphouët Boigny, Kenneth Kaunda, Joshua Nkomo, Robert Mugabe Et de nommer aussi ceux, toujours en vie, qui continuent de lutter : Nelson Mandela, Alpha Oumar Konaré, Abdoulaye Wade Tous ces hommes qui ont combattu l’oppression, la dictature coloniale et post coloniale ont connu la torture, la déportation, l’exil, la séparation d’avec leurs proches, la prison, la mort. Il n’est pas vain de révéler que devant toute domination il existe la résistance et que l’histoire de la lutte africaine a été trop souvent bafouée, scellée, oubliée. Qui oserait dire que le colonialisme a entraîné des aspects positifs pour les peuples d’Afrique ? Dans le très bon documentaire le Malentendu colonial de Jean Marie Teno, un historien togolais précise que : « les occidentaux ont eu beau construire des hôpitaux, des écoles, des édifices, des institutions, ils nous ont ôté la liberté, la dignité, la vie. L’ouvrage de Marthe Moumié apporte un témoignage exemplaire sur des années de lutte et de souffrance, de la volonté d’un homme courageux, occupé seulement à rendre une liberté légitime à ses compatriotes. Qui ose lever le doigt pour dire la vérité sur une histoire aussi tragique ? Le Président algérien Abdelaziz Bouteflika vient de refuser l’alliance franco algérienne de réconciliation tant que la pression de la France sur son ancienne colonie sera toujours aussi forte. Dans le contexte actuel, si la France n’admet pas ses fautes, il n’y aura pas de voie pour suivre « le chemin de la paix » Pour aboutir à une alliance pacifique entre l’Afrique et l’occident, il faut pouvoir dire, écrire les exactions, les souffrances, les complots, les assassinats qui visent à rétablir la vérité historique, politique et humaine. Il n’est pas pensable qu’un État démocratique, tel que la France, défendant dans le monde entier ses valeurs républicaines et celles des Droits de l’Homme, ne puisse, une bonne fois pour toute, quitter le terrain de l’ignominie et du mensonge. Ceci n’est pas digne d’un État et des hommes, des femmes, des enfants de ce pays aujourd’hui multiculturel, pr êt à s’ouvrir à cette belle pluralité. Reconnaître la période coloniale comme le prisme de la barbarie, C’est redonner une dignité humaine à tous les morts, à tous les vivants et à toutes les générations à venir. Comme le précise le Président algérien Ahmed Ben Bella, en préambule à l’ouvrage de Marthe Moumié : « En définitive, la France et l’Afrique ont besoin de vivre ensemble. La France est peuplée d’hommes et de femmes chaleureux, doux et agréables. L’Afrique aussi. Chacun a besoin de l’autre et il faut donc pour cela que les uns et les autres se tournent vers l’avenir pour construire la paix, la solidarité et la fraternité. » La Renaissance africaine s’effectue par la r&e acute;habilitation de son histoire, par la reconstruction de son identité, par l’image éclairée de la résistance que des hommes, des femmes ont menée au péril de leur vie. Amadou Elimane Kane, poète,écrivain BibIioqraphie :MOUMIE, Marthe. Victime du colonialisme français. Mon mari Félix Moumié. Éditions DUROIPIS, Paris, 2006,175 p. 1 MOUMIE, Marthe. Victime du colonialisme français, mon mari Félix Moumié. Préface du Président algérien AHMED BEN BELLA, Paris, édition DUBOIRIS, 2006. 2 Union du PoMdafions Camuounaim
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