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Les clubs européens traverseront une dure période de sevrage au cours des prochaines semaines puisque certains de leurs meilleurs joueurs ont rejoint leurs sélections pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN), une compétition biennale dont la qualité de jeu n’a d’égal que la controverse qu’elle suscite. Lumière sur une Afrique chargée de talents mais aussi de pépins...
La CAN a gagné énormément en prestige depuis sa création en 1957, au point même de devenir la plus importante compétition continentale après l’Euro. Et contrairement à la Copa America, le championnat sud-américain parfois boudé par des footballeurs exténués, la CAN incarne la quintessence même du soccer international : la simple fierté de mouiller le maillot de son pays.
Le Camerounais Samuel Eto’o (FC Barcelone), l’Ivoirien Didier Drogba (Chelsea), le Ghanéen Michael Essien (Chelsea) et le Malien Frédéric Kanouté (FC Séville) ont tous quitté leurs clubs respectifs pour représenter leur sélection dans ce tournoi à 16 équipes disputé du 20 janvier au 10 février au Ghana. Une décision lourde de conséquences pour ces joueurs tiraillés entre l’honneur de leur patrie et le respect de leur employeur.
Tenir tête à l’Europe
La seule Premier League a vu une quarantaine d’Africains boucler leurs valises, laissant des clubs comme Arsenal et Chelsea passablement handicapés. Idem de l’autre côté de la Manche où 44 joueurs de Ligue 1 ont temporairement troqué leur club pour la sélection. Tous les deux ans, donc, les mêmes jérémiades se font entendre en Europe. Les managers n’en peuvent plus de se priver de leurs étoiles africaines dans une portion cruciale du calendrier, une dépendance qui ne cesse de s’accentuer avec le recrutement en croissance au sud de la Méditerranée.
«On embauche ces joueurs pour leurs incroyables habiletés, alors ça compense bien leur absence pendant quelques semaines», a souligné Joe Jordan, entraîneur adjoint à Portsmouth. Ce regard éclairé ne se retrouve cependant pas dans les yeux de tous. Arsène Wenger, le manager des Gunners, a suggéré de présenter la CAN aux quatre ans pendant l’été européen pour accommoder les organisations du Vieux Continent. Cette prétention répandue dans tous les championnats majeurs a trouvé la plus savoureuse des réponses à travers la Confédération africaine de football : un non catégorique!
Pour des raisons climatiques d’abord — la saison des pluies et le soleil brûlant — mais aussi pour des questions économiques, la CAN conservera sa plage horaire au moins jusqu’en 2014. Pas question de se plier aux exigences européennes, encore moins de modifier une formule éprouvée. Plusieurs sélections africaines ne doivent d’ailleurs leur développement ou même leur pérennité qu’au calendrier biennal du tournoi, à défaut de participer à d’autres rencontres compétitives.
Trafic de joueurs
Les projecteurs braqués sur le continent africain au cours des prochaines semaines n’éclaireront malheureusement pas qu’un football instinctif et en pleine ascension. Il existe depuis plusieurs années déjà un trafic de joueurs vers l’Europe qui ressemble en tous points à un esclavagisme sportif. Des pseudo-agents véreux font miroiter à des gamins parfois âgés de seulement 10 ans le rêve de passer professionnel dans un grand club européen pour ensuite empocher toutes les économies de la famille — question de financer le projet d’un essai.
Si le jeune prétendant a la chance d’éviter de voyager illégalement dans un cargo, il risque fort de se retrouver seul une fois à l’aéroport, et personne au club n’aura jamais entendu parler de lui. Les histoires lamentables s’accumulent à un rythme si effarant que des organismes ont été notamment créés à Paris pour venir en aide à ces jeunes Africains condamnés à la rue, sans le sou, incapables de rentrer à la maison et trop honteux, de toute façon, de revoir leur famille. Comme quoi les succès à la hausse des Drogba et compagnie peuvent paradoxalement générer des inconvénients...
Mais au-delà aussi des académies illégales, de la corruption dans l’octroi de passeports et du chaos dans les affaires quotidiennes, l’Afrique et sa Coupe des nations nous offriront du jeu offensif à souhait dans cette époque où les tactiques défensives tétanisent les matchs et trahissent l’esprit du sport.
Guillaume Dumas
Le Soleil
Québec
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